Le président des Etats Unis d'Amérique, Georges W. Bush, a prolongé mardi d'un an, selon l'Agence France Presse (AFP), les sanctions contre Blé Goudé, Eugène Djué de la galaxie patriotique, partisans du Président Gbagbo et Fofié Kouakou des Forces nouvelles (ex-rebelles). Ces personnalités ivoiriennes seraient accusées par Washington, toujours selon l'AFP, d'entretenir la violence dans leur pays et de ne pas respecter les lois internationales. En outre, rapporte toujours l'AFP, le président Bush a estimé que "bien que des progrès considérables aient été accomplis dans la mise en oeuvre de l'accord de paix, la situation en Côte d'Ivoire est toujours une importante et permanente menace pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis". Fin de citation.
Dans le but d'en savoir un peu plus sur cette information, nous avons d'abord joint par téléphone, jeudi dernier, un agent influant de l'ambassade des Etats-Unis en Côte d'Ivoire qui venait de découvrir, lui aussi, la dépêche de l'AFP dans nos colonnes (Notre Voie n°2902, page 5). Il a promis de s'informer auprès de ses autorités et de nous rappeler. Jusqu'à l'heure du bouclage, hier, aucune autre précision de l'ambassade des Etats-Unis ne nous a été communiquée.
Toujours le même jeudi, nous avons joint également par téléphone l'ambassadeur Alcide Djédjé, représentant de la Côte d'Ivoire près des Nations Unies. Le diplomate ivoirien a d'abord promis de s'informer auprès de Washington pour savoir réellement de quoi il est question. Mais il a d'emblée mis en doute la crédibilité d'une telle information car, selon lui, c'est le Conseil de sécurité de l'ONU qui est la seule institution habilitée à prendre des sanctions de ce genre, à les annuler ou à les prolonger. C'est ainsi, a rappelé l'ambassadeur Djédjé, que le Conseil de sécurité a décidé le 7 février 2006 des sanctions contre l'Etat ivoirien (embargo sur les armes) et des sanctions individuelles contre les trois responsables ivoiriens. De plus, au dire de l'ambassadeur Alcide Djédjé, c'est en avril prochain que le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira pour réexaminer toutes ces sanctions, y compris le niveau de l'indice de sécurité de la Côte d'Ivoire dont les autorités ivoirienne demandent la revue à la baisse. Enfin, le représentant de la Côte d'Ivoire près des Nations Unies a reconnu au président Georges Bush le droit d'émettre un avis, mais il a indiqué que le droit de prolonger ou d'annuler une sanction appartient au Conseil de sécurité de l'ONU.
Au regard de ces explications, l'information selon laquelle "le président Bush a prolongé d'un an les sanctions contre trois responsables ivoiriens" piétine les règles de fonctionnement du système des Nations Unies. Il ne reste donc qu'à considérer que cette information serait la nouvelle opinion du président des Etats-Unis sur le processus de paix en Côte d'Ivoire. Mais, même vue sous cet angle, cette opinion du président Bush laisserait transparaître une flagrante contradiction dans l'attitude de Washington concernant le processus de résolution de la crise ivoirienne. En effet, de nombreux émissaires du président américain sont venus en Côte d'Ivoire, ont rencontré le président ivoirien Laurent Gbagbo et son Premier ministre Guillaume Soro Kigbafori et leur ont adressé des satisfecit suite aux avancées positives enregistrées dans la résolution de la crise ivoirienne depuis la signature de l'Accord de Ouaga en mars 2007. Le Sous-Secrétaire d'Etat américain John Negroponte, lors de sa visite en Côte d'Ivoire, en novembre 2007, a vivement félicité les autorités ivoiriennes pour les progrès accomplis : "J'ai souligné à tous ceux que j'ai rencontrés que les Etats-Unis veulent voir la Côte d'Ivoire retrouver la paix et la prospérité. Nous croyons que l'Accord politique de Ouagadougou est une très bonne voie vers le rétablissement du pays. Pour cette raison, nous soutenons sa mise en oeuvre le plus rapidement possible. J'ai entendu parler des actions déjà entreprises par le gouvernement et je voudrais reconnaître qu'il y a eu des progrès depuis la signature de l'accord en mars", a-t-il souligné lors d'un point de presse. Le 22 janvier 2008, à l'occasion de la présentation des lettres du président Gbagbo qui l'accréditent auprès du gouvernement américain, le nouvel ambassadeur de Côte d'Ivoire à Washington a recueilli les vives félicitations du président Bush à son homologue ivoirien : "L'Accord politique de Ouagadougou a permis d'accomplir des pas de géant dans la résolution de la crise ivoirienne avec, notamment, la formation du gouvernement de transition, la suppression de la zone de confiance, la restauration graduelle de l'Etat de droit sur l'ensemble du territoire", a dit le président américain avant de continuer : "Nous vous félicitons également pour vos efforts de préparations des prochaines élections" (Notre Voie n°2890, page 10). Enfin, l'ambassadeur des Etats-Unis en Côte d'Ivoire, SE Mme Wanda Nesbitt, qui a été reçue en audience, le mercredi 6 février, par le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro et instruite sur les avancées du processus de sortie de crise, a envisagé la possibilité pour son pays d'apporter son aide au gouvernement ivoirien : "Nous allons discuter avec nos collaborateurs à l'ambassade et à Washington pour voir dans quelle mesure nous pouvons apporter un plus à ce que les autres bailleurs de fonds ont déjà fait", a-t-elle affirmé à la sortie d'audience (Notre Voie n°2902, page 2).
Après tous ces actes des autorités américaines, il nous semble exagéré et contradictoire d'affirmer que "la situation en Côte d'Ivoire est toujours une importante et permanente menace pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis". De toute évidence, le président Georges Bush, qui a montré, comme on le voit, un vif intérêt pour le retour à la normalité en Côte d'Ivoire, a dû être induit en erreur. Si bien que sa dernière opinion selon laquelle "la situation en Côte d'Ivoire est toujours une importante et permanente menace pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis" place, de façon dramatique et sans que rien ne le justifie, notre pays dans le même registre que des organisations terroristes telles que Al Qaïda.
Non, la Côte d'Ivoire n'a rien fait pour mériter un tel traitement. La Côte d'Ivoire n'est plus en état de belligérance et il est important que tous les acteurs et partenaires, qui déclarent le jour, vouloir aider ce pays sur le chemin de la paix, ne tiennent pas un langage de lynchage la nuit venue. Ils doivent s'approprier l'implacable volonté des Ivoiriens d'aller à la paix et les aider franchement. Sans hypocrisie.

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