Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Produits agricoles - Le festival d'ascendance continue

Kinshasa — La liste des records de hausse battus, pendant la semaine du 18 février 2008, sur les marchés de matières premières ressemble à un inventaire à la Prévert: les prix du baril de pétrole, de la tonne de cuivre, du boisseau de soja, de l'once d'or et celle du platine ont tous atteint des sommets.

Des records qui laissent parfois les usagers de ces marchés complètement désabusés. Le bond du cuivre au-delà du seuil des 8.000 dollars, au moment où les signes de récession s'accumulent, semble paradoxal, ce métal étant traditionnellement le plus sensible à l'évolution de l'économie. Mais c'est du côté des produits agricoles que la tendance haussière est loin de s'estomper.

Les matières premières ne sont pas prêtes de s'écarter de leur cycle de hausse des cours sur le marché mondial. Déjà, la courbe ascendante du coton laisse le négoce perplexe puisqu'aucun filateur n'est prêt à acheter à ce niveau de prix. Pour expliquer ce feu d'artifice, la puissance des investisseurs est avancée. Ils sont devenus, il est vrai, des acteurs incontournables des marchés à terme. En sont-ils pour autant les guides ? La récente évolution du marché du pétrole démontre le contraire.

En ces temps incertains, où la pierre vacille et les actions dévissent, les matières premières qui augmentent sous la pression d'une demande insatisfaite constituent le meilleur rempart contre l'inflation. Or, c'est précisément parce que les matières premières augmentent que les prix des produits finaux s'élèvent, expliquent leurs fabricants. Une spirale qui aura de l'avenir tant que l'offre peinera à satisfaire la demande, c'est vrai pour les produits agricoles comme pour les métaux ou l'énergie.

L'HUILE DE PALME EN GRANDE FORME

Les 1.00 opérateurs du marché de l'huile de palme réunis en ce moment à Kuala Lumpur pour leur conférence annuelle sont en émoi. Lundi, le marché a pulvérisé un nouveau record de hausse et on s'attend à ce que la barre symbolique des 4 000 ringgits la tonne soit franchie avant la fin de la semaine à la bourse malaisienne où s'échange le contrat de référence. On ne sait d'ailleurs plus très bien si ce sont les prévisions des experts présents qui alimentent la hausse ou bien la hausse qui entretient leur optimisme. Toujours est-il que l'huile de palme, à l'instar de l'huile de soja, de la graine de soja et bien sûr des céréales, est aspirée par le courant ascendant qui traverse les marchés agricoles.

Ces records totalement inédits sont l'épilogue d'une histoire cent fois racontée : dans un contexte de demande vigoureuse et de terres arables limitées, les producteurs qui sèmeraient des céréales plutôt que des oléagineux entraînent la hausse des huiles de soja, colza et tournesol, d'où une demande accrue pour l'huile de palme qui reste la moins chère, à 1 200 dollars la tonne contre 1 460 dollars pour l'huile de soja. Contrairement à ce qui se passe sur le marché du coton ou du sucre où les fonds sont à la manoeuvre, les fondamentaux gouvernent le marché de l'huile de palme. Car le doublement du prix en un an n'a pas tari la demande.

Les Européens se disent troublés par la déforestation provoquée par la culture du palme, mais cela ne les empêche pas d'importer toujours plus d'huile de Malaisie. L'Inde, deuxième importateur au monde d'huiles, envisage d'alléger la taxe d'entrée pour améliorer son approvisionnement. Mais c'est surtout le « dragon de l'Asie » qui anime le marché. Parce que les rudesses de l'hiver risquent de faire baisser sa production de soja et de colza, la Chine achète de l'huile de palme à tout va. Son obsession : garantir l'approvisionnement du marché domestique avant la tenue des jeux olympiques.

LE COTON FILE A FOND

Depuis janvier 2008, le cours du coton est scotché au plafond sur le marché de New York. Il a atteint, vendredi dernier, son plus haut niveau depuis 2004, à plus de 75 cents la livre pour une livraison en mars 2008.

