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Algérie: La délinquance juvénile - Un phénomène difficile à maîtriser
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La Tribune (Algiers)
13 Février 2008
Publié sur le web le 13 Février 2008
Amel Bouakba
La délinquance juvénile est un mal qui a pris une ampleur démesurée, à la faveur de la décennie noire ayant ébranlé l'Algérie. Détachement familial, fugues, vols, prostitution, alcoolisme, toxicomanie, délits, immigration clandestine et crimes sont autant d'infractions commises par ces adolescents qui sortent à peine du monde de l'enfance. Une liste qui reste terriblement longue.
Le monde de ces enfants qui basculent accidentellement du monde de l'insouciance et de l'innocence vers celui des adultes est bien sombre. Ils empruntent un chemin périlleux qui les mène irrémédiablement vers un univers ignoble et sans pitié. Démission parentale, éclatement de la cellule familiale et échec scolaire sont autant de facteurs qui mènent paradoxalement à la délinquance juvénile. Faïza est l'une de ces victimes de la société que l'on désigne comme «délinquante».
Elle avait à peine douze ans lorsqu'elle a été placée dans un centre de rééducation de Birkhadem. Sa vie a subitement basculé lorsqu'elle a appris par sa famille d'accueil qu'elle était en réalité une fille adoptive et enfant née sous x, recueillie après avoir été abandonnée par sa mère biologique. Ce secret va bouleverser sa vie. Elle n'acceptera pas ce statut de fille adoptive et va élire domicile dans la rue où elle s'adonnera à toutes sortes de vices et de débauche jusqu'au jour où elle commettra une infraction irréparable qui la mènera dans un centre de rééducation. Un lieu où la vie n'est pas forcément meilleure. Dans ce type de structures, la cohabitation avec les autres pensionnaires n'est pas une sinécure. En dépit de leur jeune âge, ces pensionnaires bien
particuliers qui ont eu à subir les affres de la rue et toutes sortes de débauches ne sont, malheureusement pas, des enfants de choeur. Ces jeunes délinquants n'ont plus de repères et se retrouvent seuls confrontés à un monde sans la moindre indulgence. Du coup, ils deviennent agressifs, présentant des troubles mentaux et affectifs énormes et, surtout, des attitudes perverses. La majorité des crimes de délinquance sont constatés dans des quartiers précaires ou populaires. C'est dire que les conditions de vie pénibles et la pauvreté terrassante sont des facteurs déclencheurs de la délinquance juvénile qui traduit les multiples frustrations et le malaise social de ces jeunes délinquants.
C'est un secret de polichinelle. La délinquance juvénile est un phénomène difficile à maîtriser en Algérie. Notre pays ne s'est pas donné les moyens de cerner ce phénomène qui mine notre société, à l'instar d'autres fléaux sociaux, qui se développent à une allure vertigineuse, favorisé par le laxisme ambiant des pouvoirs publics. Le constat dressé par les experts et les différents spécialistes est peu reluisant et témoigne d'une situation alarmante qui risque de dégénérer si l'on n'y remédie pas. L'insuffisance des centres spécialisés est criante. Quant aux statistiques sur le nombre de délinquants, elles ne sont pas fiables. Ce qui reste indéniable, en revanche, est qu'actuellement le nombre de centres de rééducation dont dispose notre pays reste insuffisant. Actuellement, il existe 35 centres spécialisés de rééducation et de protection (CSR et CSP), à travers le pays, placés sous la tutelle du ministère de la Solidarité nationale.
Leur capacité d'accueil est de 3 770 places.
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Alger est dotée de trois centres de rééducation, deux à Birkhadem (filles et garçons), et un autre à Châteauneuf, à El Biar (garçons). Les mineurs délinquants sont placés dans ces centres sur décision du juge des mineurs. Outre l'insuffisance des structures spécialisées, le manque de spécialisation pour les agents chargés de constater les actes de délinquance juvénile est particulièrement mis en relief.
Arrestation de plus de 2 000 mineurs en 2007
Selon des statistiques révélées par la Gendarmerie nationale, plus de 2.000 mineurs ont été arrêtés, en 2007, à travers l'ensemble du pays. Plusieurs griefs ont été retenus contre eux, entres crimes et délits. Ainsi, selon la Gendarmerie nationale «sur un total de 39.204 personnes arrêtées, au niveau national, pour plus de 30 000 affaires de crimes et délits, 2 073 mineurs mis en causes ont été arrêtés, durant l'année 2007, contre 2 587 en 2006». Il est ainsi relevé que parmi les mineurs arrêtés, 519 l'ont été pour des coups et blessures volontaires, 570 autres pour des vols, 233 pour associations de malfaiteurs et 133 pour attentats à la pudeur. En outre, 77 mineurs ont été arrêtés pour destruction et dégradation de biens appartenant à autrui, 13 pour destruction et dégradation de biens appartenant à l'Etat et 14 pour des affaires de viol. La capitale se positionne en tête des wilayas ayant enregistré le plus grand nombre d'arrestations de mineurs avec 114. Arrivent, ensuite, Sétif (99), Oran (96), Ouargla (86) et Batna (80). Les Scouts musulmans algériens(SMA), qui considèrent que le phénomène de la délinquance juvénile est lié à la situation sociale et économique du pays, révèlent qu'il y aurait plus de 600 détenus mineurs à travers les centres pénitentiaires du pays. S'agissant des enfants de la rue, la FOREM estime, de son côté, que leur nombre est de 20 000.
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