L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Une alternative face à la flambée des prix

Raj Jugernauth

8 Février 2008


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Entre 200 à 500 plantes sont distribuées dans plusieurs villages. Elles sont mises en terre dans les cours, arrière-cours et jardins potagers notamment. Le but étant de favoriser la culture d'un fruit dans une zone spécifique, ce qui facilitera la collecte et une éventuelle transformation. C'est également à travers l'AREU qu'une tentative pour vulgariser la culture de la «pitaya» est faite actuellement. Le même concept est utilisé pour la production laitière avec les villages laitiers.

QUESTIONS AU Dr Noel Govinden responsable au MSIRI

Est-il exact de dire que les deux premiers plans de diversification ont connu des échecs ?

Non, ce n'est pas tout à fait vrai. Le premier plan, (1973 - 1990) a eu un succès mitigé. La production de la pomme de terre a augmenté jusqu'à atteindre l'autosuffisance en 1985-1987. Augmentation substantielle du maïs jusqu'à 8 000 tonnes (40 % des besoins d'alors), de l'arachide.

Raisons du succès mitigé :

1) Une politique claire - visant l'autosuffisance et la substitution des importations pour conserver nos devises.

2) Participation des établissements sucriers - jusqu'alors pas intéressés -, rassurés par les travaux du MSIRI démontrant l'absence d'effets sur la canne.

3) Un prix garanti proposé par l'Office des Marchés pour toute la production, incluant des subsides. Pas de marketing à faire.

4) Soutien de la recherche et donc, résolution des problèmes - maladies, ravageurs, et sélection (pomme de terre, arachide, haricot) ou développement (maïs, tomate) de variétés adaptées.

5) Organisation centrale de la production autour du High Powered Committee. Quantum, prix.

Le 2e plan (1991-2000) n'a pas connu de succès. Régression de toutes les cultures, excepté les légumes qui n'ont jamais été dans le plan. Les raisons sont :

1) La politique a changé - il n'était plus question d'autosuffisance, de substitution à l'importation ou de conservation des devises, mais de produire tout ce qui est rentable.

2) Plus de subsides. Certains prix garantis demeurent (pomme de terre, oignon) ; d'autres disparaissent.

3) Augmentation graduelle des coûts de production suite aux augmentations des prix de la main-d'oeuvre et des intrants (fertilisants, produits phytosanitaires).

Pourquoi l'autosuffisance en pomme de terre et en oignon n'a-t-elle jamais été atteinte ?

Pour la pomme de terre, nous avions atteint l'autosuffisance en 1985/86/87. Puis la production a régressé pour les raisons déjà évoquées.

La pomme de terre est une culture de pays tempérés ou en altitude. Nous n'avons de bons rendements que pendant l'hiver. Si nous devions produire pour répondre à tous nos besoins, il nous faudrait en stocker une grosse part, ce qui rend notre production coûteuse. A un moment, le prix à l'importation était plus bas. C'est pourquoi l'Office des Marchés avait enlevé les subsides.

Il est vrai que pour l'oignon, nous n'avons pas atteint l'autosuffisance pour les mêmes raisons - production saisonnière, stockage coûteux, variétés pas adaptées aux stockage.

Avec l'actuelle flambée des prix des denrées, Maurice peut-elle envisager une autosuffisance en pomme de terre, en oignons, et en maïs ?

Pas tous à la fois, surtout si on veut également maintenir la production de canne. On a besoin de terres pour cette autosuffisance.

A six t/ha en moyenne, nous aurons besoin d'environ16 000 ha pour atteindre une autosuffisance rien que pour le maïs. Avec la rotation et la replantation actuelles de la canne, ces terres ne sont pas disponibles.

A 25 t/ha en moyenne, nous aurons besoin d'environ 1 000 ha pour la pomme de terre. C'est possible, quoique difficile. Mais, il s'agit des mêmes terres que pour le maïs.

A 20 t/ha, nous aurons besoin d'environ 1 000 ha pour l'oignon. Si une partie seulement est sur les terres de cannes et le reste chez les agriculteurs du secteur non-canne, oui, c'est possible. Est-ce souhaitable étant donné le besoin de stocker ? Ce n'est pas évident. Il s'agit, encore une fois, des mêmes terres de cannes.

Quel choix faire dans ce cas ?

Logiquement, ce serait les cultures les plus rentables, et au niveau le plus rentable.

Un exemple, la culture de maïs n'était pas rentable de 1990 à 2000 et a été stoppée. Depuis, les cours du marché mondial ont explosé et continuent d'augmenter. Avec la mécanisation totale, nous aurions peut-être une chance.

Et quid d'aller produire à Madagascar ou au Mozambique ?

Nous ne sommes pas mêlés aux projets malgaches. Nous avons, toutefois, étudié les possibilités au Mozambique, dans le cadre d'une étude de PriceWaterhouseCoopers sur la Zone économique exclusive préparée pour le gouvernement mauricien. Nous avons préparé le chapitre sur l'agriculture, dont notamment les contraintes et les perspectives, dans une zone non loin de Beira. Nous avons examiné dans le détail les cultures possibles - maïs, pomme de terre, oignon, haricot, coton, agrumes - et évalué les besoins en investissement pour l'irrigation. Ce projet n'est pas allé de l'avant, parce que trop coûteux apparemment.

Certains planteurs mozambicains se sont essayés, sans succès, à l'agriculture sur des fermes abandonnées par les Portugais à l'indépendance. On ne peut réussir tout seul. Madagascar ne fait pas figure d'exception. Il faut un groupe, soutenu par différents services. Le manque d'infrastructures pose un sérieux problème, dont notamment des difficultés organisationnelles et de coût de la logistique entre les zones de productions disponibles et les ports. L'idée de transformer ici des produits de la région est souvent évoquée. En sus des mêmes problèmes de logistique, il semble difficile de collecter des petits lots, tout en garantissant la qualité et s'assurer un approvisionnement constant.

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