Amina SALHI
9 Février 2008
Le secteur du bâtiment et des travaux publics se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins. Après le premier contrat- programme venu à terme en 2007, le gouvernement et la Fédération nationale des bâtiments et des travaux publics examinent actuellement les dispositions du nouveau contrat qui, sauf surprise, sera signé durant l'été prochain. Pour une plus large concertation possible et en vue d'une meilleure affinité des positions des uns et des autres, une rencontre s'est tenue à ce propos jeudi dernier à Rabat.
Venu en force, le gouvernement était représenté par les cinq ministres les plus concernés par ce domaine, à savoir ceux de l'Equipement et du Transport, de l'Emploi, de l'Habitat, de l'Eau et de l'Economie. Etaient également présents les directeurs d'offices et directeurs centraux de plusieurs départements ministériels. Respectant les règles d'usage, les participants ont d'abord procédé à une évaluation du contrat- programme qui a pris fin en 2007.
Selon le ministre de l'Equipement et du Transport, ce premier accord aura permis de mettre en place un certain nombre de mécanismes permettant aux entreprises d'accéder plus facilement aux commandes publiques. Un chiffre pour illustrer les retombées de cette mesure, sur un marché de plus de 53 milliards de DH en 5 ans, plus de 27 milliards de DH ont été attribués aux entreprises marocaines.
D'autres acquis sont à mettre à l'actif de ce contrat-programme notamment sur le plan législatif ou de la restructuration de la Caisse marocaine des marchés. Un autre son de cloche, celui de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics, si elle se félicite de la volonté politique des pouvoirs publics de développer ce secteur stratégique, elle dénombre un certain nombre de déceptions dont la précarité des acquis et la lenteur dans l'aboutissement des réformes. Elle relève également avec regret « l'afflux des vagues successives d'entreprises étrangères mais également des pratiques de dumping ainsi qu'une concurrence de plus en plus agressive et déstabilisatrice ». Et c'est là où le bât blesse. Certes, avec une valeur ajoutée de 31,7 milliards de DH, une part dans le PIB, un taux de croissance de 8,8% et plus de 800.000 emplois, le secteur du BTP se porte bien. Mais il s'agit aujourd'hui, selon le président de la Fédération, M. Benhamida, de consolider et de pérenniser ces résultats.
A l'heure où le rythme de réalisation des grands chantiers et de l'habitat va crescendo, la Fédération revendique « une favorisation de la réalisation de ces programmes par les entreprises, dans un cadre compétitif ainsi que la promotion de l'émergence de grands champions nationaux dans le domaine du BTP ». Par cette demande, la Fédération n'est-elle pas en train de défendre une situation de rente ? Il n'en est rien, selon son président qui énumère par la même occasion les avantages d'une telle orientation.
De même et en vue d'étayer sa thèse, la Fédération a tenu à faire partager avec le gouvernement les résultats d'une étude de cadrage stratégique qui met en exergue les enjeux auxquels devraient faire face les entreprises du BTP dans le futur.
L'étude réitère les préoccupations formulées par la Fédération. Avec une prévision de croissance de 15 à 20% pour les cinq prochaines années, l'étude considère que « le marché marocain sera un eldorado pour les entreprises étrangères ».
Cette concurrence étrangère fragilise le secteur, ajoute l'étude, ce qui fait que même en enregistrant des croissances à deux chiffres, les entreprises marocaines n'arrivent pas à se renforcer financièrement. Résultat : une baisse de la conjoncture et donc de l'activité, pourrait être catastrophique.
A la lumière de toutes ces données et de nouvelles études qui seront réalisées incessamment, le gouvernement et la Fédération examineront ensemble les modalités du nouveau contrat. Lequel contrat devrait, selon K.Ghellab, restructurer et mettre à niveau les entreprises du BTP et faire en sorte que, dans un contexte concurrentiel et transparent, ces entreprises puissent maximiser leur part de marché.
Si la synergie et l'unanimité souhaitée par les deux parties sont obtenues, le ministère de l'Equipement et du Transport proposera la signature dudit contrat-programme par le premier ministre durant l'été prochain.
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