Les éléments de ce scénario haussier sont connus depuis plusieurs mois : les producteurs américains, les premiers exportateurs au monde, préfèreront cette année semer les graines les plus rémunératrices, c'est-à-dire le blé, le maïs ou le soja plutôt que du coton. La production mondiale continuera néanmoins à progresser; mais pas assez pour couvrir une demande, elle aussi, en augmentation. Ce scénario a attiré les investisseurs qui amplifient, aujourd'hui, le mouvement. Mais, s'ils sont très présents et surtout s'ils comptent bien y rester, signalent leurs analystes, c'est parce qu'ils anticipent un essor accru du marché bien au-delà de la prochaine campagne. Les chamboulements en perspective dans les deux pays-clés du marché, les Etats-Unis et la Chine, vont donner un nouveau souffle à la fibre, laissent-ils entendre.

Dans le premier pays exportateur, les agriculteurs sensibles à la hausse des marchés des graines le seront encore plus demain, à l'évolution des subventions pour déterminer la culture qui offre les meilleures garanties de revenus. Or, au moment où les aides au coton s'amenuisent sous la pression des plaintes déposées devant l'Organisation mondiale du commerce, d'autres sont distribuées aux cultures destinées aux agrocarburants, les rendant beaucoup plus attractives pour les années à venir.

Quant à la Chine qui limite ses importations pour protéger sa culture cotonnière, elle pourrait prochainement revoir son système de fixation des prix domestiques car le coton, planté aux confins du pays continent, coûte de plus en plus cher à une industrie concentrée sur les côtes. Enfin, et ce n'est pas la moindre des évolutions attendues dans les deux ans qui viennent, ceux qui ont délocalisé leurs usines textile en Chine pourraient les redéployer dans les pays d'Asie du sud-est pour bénéficier d'un meilleur climat d'affaires.

Conséquence majeure pour le marché du coton : il ne dépendrait plus d'un seul pays qui fait la loi sur la demande, mais sur une myriade d'Etats contraints d'importer de la fibre.

L'OFFRE D'ENGRAIS PLUS QUE LA DEMANDE

La production mondiale d'engrais devrait dépasser la demande au cours des cinq prochaines années et satisfaire les niveaux accrus de production vivrière et de biocarburants, a déclaré la FAO dans un nouveau rapport « Tendances actuelles du marché mondial des engrais et perspectives à l'horizon 2011/12 » publié aujourd'hui.

« Les prix élevés des produits de base constatés au cours des dernières années a stimulé la production et partant, l'utilisation accrue des engrais » explique Jan Poulisse, expert d'engrais à la FAO. « Ceci a entraîné un resserrement des marchés et un renchérissement des engrais. Si la demande de produits vivriers de base - fruits et légumes-, de produits animaux et de cultures destinées aux biocarburants devrait rester soutenue, nous prévoyons que l'offre d'engrais dépassera la demande ». Le rapport de la FAO estime que l'offre mondiale d'engrais (azotés, phosphatés et potassiques) progressera de quelque 34 millions de tonnes, soit un taux d'accroissement annuel de 3 pour cent entre 2007/08 et 2011/12, largement suffisant pour couvrir la croissance de la demande de 1,9 pour cent par an.

La production totale devrait augmenter, passant de 206,5 millions de tonnes en 2007/08 à 241 millions de tonnes en 2011/12. La demande d'engrais s'établira à 216 millions de tonnes en 2011/12, par rapport aux 197 millions de tonnes aujourd'hui.

L'offre mondiale d'azote devrait augmenter de 23,1 millions de tonnes d'ici 2011/12; celle d'engrais phosphatés de 6,3 millions de tonnes, tandis que l'offre de potasse de 4,9 millions de tonnes.

L'Afrique demeurera un exportateur principal de phosphate, augmentera ses exportations d'azote et continuera à importer toute sa potasse. L'utilisation d'engrais en Afrique continue à être cantonnée essentiellement à 10 pays, les principaux consommateurs étant l'Égypte, l'Afrique du Sud et le Maroc.

On prévoit que l'Amérique du Nord sera encore un importateur net d'azote, qu'elle souffrira d'un déficit croissant de phosphate mais restera un fournisseur principal de potasse. L'Asie devrait produire un excédent d'azote en forte hausse, mais continuera à importer du phosphate et de la potasse.


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