Le gouvernement rwandais a lancé, au début de ce mois, une campagne de circoncision masculine dans le pays, dont l'objectif est de contribuer à la lutte contre la propagation du VIH au Rwanda, mais les spécialistes craignent que des gens circoncis se considèrent à tort comme totalement protégés contre le virus.
Dans la salle d'attente de chirurgie au Centre hospitalier universitaire de Butare, dans le sud du Rwanda, plusieurs files d'attentes sont observées tous les jeudis, où diverses catégories de personnes, en grande majorité des adolescents, attendent leur tour chez un médecin pour se faire circoncire.
Yvonne Umubyeyi, une mère, qui a amené son fils de deux ans à l'hôpital pour une consultation de circoncision, estime que cette opération est un outil indispensable pour l'hygiène, mais ne croit pas que cette pratique chirurgicale constitue réellement un antidote pour la contamination au VIH.
"L'intention n'est pas de protéger mon fils contre le SIDA dans l'avenir, mais c'est la seule chance pour les plus jeunes de se faire circoncire, car à l'âge adulte, l'opération devient parfois douloureuse", explique-t-elle à IPS.
La circoncision masculine est une intervention chirurgicale qui consiste à extraire le prépuce qui est un repli de la peau couvrant une partie du corps de l'organe génital chez les hommes, selon des spécialistes.
Face à l'inefficacité ou à l'insuffisance des moyens utilisés pour lutter contre la propagation du VIH/SIDA, le gouvernement rwandais a pris, cette année, la décision d'imposer la circoncision pour limiter les risques de contamination de la pandémie dont le taux d'infection est passé de 3 pour cent à 3,6 pour cent au cours des 12 derniers mois dans ce pays des Grands Lacs, selon des statistiques officielles.
"Cette situation de séroprévalence dans le pays nous interpelle. Nous allons sensibiliser tous les citoyens rwandais à se joindre volontairement à cette campagne", déclare Dr Innocent Nyaruhirira, secrétaire d'Etat rwandais chargé de la lutte contre le SIDA et d'autres pandémies. "La pratique de la circoncision diminue légèrement le risque de cancer et d'autres infections de l'organe génital plus tard dans la vie chez l'homme", ajoute-t-il.
"Le tissu du prépuce, qui est enlevé lors de cette opération, contient des cellules cibles du VIH, en particulier les CD4 et les cellules de Langherans, très facilement accessibles au virus", explique Dr Nyaruhirira à IPS.
La circoncision n'étant pas dans les moeurs de la société rwandaise à grande majorité chrétienne -- plus de 80 pour cent de la population --, les autorités veulent imposer cette pratique comme un autre moyen de contrer la propagation du VIH, souligne-t-il.
Au Rwanda, les parents prenaient ordinairement la décision de faire circoncire leurs nouveau-nés pour des raisons religieuses, sociales ou culturelles, mais Nyaruhirira estime que la circoncision doit être désormais considérée comme un outil de prévention du VIH plutôt que d'être perçue comme un acte qui n'est pas nécessaire d'un point de vue médical.
Une étude réalisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), en 2007 en Ouganda, a abouti aux mêmes conclusions que les précédentes menées au Kenya et en Afrique du Sud en 2006, qui avaient constaté que la circoncision masculine pourrait servir d'instrument dans la lutte contre l'infection au VIH/SIDA.
L'étude réalisée en Afrique du Sud par des chercheurs français portait sur 3.000 hommes sains parmi lesquels 1.500 étaient circoncis. Sur les 1.500 hommes circoncis, 18 ont contracté le virus du SIDA contre 51 infectés pour les 1.500 autres hommes qui ont conservé leur prépuce. Les résultats de l'étude ont été publiés en février 2007.
Les chercheurs affirment que lors de rapports sexuels non protégés, le prépuce qui recouvre le gland peut constituer un réservoir de microbes, de germes et de champignons à cause de la chaleur et de l'humidité qui caractérisent la muqueuse du prépuce. Il peut favoriser par conséquent des maladies sexuellement transmissibles.
L'étude conclut que la circoncision limiterait de 60 à 70 pour cent les risques de contamination. Sa pertinence reste toutefois contestée dans les milieux scientifiques parce que ses conclusions n'expliquent pas les raisons de cette diminution des chances de contracter le VIH/SIDA.
"C'est une simple illusion qui risque de créer une hécatombe dans le pays, une fois que la circoncision est prise comme une thérapie anti-SIDA", affirme à IPS, un médecin épidémiologiste basé à Kigali, qui a requis l'anonymat. "La pratique de la circoncision n'exclut pas les risques de contamination", explique-t-elle.
La plupart des médecins s'inquiètent que cette volonté des autorités rwandaises d'imposer la circoncision parmi une population qui n'est pas suffisamment éduquée sur les enjeux de la santé de la reproduction, n'entraîne des répercussions néfastes sur la campagne anti-SIDA dans le pays.
"Le gros des difficultés réside dans comment convaincre les hommes que la circoncision n'exclut pas le recours à l'utilisation du condom lors des rapports sexuels", souligne à IPS, Cyriaque Twagirumukiza, un autre médecin généraliste basé à Kigali, la capitale rwandaise.
Mais le gouvernement rwandais, qui mise sur une vaste campagne de circoncision à des fins préventives contre le SIDA, estime que la population devrait posséder d'abord l'information sur les risques et les bénéfices de cette pratique.
"Il faut encore du temps pour sensibiliser toute la population, mais les opérations chirurgicales obligatoires seront pratiquées désormais chez les nouveau-nés et autres personnes vivant dans des groupes communautaires, en l'occurrence les étudiants et les militaires", déclare Dr Nyaruhirira à IPS.
Pour l'instant, aucun chiffre officiel n'est encore publié sur le nombre de gens déjà circoncis depuis le début de la campagne.
Pour vulgariser la pratique de cette chirurgie, le ministère rwandais de la Santé a commencé à fournir une série d'équipements médicaux pour la circoncision à tous les centres de santé du pays. "D'ici-là, le Rwanda sera à jour dans la campagne de lutte anti-SIDA", affirme Nyaruhirira.

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