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Côte d'Ivoire: Automédication, prescriptions abusives et inadaptées - Les causes des résistances bactériennes aux antibiotiques
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Nord-Sud (Abidjan)
13 Février 2008
Publié sur le web le 14 Février 2008
Touré Yelly
L'antibiotique n'est pas un médicament comme le paracétamol que l'on utilise de façon ponctuelle pour les maux de tête. Selon Dr Gbonon Valérie, médecin biologiste, attaché de recherche à l'Institut Pasteur d'Abidjan, un antibiotique s'utilise dans les infections bactériennes pendant une durée précise et à des doses précises. Mal utilisé, des résistances se créent.
«Ce sont malheureusement des réalités que connaissent certains malades. Tout malade qui commence à faire de la fièvre pense automatiquement à une fièvre typhoïde et s'oriente vers les fluoroquinolones(famille d'antibiotiques utilisés dans le traitement de la fièvre typhoïde). Les malades vont eux mêmes les acheter et en font une mauvaise utilisation. Et bien entendu là où il faudra les utiliser, ça ne marchera plus, parce qu'on a eu l'habitude de mal l'utiliser, parce qu'on n'a pas utilisé les quantités qu'il fallait quand il fallait. Utiliser les antibiotiques de cette façon, c'est faire un boulevard pour installer la résistance», avoue le spécialiste.
A cette première cause de résistance, s'adjoignent celles liées aux prescriptions inadaptées et abusives. Aujourd'hui, la molécule de Ciprofloxacine de la famille des fluoroquinolone est utilisée abusivement. Une prescription abusive faite par les prescripteurs de santé sans que cela ne soit justifié forcement. Bien avant la prescription, le médecin doit poser un diagnostic de fièvre typhoïde sur des arguments cliniques , biologiques et surtout bactériologique. Un certain nombre de signes doivent pour ce faire être recherchés sur le malade. En plus, des examens doivent être demandés pour confirmer ou infirmer le diagnostic. Dr Gbonon reste persuadé que le sérodiagnostic de Vidal généralement demandé dans les structures sanitaires pour confirmer l'existence ou non de la fièvre typhoïde n'est pas l'examen de certitude de cette pathologie. «Le premier examen à demander est l'hémoculture (examen bactériologique du sang). A travers cet examen, l'on recherche la bactérie responsable de la fièvre typhoïde, la salmonelle, dans le sang. Cet examen demande un certain nombre de logistique (laboratoire assez fourni) dont ne disposent pas toutes les structures sanitaires.
D'où le Vidal qui est demandé. Mais même le Vidal, il faut savoir à quel moment le demander », précise le médecin biologiste. «Demandez l'hémoculture, et quand on n'a rien, on peut alors demander le Vidal», conseille Dr Gbonon. La spécialiste révèle que l'examen de vidal recherche un certain nombre d'anticorps de la salmonelle dans le sérum. «Le Vidal recherche les anticorps (anti O et H) dirigés contre la salmonelle. Ceux-ci ont un délai d'apparition. Si vous commencez par exemple à faire de la fièvre, au bout de 5 jours, même s'il s'agit d'une fièvre typhoïde, vous n'aurez pas de résultat au Vidal parce que les premiers anticorps (anti O) apparaissent au bout du 7è voire du 8ème jour », explique-t-elle. «Ces anticorps anti O disparaissent ensuite pour qu'apparaissent à partir du 12è jour les anticorps anti H », affirme-t-elle. A ces enseignements, il faut ajouter selon la spécialiste que certains éléments parmi les signes cliniques à l'examen doivent quand même permettre aux médecins d'établir un premier diagnostic. «Il s'agit de la dissociation entre le pouls et la température.
Pour une fièvre normale, le pouls augmente à mesure que la température monte. Mais dans le cas de la typhoïde, plus la fièvre monte, le pouls baisse ». Ce sont selon le Dr Gbonon, des éléments préliminaires qui devraient permettre de poser un meilleur diagnostic et de faire stopper les prescriptions abusives. C'est donc dans le but de parvenir à cet optique qu'une formation post-universitaire a été organisée au mois d'octobre dernier à l'institut Pasteur dans le cadre de l'Observatoire de la résistance des micro-organismes aux anti-infectieux de Côte d'Ivoire (ORMICI). Cette rencontre entre spécialistes de L'institut Pasteur et médecins a été l'occasion de débattre du problème lié à l'utilisation des fluoroquinolones.
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