Port Louis — La SEM suit une bonne progression depuis deux ans. Un recul des valeurs boursières récemment a néanmoins eu lieu. Rien d'alarmant. La Bourse garde sa solidité. Les bonnes performances de l'économie locale, entre autres, expliquent le succès de notre petite place financière.
L'économie locale, les signaux gouvernementaux et la stabilité financière participent à l'essor de notre place boursière, l'une des plus attractives du continent africain.
Deux années de succès. Et un essoufflement depuis une dizaine de jours. Les principaux titres cotés à la Bourse de Maurice ont accusé une baisse. Rien d'alarmant, précisent les professionnels du secteur. «Un marché ne peut aller dans une seule direction. Les fluctuations sont saines», explique Bilal Sassa, directeur général de CIM Stockbrokers.
Au début du mois, la firme américaine d'analyse financière Bloomberg a classé la SEM (Stock Exchange of Mauritius), dont le SEMDEX, au premier rang des dix meilleurs indices au monde. La Bourse de Maurice - créée en 1989 - a été dopée par l'arrivée de nombreux investisseurs étrangers qui chercheraient à répartir les risques, compte tenu des turbulences sur les places financières américaines, européennes et asiatiques.
Pour Prem Beejan, directeur général de Bramer Asset Management, «les fondamentaux sont là et expliquent le succès de la Bourse de Maurice ces 24 derniers mois». Il attribue la croissance de la Bourse mauricienne notamment aux déclarations du gouvernement concernant la politique d'ouverture aux capitaux étrangers et la libéralisation de l'économie. Le signe envoyé a été bien perçu à l'étranger, entraînant une hausse des flux d'investissements.
Par ailleurs, les étrangers qui se sont installés dans l'île pour lancer une affaire, «participent de l'économie directement et donc de sa bonne santé». C'est l'ensemble de ces facteurs, entre autres, qui expliquent le succès de la Bourse de Maurice.
Localement, les bonnes performances de certains secteurs ont également dopé la croissance de la place boursière port-lousienne. «L'hôtellerie, les valeurs sucrières et le secteur bancaire se portent bien, la croissance est au rendez-vous et cela se reflète sur le marché boursier», indique Prem Beejan. Dans le même sens, Bilal Sassa estime que la croissance du marché local suscite l'intérêt d'investisseurs «qui se demandent pourquoi ils ne sont pas sur le marché et répondent en cherchant à y être».
L'instabilité qui agite les grandes places financières mondiales n'a pas touché Maurice, outre mesure. Prem Beejan explique : «Les grandes Bourses du monde ont beaucoup de choses en commun, elles sont reliées par un système financier intégré. En revanche, Maurice a son propre système et n'est pas reliée à ces grandes places boursières. C'est pourquoi notre marché a été moins affecté par les turbulences du marché boursier international.» Au final, le petitesse et l'isolement de la place boursière locale permettent à Maurice de se prémunir, dans une certaine mesure, des effets négatifs de l'instabilité internationale. «Dans les analyses de corrélation, on note une corrélation négative. Cela signifie, d'une manière schématique et très générale, que s'il y a une baisse de la croissance des grandes places boursières, à l'inverse la Bourse de Maurice enregistrera une croissance positive», développe le directeur général de Bramer Asset Management.
Il n'empêche que la SEM a observé une baisse des cours à la fin du mois de janvier, imputable à la conjoncture internationale, dans l'ensemble, défavorable (récession aux Etats-Unis, dépréciation des cours sur plusieurs places boursières ). Cette tendance à la baisse a rapidement été rattrapée. Les cours sont remontés. En fait, ce sont surtout les investisseurs locaux qui ont vendu leurs actions. «Il est normal qu'à un moment, les investisseurs qui ont réalisé des gains vendent pour toucher leur profit», note Bilall Sasa. Sunil Benimadhu, directeur de la SEM confiait récemment dans nos colonnes que «la vola-tilité et les fluctuations des cours font partie de l'évolution normale d'une Bourse. Il est important de se focaliser sur les fondamentaux des entreprises cotées à Maurice et sur les perspectives de croissance de l'économie mauricienne».
Il faut néanmoins rester vigilant face aux évolutions des marchés extérieurs aux Etats-Unis, en Europe ou en Asie. En effet, Maurice ne peut tenir la comparaison face aux poids lourds de la Bourse internationale. En revanche, le pays figure parmi les marchés les plus performants des petites économies insulaires. «Si on tient compte de la grandeur du marché mauricien, il est très clair que la Bourse mauricienne croît considérablement», remarque Prem Beejan. «Dans le marché global, Maurice n'est qu'un point. Mais au niveau de ses pairs, Maurice figure parmi les meilleurs.»
Les marchés émergents et africains notamment, attirent les investisseurs fuyant la volatilité des marchés boursiers de pays développés. Interrogé par notre collègue le 18 janvier dernier, Swadick Nuthay, Fund Manager chez ACMS, confirmait : «Les pays émergents sont devenus la cible des investisseurs étrangers qui estiment qu'il existe encore beaucoup d'opportunités à exploiter sur le continent africain.» Les taux de croissance des économies des pays de la région le prouvent. Bilal Sassa partage ce point de vue. «L'intérêt des investisseurs pour l'Afrique grandit, donc Maurice a bénéficié de ces entrées de fonds, ce qui se reflète sur une bonne reprise du marché.»
Maurice appartient à la Fédération internationale des échanges en tant que pays africain. De fait, les investisseurs se montrent très intéressés à un marché, d'autant plus africain, qui enregistre depuis 24 mois, une croissance importante et dont les pers-pectives sont encourageantes. La qualité de l'infrastructure boursière, la stabilité économique et politique et l'ouverture du pays sont des facteurs explicatifs du succès mauricien. La Bourse de Maurice a la possibilité de jouer un rôle plus important encore dans la région. Pour Bilal Sassa, «il ne reste qu'à jouer la carte».
Mieux comprendre les indices
SEMDEX : indice général du marché boursier. Il regroupe les valeurs de l'ensemble des compagnies cotées sur le marché officiel.
SEM-7: indice qui regroupe les plus grosses valeurs du marché boursier en fonction de la liquidité (nombre de fois qu'il y a eu des opérations) et de l'importance de l'entreprise. Cet indice, qui renseigne sur les plus importantes entreprises du pays, est revu chaque trimestre (une compagnie peut sortir du SEM-7 si ses résultats ne lui permettent plus d'y figurer) SEMTRI : indice de rendement total du marché, dont les dividendes contrairement au SEMDEX.

Comments Post a comment