JRM
14 Février 2008
interview
Le Pr. Wali Muna, président de la Société camerounaise de cardiologie revient sur les maladies du coeur.
Quelle est la situation des maladies cardio-vasculaires au Cameroun ?
Les maladies cardiovasculaires constituent un domaine très vaste de plusieurs types d' affections. Parmi les plus connues, il y a l'hypertension, très fréquente en milieu urbain. On peut estimer le taux de la population qui en souffre entre 10 et 20%. Pour les populations à risques, on peut aller jusqu'à 40 %. Les maladies congénitales sont également fréquentes chez les enfants. On note aussi un grand nombre de maladies dans lesquelles le muscle cardiaque se fatigue. On parle dans ce cas de cardiomyopathies se manifestant par une insuffisance cardiaque. Leurs causes ne sont pas très connues mais il existe des traitements. D'autres maladies touchent le sac dans lequel le coeur se trouve. Il y a d'autres problèmes à côté qui ont cependant un impact sur le coeur, comme le diabète qui touche aussi le cerveau, les nerfs, etc.
Les maladies du coeur sortent peu à peu de l'ombre car on en parle de plus en plus. Les populations font-elles plus attention maintenant ?
En plus de notre congrès, il y a les journées mondiales du coeur, de l'hypertension, du diabète. On essaye de faire des manifestations pour informer les populations. Le drame est qu'on considérait autrefois qu'il s'agissait d'un mal typiquement occidental et que l'Africain était « blindé ». Le changement du mode de vie a fait que ces maladies sont désormais une réalité chez nous. La première cause de décès dans le monde reste les maladies coronaires. Notamment l'infarctus du myocarde ou la destruction du muscle cardiaque lorsque la circulation est bloquée. Ces « crises cardiaques » sont de plus en plus fréquentes. On estime qu'elles représentent entre 2 et 6% des maladies chez nous. Elles sont très meurtrières et coûteuses à traiter. Pour un diagnostic de l'hypertension par exemple, le malade doit prendre les médicaments toute sa vie. C'est pour ça que nous avons un centre national de l'hypertension où nous essayons de vendre à des prix abordables ces médicaments. Je ne peux pas donner un chiffre mais si le Cameroun voulait soigner tous ses hypertendus, il faudrait trois fois le budget du ministère de la Santé.
Le thème du congrès est « coeur et sport ». comment comprendre que des sportifs de haut-niveau développement ce genre de maladies te qu'on ne s'en rendre compte que trop tard ?
Ils décèdent parce qu'on ne prend pas le temps de leur faire un bilan cardiovasculaire correct pour déceler les problèmes qui peuvent les mettre en danger. Ils font des efforts et ont des petites faiblesses cachées qui se révèlent en raison de cette débauche d'énergie. L'effort est un stress et, des fois, malheureusement, mène à des décès subits. Nous voulons dire aux populations, à toutes les équipes professionnelles qu'il est impératif que ceux qui font le sport, de façon ludique ou professionnelle, au-delà de 20-30 ans, aient un bilan correct avant de se lancer dans le sport.
Peut-on en venir à bout des maladies cardiaques ou la prévention est la seule arme ?
Il y a certaines maladies qu'on soigne et d'autres non. Une fois que le muscle cardiaque est touché, on ne peut plus rien. En fait, on soigne les facteurs de risques. On donne juste des médicament pour améliorer la qualité de vie du patient. Il faut surtout prévenir. Il y a trois grands facteurs en matière de risques qu'il faut attaquer : l'hypertension, le tabagisme et les matières grasses. Il faut qu'on arrive à maîtriser ces facteurs, à partir même de l'école primaire. Il faut que les enfants soient actifs.
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