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Cameroun: Eloge funèbre


Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
 

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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

BILLET
25 Février 2008
Publié sur le web le 25 Février 2008

Par Alain B. Batongué

Le président Paul Biya, président de la République du Cameroun et président national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, parti au pouvoir et largement majoritaire à l'Assemblée nationale)

a pourtant tranché le débat en s'adressant au peuple camerounais, lors de son traditionnel message de fin d'année à la nation : " Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre constitution qui mériteraient d'être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population ", en particulier les dispositions du " paragraphe 2 de l'article 6 qui prévoit que " le Président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois " ".

Le président Biya, qui est bien entouré, sait qu'en matière de modification de la Constitution, la voie parlementaire est la voie la moins risquée et la voie référendaire, plus aléatoire, l'exception. Et même si les deux chambres du parlement ne sont pas encore constituées conformément aux dispositions de l'actuelle constitution, le tour de passe-passe ne devrait poser aucun problème, d'autant que la Chambre, constituée à une écrasante majorité de députés du Rdpc, est supposée représenter la majorité de la population et, en plus, vient de bénéficier de quelques largesses du président de la République.

Pourquoi donc tant de fébrilité ? Pourquoi donc tant de violences ? Pourquoi empêcher des populations, supposées marginales, de manifester leur réserve devant des décisions qui les engagent, au point désormais d'utiliser des armes à feu pour les en dissuader ? Pourquoi se souvenir, subitement, que Equinoxe Tv n'a pas respecté son cahier de charges simplement parce qu'il a sans doute un peu trop donné la parole à ceux qui essaient de chahuter le projet du président de la République ?

A tous ces " pourquoi ", les réponses sont relativement simples : il y a une réelle conscience d'une illégitimité certaine de son projet qui correspond à une surreprésentation factice du parti dominant à l'Assemblée nationale, l'essentiel de la population étant opposé à cette modification et, de surcroît, voulant désormais plus que par le passé, le faire savoir. Il y a conscience de la violence du projet qui tranche avec le discours par ailleurs lénifiant d'une démocratie apaisée, de consensus ou de rassemblement régulièrement distillé.

Il y a une réelle conscience de l'abus de position dominante dont use le Rdpc qui a monté un scénario, lancé un ballon d'essai et présenté un argumentaire compliqué, pour imposer, par les moyens de l'Etat, un choix qui a du mal à masquer une dimension essentiellement intéressée et égoïste. Et qui se traduit par des errements cachant à peine les contradictions du système et les réelles sources du pouvoir actuel.

Ce qui se passe à Douala depuis quelques semaines est le signe, malgré la grosse déception des partis politiques d'opposition, que l'opinion veut reprendre sa place dans le débat sur l'avenir du pays, et refuse qu'on lui dénie le pouvoir d'exiger des explications, de manifester sa colère pour un sujet qui méritait assurément une autre démarche, une autre méthode. Le peuple refuse que les choses qui le concernent soient dorénavant prises sans lui ou, pire encore, contre lui.

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Ce qui se passe à Douala indique également que, malgré le rappel de Paul Biya lors du dernier congrès extraordinaire de son parti (" Nous ne sommes plus à l'ère du parti unique "), le pouvoir ne s'est pas encore converti à la religion de la démocratie et de l'un de ses pendants qui est l'alternance dans la direction des affaires publiques.

Or, Paul Biya a eu un discours constant sur la constitution qu'il voulait déjà, à Bamenda en 1985 lors de la naissance du Rdpc, " un modèle original de construction politique" et, en 1994 lors de l'installation du comité qui allait proposer la constitution adoptée en janvier 1996, un document " qui reflète les aspirations communes du peuple camerounais ". Pourquoi vouloir aujourd'hui écarter du processus d'une décision aussi importante une partie du peuple ?

Nous l'avons dit plus haut, le chef de l'Etat a déjà décidé : la constitution sera modifiée, particulièrement en son article 6 alinéa 2 qui fera donc sauter le verrou de la limitation des mandat, objet de tant d'enjeux. Cette bataille épique et parfois pitoyable pour y arriver donnera cependant un enseignement historique. Cet article 6.2, va donc mourir : mais pour la peur qu'il aura suscité, pour la manière dont il aura secoué le pouvoir politique en le poussant dans ses derniers retranchements, il mérite bien un éloge funèbre. Même si, pour lui ou pour sa disparition, il ne demande pas qu'on brime, violente et tue autant de Camerounais. Qu'on fasse autant feu de tout bois.



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