Kinshasa — Le président tchadien Idriss Déby s'est dit jeudi prêt à gracier les six français de l'Arche de Zoé qui purgent huit ans de prison en France pour tentative d'enlèvement des enfants tchadiens. Au regard de cette décision, plusieurs analystes sont d'avis que le dessous des cartes du dernier combat de N'Djamena est un secret de Polichinelle. Car, ils estiment que cette amnistie sera accordée en contre partie du soutien militaire français au régime Déby.
Alors que l'on le croyait clos, le chef de l'Etat tchadien Idriss Déby vient de nouveau mettre sur le tapis le dossier de six membres de l'association l'Arche de Zoé condamnés à huit ans de prison en France pour tentative d'enlèvement des enfants tchadiens. Pas plus tard que hier jeudi, il s'est dit prêt à les « pardonner » rapidement, à condition toutefois que Paris le demande.
« Je suis prêt à les pardonner, si le gouvernement français en fait la demande, ça fait partie des accords judiciaires entre les deux pays», a déclaré Déby sur Europe 1 avant de préciser que l'Arche de Zoé a été condamnée bien sûr par le Tchad, mais aussi par la France.
Dans le même registre, David Martin a laissé entendre que si les membres de cette Ong française condamnés faisaient parvenir une demande de grâce, le gouvernement français la transmettrait immédiatement aux autorités tchadiennes. « Comme vous le savez, le droit de grâce ne s'exerce que si on le demande, et ce n'est pas aux Etats de le demander », a souligné le porte -parole de l'Elysée lors de son point de presse hebdomadaire.
Les condamnés n'ont comme seul espoir qu'une grâce du président tchadien, car Nicolas Sarkozy n'a pas de pouvoir sur l'affaire. La libération conditionnelle n'est possible qu'après plusieurs années de détention, environ à mi-peine, soit dans quatre ans.
Selon des sources judiciaires interrogées à Paris et citées par Reuters, la procédure de demande gouvernementale suggérée par le président tchadien ne semble pas avoir de fondement juridique.
Une grâce est à la discrétion d'un chef d'Etat et elle ne dépend que d'une demande des individus condamnés, et non de leur pays, dont la responsabilité n'est pas engagée dans l'affaire. Cependant, le cabinet de la ministre Rachida Dati s'est refusé à tout commentaire dans l'immédiat.
UN SECRET DE POLICHINELLE
Il sied de rappeler que le dossier est traité alors que le président Deby vient d'échapper à une offensive d'une guérilla partie du Soudan, et dont les éléments sont parvenus jusqu'aux abords de son palais ces derniers jours.
L'offensive ayant échoué, la France, suivant une résolution de l'Onu, a apporté un soutien total au régime Déby. C'est d'ailleurs ce qui a constitué l'essentiel du message du gouvernement français par le biais de son ministre de la Défense Hervé Morin qui a effectué mercredi une visite de travail dans la capitale tchadienne.
De leur côté, les avocats des six membres de l'Arche de Zoé ont expliqué qu'ils avaient déjà demandé la grâce de leurs clients. Me Mario Stasi, l'un d'entre eux, a dit à Reuters qu'il allait toutefois réitérer la demande.
Au demeurant, le dessous des cartes de la guerre de N'Djamena est un secret de Polichinelle. Car, au regard du retournement de la situation au Tchad la semaine dernière, plusieurs analystes estiment que l'amnistie à accorder au personnel de l'Arche de Zoé par le président tchadien est tout simplement une contre partie du soutien militaire français au régime de N'Djamena pour faire échec à la récente attaque rebelle ayant déstabilisé le Tchad.

Comments Post a comment