Alger — Conflit interethnique au Kenya et instabilité permanente au Tchad
A Addis-Abeba où se tenait le 10e sommet de l'Union africaine, personne ne donnait cher du régime Déby. Dure réalité pour le ministre tchadien des Affaires étrangères qui conduisait la délégation de son pays dans la capitale éthiopienne.
Ahmat Allammi assistera, pourtant, à une solidarisation avec son président donné déchu. Ce dernier, cerné dans son palais présidentiel, a gardé un contact permanent avec ses homologues gabonais, sénégalais et ougandais. Ce sont, vraisemblablement, eux qui ont exhorté le président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete, à inscrire le dossier tchadien à l'ordre du jour des travaux du sommet
La troisième sera, incontestablement, la bonne. Après avril 2007 et janvier 2008, tous les Tchadiens s'attendent à une nouvelle chute de leur capitale N'djamena.
Maître sans partage du pays, depuis décembre 1990, Idriss Déby n'y pense même pas, et peut, pour cela, compter sur le soutien multiforme, inconditionnel et parfois outrageux de la France.
Lorsque, le 30 janvier dernier, le pouvoir despotique du président tchadien commençait à vaciller, nul ne pouvait croire au sauvetage de son régime. Durant cinq longs et interminables jours, la confusion, les rumeurs et la mort ont fait de N'djamena le centre de gravité de tout le continent.
Même à Addis-Abeba où se tenait le 10e sommet de l'Union africaine, personne ne donnait cher du régime Déby. Dure réalité pour le ministre tchadien des Affaires étrangères qui conduisait la délégation de son pays dans la capitale éthiopienne. Ahmat Allammi assistera, pourtant à une solidarisation avec son président donné déchu.
Ce dernier, cerné dans son palais présidentiel, a gardé un contact permanent avec ses homologues gabonais, sénégalais et ougandais. Ce sont, vraisemblablement, eux qui ont exhorté le président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete, à inscrire le dossier tchadien à l'ordre du jour.
Les Etats membres de l'Union africaine dénonceront toute tentative de renverser le régime et appelleront de leurs voeux au rétablissement de la démocratie.
Message plus entendu à Paris qu'à N'djamena. Car, la France de Nicolas Sarkozy n'aura pas hésité un seul instant à sauver son ami et allié.
Pourtant, ce dernier avait bien rejeté, auparavant, toute aide en provenance de Paris. Il est vrai que le gouvernement français avait proposé, en premier lieu, de faire sortir Idriss Déby de son palais encerclé pour faciliter son exil. Ce qui aurait été pour lui une véritable reddition.
Mais, au bout du compte, ce n'est ni plus ni moins qu'une véritable intervention militaire française qui aura contribué à la déroute des rebelles dirigés par le triumvirat tchadien.
Mahamat Nouri, Timane Erdimi et Abdelwahid Makaye avaient cru à une victoire contre leur ennemi juré, mais tablaient aussi sur une neutralité française, et cette dernière n'a finalement pas eu lieu. Dans un autre Etat d'Afrique, anglophone cette fois, on se souvient de la stabilité si légendaire de ce pays qu'est le Kenya. Pilier de l'Afrique de l'Est, il était un havre de paix et rassemblait à lui seul les vecteurs de dialogue et de coexistence, ceux-là mêmes qui manquaient cruellement au continent noir.
Mais les élections présidentielles du 27 décembre, dont les résultats sont contestés par l'opposition, ont vite jeté aux oubliettes l'exemple kényan. Arraché à sa paisible retraite genevoise, Kofi Annan a décidé de prendre le dossier en main, et il le gère de façon admirable.
L'ancien secrétaire général des Nations unies n'a pas quitté Nairobi depuis le début de sa médiation. Multipliant les contacts et les rencontres tantôt avec Mwai Kibaki, tantôt avec Raïla Odinga, le diplomate ghanéen a réussi à faire avancer les négociations, et un seul point reste, aujourd'hui, objet de discussions acharnées. Il s'agit des modalités de création du futur poste de Premier ministre. Il est clair que cette fonction incombera au chef du Mouvement démocratique orange, Raïla Odinga, mais il reste à définir ses prérogatives exactes.
Qu'à cela ne tienne, même si la paix fait son apparition au Kenya, la blessure restera vivace, et l'on se méfiera à l'avenir d'éventuelles tensions comme celles que le pays endure depuis le 30 décembre dernier.
En plus du Soudan et de la République démocratique du Congo, deux pays africains viennent s'ajouter à la liste déjà longue des Etats retombés dans l'escarcelle de l'instabilité.
Seul signe d'optimisme : la Côte d'Ivoire.
Confrontée à une grave crise de lutte de pouvoir, depuis 2002, le pays avance à pas sereins vers des élections générales. Une sérénité fragile mais rendue possible grâce au dialogue engagé par Laurent Gbagbo et Guillaume Soro. Encore des ennemis qui ont choisi de partager un pouvoir qu'on disait impartageable.

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