Le Pays (Ouagadougou)

Afrique: Lutte contre la vie chère

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Le communiqué ci-dessous est celui issu d'une réunion le 23 février 2008 à Ouagadougou du Bureau exécutif national de l'UNDD sur la situation nationale marquée par des manifestations contre la vie chère.

Sur convocation de son président, Me Hermann Yaméogo, le Bureau exécutif national (BEN) s'est retrouvé à son lieu habituel de réunion, à Ouagadougou, le 23 février 2008 à partir de 18 h 00 autour d'un ordre du jour unique : la situation nationale.

Le BEN, après avoir échangé autour de l'érosion du pouvoir d'achat intervenant dans un contexte national marqué par l'échec de la lutte contre la pauvreté, la corruption grandissante, l'insécurité physique et juridique structurante - sans parler du désespoir né de la perte de confiance vis-à-vis du processus démocratique - a jugé qu'il existait comme un trop-plein de frustrations ne cherchant qu'une occasion pour déflagrer. Pour lui, ces frustrations étaient d'autant plus mûres que le pouvoir avait pris soin, élection après élection, de concentrer entre ses mains l'essentiel du pouvoir politique et économique, de réduire à force de déstabilisations, de fraudes et d'achats de conscience la plupart des contre-pouvoirs politiques et de la société civile, fermant de la sorte la porte au dialogue démocratique. Ces contre-pouvoirs ainsi mis dans l'incapacité de jouer convenablement leur rôle de représentation, de critique, de pondération, les citoyens livrés à eux-mêmes, ne pouvaient qu'être acculés à de telles manifestations de colère, voire de rage, pour leur survie.

Le BEN a dès lors posé la question du partage des responsabilités face aux conséquences dommageables de ces émeutes.

S'il regrette les violences et autres atteintes aux biens privés et collectifs, il estime que le pouvoir prévenu aurait dû prendre des mesures de sauvegarde parce qu'il est le maître d'oeuvre de la politique économique du pays. A ce titre, ses choix autant que les instruments de leur mise en oeuvre auraient dû concourir à la valorisation d'une politique sociale efficiente qui tende à augmenter le revenu national, à régulariser son flux et surtout à améliorer sa répartition. Les émeutes contre la vie chère, constate le BEN, sont la preuve de déséquilibres qui n'existeraient pas si le pouvoir avait une bonne politique de régulation de la conjoncture. Manifestement, ce n'est pas le cas avec la hausse des prix, la charge fiscale par le bas, la stagnation des salaires... qui contribuent à la structuration de la pauvreté.

Un sérieux bémol à la politique d'exhibition

Les émeutes sont un révélateur surpuissant de la mauvaise qualité de la gouvernance que le parti ne cesse de dénoncer, un signe précurseur indiscutable d'une grave crise de société en marche, bref, un sérieux bémol à la politique d'exhibition de la croissance positive, consolidée et harmonisée du pouvoir.

Ce qu'il faut éviter, de l'avis de l'UNDD, c'est la fuite en avant, la tentation de banaliser ces signaux en imputant les causes aux seuls commerçants.

Ce qu'il faut éviter, c'est l'encouragement de la récupération du mécontentement par des aventuriers politiques aux seules fins de noyautage. Le BEN, à cet égard, a particulièrement exprimé ses réserves par rapport à tout calcul consistant à chauffer à blanc le légitime ras-le-bol populaire dans l'unique but de régler des comptes ou de «gicler» quelques personnalités haut placées alors qu'ici, ce qui est en jeu, c'est la politique de réformes nécessaire qu'il faut mettre en oeuvre, même si elle est mal vécue par ceux qui ont construit jusqu'à présent leurs richesses sur des passe-droits et le dos du peuple.

L'UNDD condamne avec fermeté tous les projets de contre-manifestations en cours et cette espèce de chasse aux sorcières qui se profile à l'horizon et qui risque, si on n'y met pas le hola (avec ce Numéro vert donné par le ministre de la Sécurité aux fins de dénonciation des meneurs), de conduire le pays vers d'autres dérapages. Le parti exige du pouvoir qu'au lieu de verser dans la provocation et de jouer les fiers à bras, il opte pour la maturité et le traitement à la base des maux profonds qui expliquent ces émeutes plutôt que ses épiphénomènes.

Annuler les taxes dites de développement

Pour ce faire, le parti demande en priorité la libération immédiate de toutes les personnes interpellées, des mesures adéquates et urgentes pour doper la consommation en augmentant les salaires et, plus généralement, la redéfinition d'une politique économique et fiscale reposant sur des choix et des instruments privilégiant le dialogue, une meilleure politique de transferts sociaux.

Pour le BEN, en effet, ce qui est à proscrire, ce sont les taxes sans sensibilisation qui ne concourent, dans leur finalité, qu'à augmenter la pression fiscale sur les masses laborieuses. Il en va ainsi des taxes dites de développement communal (en fait la patente déguisée et la nouvelle taxe sur l'électricité) ; il en va aussi de toutes celles qui, annoncées selon un échéancier officialisé, viendront amoindrir encore plus le pouvoir d'achat des Burkinabè d'en bas. Le parti réclame donc l'annulation des taxes dites de développement qui tombent on ne peut plus mal et qui risquent pour certaines d'entre elles, si on les maintient, de connaître le sort du port du casque. Pour autant, il n'est pas systématiquement opposé à la prise de nouveaux impôts: il préconise instamment qu'on sensibilise préalablement les citoyens à la situation réelle du pays et aux exigences de la prise de telles mesures.

Le parti demande particulièrement que le pouvoir accompagne les efforts des populations en les payant en retour de la transparence au niveau des comptes de l'Etat. II est vrai que, signe des temps, le FMI et la Banque mondiale menacent de ne pas reconduire leurs programmes en raison des faiblesses de gestion relevées particulièrement au niveau des recettes fiscales, que cela provoque des frayeurs notamment de la part du directeur général des douanes, Ousmane Guiro, qui s'en est ouvert en ces termes: «Si nous ne réussissons pas à recouvrer (...) Il n'y aura pas de quoi payer les fonctionnaires et financer les projets. Ce sera la mort du Burkina », Mais pour l'UNDD, l'Etat n'a pu perdre à ce point toutes ses marges qu'il ne puisse encore mettre en oeuvre une politique fiscale plus ajustée et acceptée. Pourquoi, en effet, ne pas taxer davantage la consommation de ceux qui concentrent le plus les richesses de ce pays entre leurs mains : alcool, tabac, jeux de hasard, véhicules de luxe.. ? Non seulement, il y aurait des retombées intéressantes en termes de recettes mais cela donnerait le sentiment aux populations les moins favorisées qu'une volonté de meilleure répartition de l'effort national existe.

Jugeant cependant que le pire n'est peut-être pas passé, l'UNDD a estimé, par ailleurs, qu'il était temps de dire la vérité au sujet de la production céréalière puisqu'il n'est aujourd'hui jusqu'aux autorités de l'UEMOA qui ne s'inquiètent des propos apaisants de tous ces ministres de l'agriculture de la sous-région alors que la production céréalière est loin d'être fameuse. Le parti pense qu'il faut agir à ce niveau global, et de concert, pour faire en sorte que la sécurité alimentaire soit préservée.

Enfin et surtout, le BEN a exigé, comme il n'a de cesse de le faire, un dialogue national refondateur sans exclusive autour de toutes les questions intéressant la gouvernance nationale.

Après avoir abordé des points en divers, le BEN a clos ses travaux à 20 h.


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