Kinshasa — Depuis les années 1990 (et même un peu plus tôt), l'Afrique des Grands Lacs est pris en otage par un groupe de bandits et criminels de grand chemin. Meurtres, génocides, viols, vols pillages sont commis dans cette partie du continent africain dans l'indifférence et l'impunité totales. Les dénonciations ne suffisent pas pour mettre un terme au calvaire aux populations civiles du Rwanda, du Burundi et du Congo dit démocratique.
A plusieurs reprises, les analystes philosophico-politiques de cette région et leurs alliés ont prouvé, avec des faits à l'appui, que Kagame, ses parrains et sa bande de bandits avaient organisé la terreur en Afrique des Grands Lacs pour servir leur goût dévoyé du pouvoir sans que cela ne m'émeuve autre-mesure les pays dits de "vieille démocratie", engagés hypocritement dans la lutte contre "le terrorisme". Combattre "ce fléau" au niveau des Etats manqués de l'Afrique Centrale a été et est encore une quadrature du cercle dans la mesure où organiser la violence à l'encontre des populations civiles rentre dans l'essence même des Etats manqués et de leur coalition mondiale. Une lueur semble poindre à l'horizon: les mouvements sociaux mondaiux et les autres collectifs citoyens comprennent de plus en plus qu'ils n'ont rien de juste et d'équitable à attendre de ces réseaux maffieux de la prédation, au Sud comme au Nord du monde.
S'inspirant du modèle des "résistants" latino-américains, partisans du multilatéralisme, ils sont en train de contourner les relations bilatérales corrompues. Au sujet de ce qui se passe en Afrique Centrale, le déclic que vient de donner la justice espagnole risque de sonner le glas de l'arrogance de Kagame et de ses hommes de paille du Rwanda et du Congo. Sur ce point, il ne serait pas mal que nous revenions sur le rôle historique joué par certains médias occidentaux, certains hommes politiques belges encore actifs dans le calvaire de l'Afrique des Grands Lacs. Ce rappel historique nous aiderait à ne pas être naïfs sur l'issue de l'aventure des réseaux opérants chez nous. Ils peuvent, à tout moment, se métamorphoser
I. La part de Colette Braeckman et celle de certains politiciens belges
Dans un article fustigeant le comportement irresponsable de Colette Braeckman s'envolant pour Kigali avec le fils Michel sans son collègue Peter Verlinden, journaliste du VRT, Luc De Temmerman notait ce qui suit: "Cette journaliste du SOIR, en connaissance de cause, se rend donc aujourd'hui auprès de cet autre criminel de guerre, chef du FPR, formateur militaire de NKUNDA, qui est en réalité à la base du titre de son article "Au fond de la détresse humaine", un président qui a fait éliminer le Président en fonction du pays qu'il prétendait libérer, et dont l'armée a tué des millions de citoyens Rwandais et Congolais dans la région depuis 1994 uniquement pour installer son pouvoir militaire au détriment de la démocratie pour le peuple rwandais." (L. DE TEMMERMAN, Kagame-feu J. Gol-G. Verhostadt-L.Michel-K. DE GUCHT: 6000.000 de morts dans la Région des Grands Lacs, dans Congoforum).
