Inter Press Service (Johannesburg)

Malawi: "La capacité commerciale se détériore malgré l'accès préférentiel"

Pilirani Semu-Banda

30 Janvier 2008


Lilongwe — Les Malawites attendent toujours les détails de l'imminent Accord de partenariat économique (APE) dans lequel leur gouvernement est en train d'entrer avec l'Union européenne (UE).

Dix des organisations non gouvernementales (ONG) les plus influentes du pays ont entamé diverses initiatives pour exprimer leur sérieuse préoccupation au sujet des implications de l'APE pour le Malawi.

Les APE constituent un nouvel ensemble d'accords visant à créer une zone de libre-échange (ZLE) entre l'UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

En avril dernier, cinq organisations ont écrit à la présidente de l'UE Angela Merkel, soutenant que les APE ne permettront pas au Malawi et à d'autres pays pauvres de protéger leurs industries locales par des tarifs et d'autres moyens.

Dans leur dernière déclaration, les ONG affirment qu'elles se sentiront "obligées de traduire le gouvernement en justice pour avoir violé les droits du peuple" si le Malawi signe l'APE.

Ces organisations sont : le Réseau de justice économique du Malawi, ActionAid Malawi, le Réseau d'équité sanitaire du Malawi, la Fondation Maphunziro, Manerela, l'Institut pour l'interaction des politiques, le Centre pour les droits humains et la réhabilitation, l'Association nationale des petits agriculteurs du Malawi, la Sauvegarde de la jeunesse et des enfants, et le Programme conjoint Oxfam au Malawi.

En signant les APE, le gouvernement du Malawi "enchaînera les citoyens dans 25 années d'acrimonie", ont déclaré ces organisations.

Les APE ont été formulés de telle sorte qu'ils ne profiteront pas au peuple du Malawi, ni n'ajouteront de la valeur à leur capacité à mettre fin à la pauvreté, ont affirmé ces organisations.

"Nous alertons tout le public et la société civile du Malawi à ne pas céder aux tactiques d'intimidation et de pression qui sont en train d'être utilisées par l'UE pour nous convaincre que ces APE sont bons pour nous", ont ajouté les organisations.

Selon ces organisations, le Malawi aurait besoin d'un apport de capital "d'un montant de 5,7 milliards d'euros" pour prendre en charge les contraintes liées à l'offre et d'autres frais d'ajustement pour que le pays bénéficie du cadre commercial de l'APE proposé.

"Sans un tel apport, le Malawi resterait tel qu'il est -- avec une exposition totale aux chocs qui surviennent de temps en temps dans le marché des biens".

Les ONG ont souligné que le Malawi avait signé la Convention de Lomé, un arrangement commercial qui accordait un régime de faveur aux produits des pays ACP entre 1975 et 2000. Toutefois, pendant cette période, "nos exportations vers l'UE ont diminué et les contraintes liées à l'offre demeurent une préoccupation pour nos industries".

"Qu'est-ce qui a changé pour nous faire croire que ces 25 prochaines années avec les APE seront différentes?, ont demandé les ONG.

La Convention de Lomé a été remplacée par l'Accord de Cotonou signé en 2000, qui garantissait l'essentiel des acquis préférentiels en faveur des pays ACP et qui expirait à la fin de 2007, pour laisser place aux APE.

Une autre question controversée est que l'on a demandé au Malawi de libéraliser 80 pour cent de tout son commerce avec l'UE. Les ONG considèrent cela comme une érosion de la politique et de l'espace de développement.

Les ONG considèrent le Malawi comme une petite économie émergente avec beaucoup de potentialités. L'histoire montre que pour que l'UE atteigne son niveau actuel de pouvoir économique, elle a utilisé une combinaison de politiques visant à relancer la production locale et à protéger les industries locales contre la concurrence étrangère déloyale, ont indiqué les organisations.

La commission parlementaire sur le commerce du Malawi a approuvé, le mois dernier, la signature de l'accord-cadre intérimaire de l'APE. Cet accord provisoire vise à éviter l'interruption du commerce entre des pays africains et l'UE, suite à l'expiration de l'Accord de Cotonou à la fin de l'année dernière.

La signature de l'APE était initialement prévue pour la fin de l'année dernière, mais les ministres de la région d'Afrique orientale et australe (ESA), dont le Malawi fait partie, ont déclaré à Bruxelles lors de la rencontre de négociations des ministres de l'ESA et de la Commission européenne, en novembre dernier, que ce n'était pas pratique d'agir ainsi.

Pendant ce temps, on a appris que le Malawi devait signer son propre APE, ce qui amène les ONG à dire que les Malawites sont mal informés puisque le Malawi ne signe pas dans le cadre d'un bloc de pays, comme envisagé au départ.

Selon les ONG, l'APE mettra le Malawi en concurrence directe avec l'UE à un moment où les Malawites espèrent rétablir les emplois, les industries et les moyens de subsistance qui avaient été détruits à travers cet autre programme imposé, les programmes d'ajustement structurel de la Banque mondiale.

Le gouvernement n'a pas dit grand-chose sur la question. Le secrétaire au Commerce, Newby Kumwenbe, a indiqué que le gouvernement était en train de peser les options de l'accord commercial avant de le signer.

"Nous devons examiner toutes les questions non résolues et prendre une décision. Nous devons également examiner comment nos produits seront affectés si nous ne signons pas cet accord", a ajouté Kumwembe.

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