Paul-Miki ROAMBA
22 Février 2008
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Gal Taher Erda, cousin, commandant de la Garde Républicaine adjoint ;
Gal Moussa Haroun Tirgo, chef d'état-major particulier ;
Gal Mahamat Saleh Kaya, directeur de l'ANS (Agence Nationale de Sécurité, police politique) ;
Gal Mahamat Ali Abdallah, également membre du clan, ministre d'Etat aux Mines et Infrastructures, récemment nommé ministre de la Défense, après l'attaque des rebelles.
Il est également à noter que les hommes du clan ont préempté toutes les directions et/ou sous-directions de la police, la gendarmerie, de l'armée, de tous les postes de l'Administration ayant un caractère juteux (là où il y a à manger), ne laissant que les miettes aux 98% de la population exsangue. Ne parlons pas des recettes pétrolières qui, comme le Trésor public, sont considérées comme les domaines réservés du chef de l'Etat, du clan Bidéyat (la proche famille) et de son excroissance Zaghawa.
Bref, avec tout cela, comment ne voulez-vous pas que certains Tchadiens choisissent la voie des armes pour changer cet état de fait ?
De tous ceux qui ont négocié un accord de paix avec Idriss Deby Itno, la plupart ont été exécutés ; Ketté Nodji, Abbas Koty, Laoukein Bardé ou sont repartis en brousse. Le dernier cas en date est le cas de l'ancien ministre de la Défense, le Gal Mahamat Nour, qui a signé un accord de paix le 26 décembre 2006 avec le président en présence de Mouammar Kadhafi à Tripoli en Lybie, et a vu ses parents Tamas massacrés ; il ne doit sa vie sauve qu'au fait de s'être réfugié à l'ambassade de Lybie.
La situation au Tchad n'a pas été provoquée ou exacerbée par une main extérieure?
Comme je vous l'ai indiqué plus haut, aucun mouvement dissident au régime en place à N'Djaména ne peut opérer à la frontière soudanaise sans avoir la mansuétude du gouvernement du Soudan, cela va du fait que les militaires soudanais ferment les yeux sur les va-et-vient des uns et des autres à la frontière. Cela était vrai hier quand Habré chassa Goukouni, Deby pour Habré tout comme de nos jours.
Le président Déby bénéficie lui-même, très souvent, de l'appui des rebelles du MJE soudanais aujourd'hui comme en 2006 (cf. déclaration de Khalil Ibrahim sur RFI le 20 octobre 2006).
De tout cela, une chose est sûre: la stabilité de la sous-région passe nécessairement par un règlement du conflit tchadien qui ne peut réussir que dans le cadre d'un dialogue inclusif réclamé à cor et à cri depuis plusieurs années par la société civile, les partis politiques et les politico-militaires. Idriss Déby Itno, la France chiraquienne aujourd'hui sarkosienne, les Nations unies, l'OUA, etc. n'ont pas voulu entendre ce cri de détresse de tout un peuple, au contraire ils donnent un quitus au dictateur en place pour régler les comptes à son opposition politique, à sa société civile
Les Tchadiens dans leur ensemble ont soif de démocratie et en ont ras-le- bol qu'une minorité de nos compatriotes s'arrogent le droit de nous prendre en otages depuis plus de 30 ans.
Les Tchadiens sont également fatigués que la France soutienne mordicus leurs bourreaux, et elle doit une fois pour toutes comprendre que nos vies valent mieux que leurs profits. Qu'on foute un peu la paix aux Tchadiens et aux Africains qui sont bel et bien capables de choisir des dirigeants qui oeuvreront en faveur de la bonne gouvernance et le développement, contrairement à ce que pensait un certain M. Jacques Chirac qui disait, entre autres : «L'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie.»
Quelle est la situation des rebelles portés disparus depuis quelque temps après le déclenchement de la rébellion?
Les rebelles ont fait route vers le sud-est du pays où ils sont en train de reconstituer leurs forces. Il est à craindre, si on n'oeuvre pas rapidement pour un règlement de la crise par l'instauration d'un dialogue sans exclusif, une reprise des hostilités qui, une fois de plus, fera des milliers de morts, généralement de pauvres civils innocents qui ne demandent qu'à vivre en paix.
Votre père, N'garledjy Yorongar, est également porté disparu en même temps que d'autres opposants. Savez-vous où il est? Avez-vous ses nouvelles de temps en temps?
Non, ni celle de M. Ibn Oumar Mahamat Saleh, président du PLD, et plus le temps passe, plus nous craignons pour leur vie. Le président Lol Mahamat Choua qui a été retrouvé comme par hasard dans un camp militaire n'a toujours pas été libéré. Tout ce que nous savons, c'est que ce sont les gardes républicains de Déby qui sont venus les enlever, quoi qu'en disent les membres du gouvernement. Le dernier message que j'ai reçu de lui à 12h18 le 2 février est : « J'ai échappé bel. Les militaires gouvernementaux ont tiré un obus sur ma maison mais il est tombé à 10 mètres. Dieu est grand.» Pour moi, ils ont raté leur coup le 2 février et sont donc venus l'embarquer brutalement le 3, entre 16h30 et 17h.
Tout ce que nous savons, c'est qu'ils (les leaders de l'opposition enlevés) ont été amenés dans les locaux de la Direction de renseignements généraux dans un premier temps, où ils ont été longuement torturés, puis conduits dans les geôles du sous-sol de la présidence. De source sûre, nous savons que lors de la visite de M. Hervé Morin, ministre français de la Défense, le 5 février, ils étaient encore vivants, mais fatigués. Tout porte à croire que Déby a reçu le quitus pour museler son opposition politique. La timidité de la réaction de la France à propos de ces enlèvements, contrairement à celle de la Commission européenne, ne va pas dans le sens de nous rassurer. Avec l'instauration de l'état d'urgence pendant 15 jours, le mot d'ordre est simple : silence, on peut tuer, torturer, violer, bref, faire du mal aux Tchadiens tranquillement.
Je lance un vibrant appel à tous les démocrates du monde entier à se battre pour que l'on ne tue pas impunément la démocratie et les libertés fondamentales en Afrique. Qu'on cesse de mépriser les Africains en les considérant comme de grands enfants, en désignant à leur place ceux qui sont légitimes pour les diriger.
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