Libération (Casablanca)

Maroc: Sur fond de terrorisme, coup de tonnerre dans le paysage politique

L'arrestation des dirigeants de "Al Badil Hadari" provoque la stupeur

Stupeur dans les QG politiques ce mardi 19 février après l'arrestation des deux principaux dirigeants de «Al Badil Al Hadari», Mustapha Moatassim et Mohamed Amine Ragala, respectivement secrétaire général et secrétaire général adjoint du parti. La garde à vue de ces deux responsables politiques, au cœur d'une mouvance islamiste originale car proche de l'extrême gauche, en plus de celle du leader de « Al Oumma », parti non reconnu n'ayant pas reçu le fameux récépissé de l'Intérieur, est intervenue dans le sillage du démantèlement d'un réseau terroriste aux consonances jihadistes- sur fond de ramifications et connexions au Maroc et à l'étranger, selon l'information tombée lundi soir sur le fil de la très officielle MAP- et l'arrestation de 23 de ses membres.

Et d'après les très maigres éléments disponibles, l'enquête diligentée par le parquet général a permis l'arrestation, « sur la base d'éléments recueillis », des patrons de « Al Badil Al Hadari » ainsi que celle de Mohamed Merouani qui préside aux destinées du Mouvement Al Oumma.

«C'est un évènement qui m'étonne et m'inquiète à la fois. Il faut savoir raison garder. Il faut aussi et surtout garder son sang-froid. L'enquête doit suivre son cours de la manière la plus objective qui soit. Chaque présumé accusé est innocent tant que sa culpabilité n'a pas été clairement établie », estime le secrétaire général du PPS, Ismaïl Alaoui. « Au PPS, nous avons fait partie de ceux qui se sont mobilisés pour que Al Badil Al Hadari ait le droit de s'exprimer lors de la campagne électorale de septembre dernier », rappelle celui qui préside aux destinées du Parti du progrès et du socialisme, un parti qui vient d'appeler à un nouveau contrat politique au Maroc.

Alors que ce mardi matin le portail de «Al Badil Al Hadari» annonçait en lettres rouges l'arrestation de leurs deux principaux responsables, photos à l'appui, tout en exprimant leur totale incompréhension  face à des arrestations jugées comme «abusives et portant atteinte aux droits de l'Homme ». En janvier dernier, ceux d'Al Badil avaient lancé un appel pour la constitution d'un front démocratique contre la violence et le terrorisme alors qu'il y a quelques jours à peine, Mustapha Moatassim publiait sur le portail de son parti une lettre « à qui de droit» où il réitérait l'adhésion de sa famille politique à la réussite de la transition démocratique en terre marocaine.

Double langage et ambivalence d'un discours d'une formation politique qui affiche haut et fort sa référence à l'Islam mais aussi à la sagesse humaine et se déclare, dans sa charte, contre l'instauration d'un Etat religieux ? «On ne peut se prononcer sur cette affaire tant que la vérité n'a pas été clairement établie. L'enquête doit être sérieuse face à la gravité de ces arrestations d'autant que jusque-là tous les courants politiques agissaient dans le respect des uns des autres et surtout contre le terrorisme », estime Mohamed Mrini, membre du Bureau politique de l'USFP, tout en estimant qu' «il est encore trop tôt pour se prononcer sur cet événement. Le Bureau politique se réunit dans la soirée de ce mardi et il ne manquera pas d'étudier cette affaire».

Des détails révélés avant la fin de la semaine

A l'Istiqlal, on ne cache pas non plus sa stupeur. « D'autant que Badil Al Hadari a choisi la voie politique et se distingue par son ouverture à la gauche et son sens du dialogue », affirme Saad Alami, le ministre istiqlalien en charge des relations avec le Parlement.

D'une chapelle politique à l'autre, la présomption d'innocence est la règle. « Il faut vraiment que la justice ait des preuves accablantes contre ces responsables politiques », soutient la chef du groupe parlementaire de l'Istiqlal, Latéfa Benani-Smirès. Même son de cloche du côté du Mouvement populaire dont l'un des dirigeants, Saïd Ameskane, souligne que «l'on ne connaît pas le degré de vérité dans toute cette histoire. On ne peut pas juger et condamner d'avance sans que les faits ne soient pas établis». Alors que l'on apprenait ce mardi matin l'interpellation d'un officier de police du port maritime de Casablanca qui aurait ébruité les interdictions de quitter le territoire concernant des personnes dont MM. Moatassim, Ragala et Marouani, l'enquête se poursuivait.

A l'écriture de ces lignes, les responsables de «Badil Al Hadari» et «Oumma» étaient toujours placés en garde à vue. «Il faut de la retenue dans ce dossier. On ne peut pas jeter l'anathème sur ces personnes tant que la justice n'a pas dit son dernier mot. Des noms sont cités. Cela ne signifie pas que ces personnes sont coupables », souligne Lahcen Daoudi du PJD, un parti qui a convoqué dans la matinée une réunion extraordinaire de son instance dirigeante. «Nous avons appris d'autres arrestations dont celle du correspondant de la chaîne Al Manar et le candidat du PJD à Guelmim aux législatives », nous a affirmé ce député islamiste de Fès.

Si tous les sécuritaires du Royaume ont choisi, ce mardi matin, de s'inscrire aux abonnés absents, histoire de ne pas «parasiter» l'enquête en cours, des détails devraient être révélés dans les tout prochains jours. Le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, devrait communiquer sur ce dossier épineux «avant la fin de la semaine», nous a assuré une source proche de l'Intérieur.

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