L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Père fondateur

Port Louis — Président de la toute récente Fondation Plaza Ltée, Gérard Maujean est de ceux qui ont l'indignation constructive. Hyperactif à 73 ans, il est en première ligne des initiatives pour sauver le plus grand théâtre de l'île de l'usure du temps.

«Vite ! il faut faire quelque chose.» Gérard Maujean est de ceux qui ont l'engagement actif. Un site historique en destruction ? Son agacement sera tel qu'il ira la nuit sur le chantier, «barrer la route aux bulldozers». Gérard Maujean s'est rendu au chevet de l'école Onesipho Beaugeard, monument historique à la rue Edith Cavell à Port-Louis, cette nuit-là.

Pour consigner ensuite une déposition, «à une heure du matin», au poste de police. Etre toujours là le lendemain quand le père Souchon viendra bénir les pierres. Cueillir des muguets pour les déposer sur les pierres en danger. Et s'emporter encore que le dossier n'ait pas avancé depuis novembre 2006.

A 73 ans, Gérard Maujean n'a pas abandonné le combat. Au contraire, il les collectionne. Et s'il est loin d'avoir oublié l'affaire Beaugeard, c'est le Plaza qui le préoccupe en ce moment. Président de la toute nouvelle Fondation Plaza Ltée, il est en première ligne des efforts pour sauver le plus grand théâtre de l'île. Fermé pour rénovation depuis 2004. Des travaux qui n'ont pas encore démarré.

Avant cela, Gérard Maujean est monté au créneau pour tenter de sauver la boulangerie du Roi, qui se trouvait à l'emplacement actuel de la State Bank. Sans succès. Il s'est démené pour essayer de conserver la Ferme de rhum, ancienne église anglicane, transformée en dépôt pour les douanes, à la rue du Quai. En vain.

Pourtant il continue. «Je ne cultive pas le vieillisme», se défend-il. «Mais le patrimoine m'a toujours frappé.» Parole de celui qui «a fait bulldozer des tranchées datant de la période française», parce que devenues un «cimetière de voitures et un repaire de drogués». Le déclic ? Il se produit en 1989, quand il est invité «en catastrophe», à assister au dévoilement de la statue de La Bourdonnais à Saint-Malo.

Mais revenons au Plaza. Cette histoire - Gérard Maujean en a un nombre incalculable à raconter - commence il y a cinq ans. Si elle ne dit pas comment ce trésorier de l'Amicale France-Maurice a rencontré Pascal Legros, producteur de pièces de théâtre français et organisateur de tournées à La Réunion, toujours est-il que l'idée vient à germer de prolonger ces tournées chez nous. «Pour le bénéfice économique que cela représente». Oui mais voilà. Reste à trouver la salle. Rien d'autre que le Plaza - sévèrement amoché par le temps qui passe - ne fera l'affaire.

Il dépassera les agacements de salon. Négociera avec la mairie. Lui proposera les services d'une équipe d'experts. S'associera à la Fondation Spectacle et Culture de Paul Olsen. Tout en dirigeant Coprim, société de consultants en immobilier qu'il a créé en 1974. Tout en vivant au rythme de son portable qui sonne très souvent.

«En septembre, le jour de mes 73 ans, j'arrête». Gérard Maujean à la retraite ? Difficile à imaginer. «Il y a sept ans, quand j'ai eu 65 ans, j'avais décidé de me retirer, ce jour-là je suis tombé malade».

Pour repartir du bon pied semble-t-il. Patron un jour, patron toujours. Gérard Maujean a été président intérimaire de la Mauritius Employers Federation. A terminé une carrière de trente ans chez Forges Tardieu dans le fauteuil de directeur administratif. Pour passer sa «retraite» dans celui de Managing Director à Coprim.

«En septembre, le jour de mes 73 ans, j'arrête». «Il y a sept ans, quand j'ai eu 65 ans, j'avais décidé de me retirer, ce jour-là je suis tombé malade».

Et si «certains de la MEF m'ont traité de paternaliste», affirme-t-il, aujourd'hui Gérard Maujean a la fierté d'avoir «fait à l'époque, la semaine de cinq jours, un fonds logement, un carnet d'épargne pour les employés. Maintenant ces questions sont à l'ordre du jour». Lui se décrit plus comme un chef d'entreprise «avec de l'humanisme, parfois un peu bourru». Il a toujours en mémoire «les cris et les pleurs » de la centaine de personnes qu'il avait dû licencier en 1976. Quand Gérard Maujean en parle, il revit la scène. Comme si c'était hier. «Cela a été difficile, mais il fallait le faire».

Force et détermination. Moteurs d'une vie de travail, dans «le secteur dit privé, parce que ce n'est pas privé du tout, tout le monde est sur le même bateau, tout le monde plonge dans les poches des entreprises, y compris le gouvernement. C'est juste qu'en général, le secteur dit privé est plus efficace».

Des convictions assumées «aux dépens de femme et enfants», avoue-t-il. Le prix à payer quand on a de bonnes idées ? Gérard Maujean est intarissable sur «comment j'ai dit à X ou Y pourquoi tu ferais pas une compagnie, et je serai ton premier client». «A chaque fois que j'avais besoin d'un service pour ma société, j'incitais quelqu'un à faire une compagnie», explique-t-il. Ce qui a donné une société de gardiennage et un service de recrutement connus ou encore le Lycée technique de Saint-Gabriel.

Riche parcours de ce jeune homme qui «voulait être ingénieur», mais qui deviendra comptable sous la pression de son père. Non. Gérard Maujean n'a jamais eu envie de changer de vie. Et surtout pas de pays.


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