Luc publiait cet article pour réagir aux propos de Colette Braeckman écrits dans Le Soir du 21 janvier 2008, propos selon lesquels la paix dans les Kivu était liée, aux dires du Ministre des Affaires Etrangères de la RD Congo, à l'amnistie à accorder à Nkunda à l'issue de la conférence de Goma. Mbusa Nyamwisi aurait dit à Colette Braeckman ceci: "Si nous n'acceptons pas, Goma tombera demain aux mains de Nkunda." En reprenant ces inepties de Mbusa, Colette Braeckman faisait semblant de ne pas savoir que Nkunda est "un individu reconnu par le monde entier comme un criminel de guerre" et que ses "crimes contre l'humanité sont de la compétence du Procureur auprès du Tribunal Pénal International, dont la RDC a accepté la compétence sur son territoire."(Ibidem) Ceci fait dire à Luc De Temmerman (comme à plus d'un Congolais) que "cette journaliste Belge est donc manifestement un danger pour la cohésion de la population congolaise dans sa recherche pour une paix et une stabilité politique au Kivu." Pour Luc De Temmerman, Colette Braeckman ne peut évoquer, pour justifier son comportement irresponsable, le soutien dont jouit le créateur-protecteur de Nkunda auprès de "certains politiciens belges, dont feu J. Gol, G. Verhostadt, K. De Gucht et le clan Michel ( ) mais il suffit de regarder de quelle famille politique et surtout de quelle organisation philosophique font parti ces défenseurs de Kagame pour savoir qu'ils ne représentent pas l'ensemble de la population belge. Un journaliste qui n'a pas peur de détourner la vérité pour plaire à une minorité militaire, qui déstabilise la région depuis maintenant plus de 17 ans ne mérite pas de bénéficier su soutien d'un jour respecté." (Ibidem)
Ceux d'entre nous qui ont lu Pierre Péan savent de quoi parle Luc De Temmerman. En effet, "la guerre lancée par le FPR s'est jouée autant à Bruxelles que dans les collines rwandaises. C'est en effet dans la capitale belge qu'ont été installés l'état-major de la propagande et un bureau du FPR dans les mois qui ont précédé l'attaque militaire. L'équipe dirigeante du FPR, et en particulier Fred Rwigema, ont chargé des gens efficaces de répandre le "bonne parole" auprès des médias et de l'opinion publique. Disposant de relais en Allemagne, en France et en Suisse, ceux-ci ont constitué une véritable plaque tournante des actions de désinformation." (P. PEAN, Noires Fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994, Paris, Mille et une nuits, 2005, 68. Ce texte et ceux qui suivent sont tirés du chapitre intitulé Bruxelles, plaque tournante des actions de désinformation du FPR)
Cette désinformation aurait influencé certains hommes politiques belges au point de les rallier à la cause du FPR. Pierre Péan estime que "le plus beau coup des militants FPR de Bruxelles a alors été d'amener Jean Gol, président du Parti libéral, à soutenir leur cause en vigueur, entraînant également divers milieux qui gravitaient autour de lui: les libéraux francophones, les francs-maçons, l'Université Libre de Bruxelles et les membres du Centre communautaire laïc juif." (Ibidem, p.70) Le parallélisme établi entre le génocide juif et celui en préparation au Rwanda contre les Tutsi a beaucoup joué dans le rapprochement de ces deux communautés. Les militants du FRP ont "tous insisté sur les Tutsis menacés de génocide et les Juifs qui en furent les victimes: les Tutsis devaient être considérés comme les "Juifs d'Afrique", toujours persécutés, menacés par les Hutus racistes." (Ibidem, p.71-72) Quelques journalistes ont été propagandistes de cette "idéologie". "Les discours de Jean Gol et les papiers de Colette Braeckman et de Marie-France Cros, dans les deux principaux journaux belges francophones, Le Soir et La Libre Belgique, ont "recréé puis attisé la haine ethnique", affirme Chris de Beule, un ancien coopérant belge au Rwanda qui dirige aujourd'hui l'Association SOS Rwanda-Burundi."(Ibidem, p.77) Ce soutien idéologique offert au FPR n'est pas étranger au qualificatif de "dictature cléricale " collée au règne de Habyarimana et à l'opposition entre les libres penseurs et les partis chrétiens belges. Soit! Après la publication de son livre, Pierre Péan a été qualifié dans certains milieux rwandais et alliés de "négationniste" et /ou de "révisionniste". Que Luc De Temmerman revienne sur les crimes du FPR, trois ans après Noires fureurs , blancs menteurs, en étant aussi explicite sur le rôle nocif joué par certains de ses compatriotes dans les pays des Grands Lacs, cela donne à penser. Il n'est pas seul.
