L'une des origines de l'instabilité au Tchad est le contrôle des ressources pétrolières. Depuis Tombalbaye jusqu'à Idriss Deby.
"Si le pétrole se met à couler au Tchad et à remplir les caisses de l'Etat, il deviendra un élément décisif de la guerre civile larvée dans le sud. Tout indique que la bande au pouvoir du président Idriss Deby capterait à son strict profit la rente pétrolière, les populations du Sud n'en connaissant que la répression." Ces propos de Jean François Bayart, dans un rapport parlementaire français d'octobre 1999, indiquent le rôle que joue l'or noir dans l'instabilité qui a fait son nid au Tchad aujourd'hui.
Dans un livre de "Centre Tricontinental" intitulé Economie et géopolitique du pétrole, Ngarlegy Yorongar révèle que c'est sous la présidence du premier chef de l'Etat Tchadien, François Tombalbaye (août 1960 - avril 1975), que le dossier du pétrole a été ouvert au Tchad. La société Elf avait fait des prospections entre les années 50 et 60 et dit n'avoir rien trouvé. " Tombalbaye fut peu satisfait de la réponse d'Elf et fit appel à Conoco. Celle-ci rendit publiques ses recherches en 1974. Trois gisements avaient été découverts : Sédigui, Bongor et le bassin de Doba. Depuis cette découverte jusqu'à l'arrivée de Idriss Deby au pouvoir, les chefs d'Etat tchadiens qui se sont succédé (Tombalbaye, le général Malloum, Goukouni et Hissène Habré) ont refusé catégoriquement l'entrée d'Elf dans le consortium. "
Depuis cette découverte, les Tchadiens n'ont plus jamais pu dormir tranquilles. Le pouvoir a changé de mains cinq fois, et chaque fois par un coup d'Etat. Les différents chefs d'Etat qui se sont succédé ont été coulés dans le même moule, celui de vie militaire. Bien entendu, tous voulaient avoir le contrôle sur la manne pétrolière, et voulaient tenir les rênes du pouvoir avant que le nectar ne commence à couler. Le livre cité plus haut relève qu'" il est d'ailleurs utile de mentionner que depuis près de dix ans que le projet prend forme, le Tchad connaît de nombreuses guerres, surtout dans le Sud, où se situe le gisement de Doba. Il est probable que la situation s'aggrave avec la gestion des revenus du pétrole. "
La manne sous Déby
Parmi les " chefs " qui se battaient pour le contrôle du pétrole, celui qui aura eu le plus de chance, c'est le président actuel Idriss Deby Itno. Le liquide a commencé à couler depuis le 15 juillet 2002. Au pouvoir depuis 1990, il est formellement élu pour la première fois en 1996. La Constitution lui donne deux mandats de cinq ans, qui arrivaient à terme en 2006. Mais, il modifie la Constitution pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats afin de se représenter à l'élection présidentielle. Il n'est surtout pas question pour lui de laisser la gestion du pétrole à un autre. Il est " réélu " à l'issue d'un scrutin sous fond de guerre, car l'appétit des autres chefs de guerres pour le pétrole ne s'est pas émoussé entre temps.
La gestion des retombées pétrolières par Deby est des plus décriée, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Tchad. " Au Tchad, c'est la cellule présidentielle et non le ministère des Mines qui s'occupe du projet. Elle est dirigée par un cousin germain du président, et est composée pour la plupart par ses parents (son grand frère Daoussa Deby, ses oncles jumeaux Tom et Timan, ses cousins Adoum Hassane Bakit Haggar, Bichara Chérif Daoussa Haggar, ceux du clan, Orozi Foudeibo, Dadi Abderham etc. "), relève le rapport parlementaire français d'octobre 1999, quand le pétrole ne coulait pas encore.
Aujourd'hui, les multiples groupes rebelles qui agitent le pays de toute part ont aussi pour objectif de mettre fin à cette gestion familiale et surtout " gabegique " de la principale richesse du pays. Car, selon eux, l'argent du pétrole, qui augmente de 8,6% le Produit intérieur brut et à % du budget de l'Etat, n'est pas utilisé pour réduire significativement la pauvreté dans le pays. Qui plus est, l'essentiel des devises récoltées de la vente des quelque 225.000 barils / jour de brute servent des intérêts étranger et, souvent au Tchad, à l'achat du matériel de guerre et de sécurité. C'est le contrôle de cette manne qui est en jeu, autant chez les " partenaires " étrangers que chez les protagonistes à l'intérieur du pays.
Et comme dit l'adage, " quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre. " Ce ne sont pas les pauvres populations tchadiennes, entassées dans des camps de fortunes à Kousséri, qui le démentiraient.

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