II. Deux avocats du TPIR et la justice espagnole
Deux avocats de la défense de l'ex-commandant du bataillon para-commando rwandais, un américain Peter Erlinder et le canadien André Tremblay, tous deux professeurs de droit, abondent dans le même sens. " A lumière de nouveaux éléments de preuve, tous les accusés du TPIR se sont vu reprocher à tort des crimes dont la responsabilité incombe entièrement ou partiellement aux dirigeants du FPR." En sus, "les deux défenseurs demandent ( ) au Conseil de sécurité de proroger le mandat du TPIR pour ne pas assurer l'impunité à des membres de l'actuel gouvernement rwandais, dont le président Kagame." M. Erlinder partage les conclusions du rapport du juge anti-terroriste français, Jean Louis Brugière et avait exigé, à la fin de l'année dernière, des poursuites judiciaires contre Paul. Ces deux avocats estiment que la crédibilité du TPIR serait compromise s'il n'arrivait à établir la responsabilité première des massacres de civils perpétrés par les dirigeants du FPR au Rwanda en 1994. Hier (6 février 2008), la justice espagnole est venue lever le coin de voile sur le génocide rwandais. Selon l'AFP, "la justice espagnole estime que les hommes de Kagame ont sciemment déstabilisé le régime extrémiste hutu de Juvénal Habyarimana, en place à l'époque, en commettant des actes terroristes avant de s'emparer du pouvoir." Elle cible 40 militaires dont 11 généraux. Pour elle, "il existe des indices rationnels selon lesquels à partir d'octobre 1990, un groupe de structure politico-militaire, fortement armé et organisé, a entamé une série d'actions criminelles, à partir de l'Ouganda, sur le territoire du Rwanda." La justice espagnole a identifié "le coeur de cette structure". Il s'agit de l'APR (armée patriotique rwandaise) et du FPR (front patriotique rwandais). Le front politique avait sa branche armée. Elle identifie aussi la nature des attaques et des attentats menés sur le territoire rwandais et même étranger contre la population civile. Ils sont politiques et/ou ethniques. Kagame et sa bande sont aussi accusés d'avoir "pris le pouvoir par la force ( ), prenant le contrôle absolu de la structure de l'Etat et mettant en place à partir de ce moment-là (après le génocide) un authentique régime de terreur." La justice espagnole a revu le chiffre du "génocide" à la hausse. A partir de son enquête menée en 2005, elle soutient que "durant les années 90, plus de quatre millions de Rwandais ont été assassinés ou ont disparu dans le cadre d'un plan d'extermination pour des raisons ethniques et/ou politiques."Cette enquête a été initiée à la suite d'une plainte du Forum International pour la Vérité et la Justice dans l'Afrique des Grands Lacs.
III. L'arrogance face au multilatéralisme
Sur la liste de 40 militaires rwandais poursuivis en justice en Espagne figure, au numéro 1, le Général Major, James Kabarebe, l'incarnation, après Kagame, de l'arrogance de l'APR. Comptant sur les accointances du FPR avec "le cavalier solitaire", les U.S.A. de Clinton et des Bush, sur la désinformation entretenue en Europe et sur la puissance militaire de l'APR, les miliciens Tusti venus de l'Ouganda semblent avoir perdu de vue que le monde avait franchi le pas de la guerre froide, ne fût-ce que sur papier. Ils n'ont pas compris que le mensonge, arme politique dans les relations bilatérales, aurait du mal à s'imposer sur une scène internationale forcée à s'ouvrir au multilatéralisme, à tout prix. En effet, les lecteurs de Paix et châtiments savent que les membres du FPR et de l'APR ont bénéficié d'un soutien sérieux des U.S.A. au TPIR.
Avec la page ouverte par le juge anti-terroriste français Jean-Louis Brugière et celle que vient d'ouvrir la justice espagnole, il ne serait pas trop osé d'affirmer que l'argument du génocide Tutsi, le mensonge et la désinformation ne suffiront plus pour sauver le régime terroriste de Kagame. L'argument du génocide se révèle de plus en plus spécieux. Le goût du pouvoir et du pouvoir pour le pouvoir et à tout prix justifie la folie meurtrière de Kagame et de sa bande. A travers les victimes de cette folie meurtrière, c'est toute notre humanité qui est atteinte dans sa dignité. Si les alliés de Kagame, membres des réseaux maffieux de prédation organisée dans l'Afrique des Grands Lacs trouvent normal l'indicible, c'est-à-dire 4000.000 de morts au Rwanda et 6000.000 au Congo, de plus en plus d'ONG et des Collectifs ayant décidé de naviguer en marge du bilatéralisme se battent, mains nues, contre l'arrogance et la puissance. Rompus dans cette lutte, ces Collectifs savent que la puissance du "cavalier solitaire" est soumise à un contrôle permanent.
Il n'est un secret pour personne que depuis plus d'une décennie, l'Afrique Centrale est dirigée par une coalition de seigneurs de guerre convertie par la magie des élections truquées en "responsables politiques". Ces seigneurs de guerre participent de réseaux maffieux mondiaux de pillage des ressources du sol et du sous-sol de l'Afrique centrale. Gestionnaires des Etats manqués et bénéficiant du soutien des Etats manqués, ils s'inscrivent en faux contre une justice juste. Ils assurent "la promotion " de la grande criminalité. Celle-ci répond à leur visée: incapaciter l'Etat dans ses fonctions régaliennes. Attendre de ces Etats manqués des actions d'envergure qui mettent fin à l'impunité et à la grande criminalité, c'est attendre qu'un morceau de bois, à force de rester dans l'eau, se transforme en crocodile. Leurs alliés bilatéraux assument la même tâche, celle de l'incapacitation de l'Etat "classique". Les mouvements sociaux et les autres Collectifs citoyens ayant compris ce jeu ont opté pour des actions qui contournent les obstacles dressés sur la voie du bonheur collectif partagé par tous ces Etats manqués au Nord comme au Sud du monde. Le multilatéralisme est devenu leur option préférée.
Là ils peuvent agir seuls, ils le font en mettant hors d'état d'agir "les petites mains" du capital. Là où ils peuvent saisir la main tendue de certains Etats "assez lucides", ils ne ratent pas la chance de faire triompher "la vérité". C'est dans ce sens qu'il faut comprendre ce qui se passe en Espagne. "La justice espagnole avait démarré son enquête en 2005, portant initialement sur la mort de neuf ressortissants assassinés au Rwanda entre 1994 et 200, à la suite d'une plainte du Forum internationale pour la vérité et la justice dans l'Afrique des Grands Lacs." La traduction de Sassou Ngweso et d'Omar Bongo en justice par une ONG française "Survie", les actions menées au Sénat belge par le CADTM, etc. sont à situer dans ce nouveau contexte où les relations bilatérales corrompues (de pays à pays) sont mises en mal pour les mouvements citoyens. Au Congo, le Cojeski et le CADTM de Victor Nzuzi et Mukendi ainsi que la dernière conférence nationale sur les Kivu organisée par la société civile nationale font partie des initiatives s'inscrivant dans cette nouvelle perspective du multilatéralisme.
En effet, dans un Etat manqué comme le Congo actuel, il ne sert à rien d'attendre que les protagonistes de la mafia -appelés abusivement gouvernants- travaillent à l'avènement du bonheur collectif. A défaut de les mettre immédiatement hors d'état d'agir, il est indispensable d'initier des mouvements citoyens indépendants et de renforcer leurs capacités d'actions en les insérant dans des réseaux mondiaux interconnectés. C'est de cette façon que, subrepticement, on travaille dorénavant à la conversion de la puissance en impuissance. (Lire à ce propos B. BADIE, L'impuissance de la puissance. Essai sur les nouvelles relations internationales, Paris, Fayard, 2004.)
Des réseaux de mouvements citoyens interconnectés et travaillant avec les médias alternatifs aux médiasmensonges et "coupagistes" sont "une arme de destruction massive " de l'arrogance des supplétifs africains et occidentaux du "nouveau désordre mondial". A condition qu'ils persévèrent courageusement et pendant longtemps dans la lutte contre le capitalisme en tant que "flux mouvant et réorganisateur".

Comments Post a comment