L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Risques de black-out

éditorial

Port Louis — La saga CT Power se poursuit. On a appris hier que le ministère de l'Environnement fera appel à une expertise étrangère pour évaluer l'impact de ce projet. La construction d'une centrale à charbon à Pointe-aux-Caves est, sinon abandonnée, au moins retardée. Du coup, on se demande si le CEB sera en mesure de fournir la totalité des besoins en énergie à partir de 2010.

Le taux de croissance de la consommation énergétique est élevé. Le réseau peine à suivre la courbe de la demande. Très vite nous atteindrons le point où des délestages («load shedding») seront requis. Ce qui signifie que si un générateur tombe en panne ou s'il est mis hors service pour maintenance, l'approvisionnement dans certaines régions sera stoppé. Bref, il y aura des black-out partiels.

Ce problème aurait pu être évité si la première aile de la centrale de CT Power était entrée en opération à la date prévue. Ses 55 MW auraient pallié le déficit attendu de production électrique en 2010. Mais, avec la décision des autorités de commander une étude environnementale, cette centrale ne pourra pas fonctionner, dans le meilleur des cas, avant 2011. Il en résultera que pendant toute la durée du mandat de l'actuel gouvernement, la quantité d'électricité produite dans le pays n'aura pas augmenté d'une seule unité. A titre de comparaison, le précédent gouvernement avait ajouté 105 MW à la capacité du réseau.

Du côté des sucriers, non plus, il n'y a pas beaucoup d'espoir de voir se concrétiser avant deux ans la construction de nouvelles centrales thermiques. La «Multi Annual Adaptation Strategy» avait prévu quatre centrales de 45 MW chacune. Mais le CEB et le ministère des Services publics avaient argué que si ce plan était appliqué, le secteur public allait avoir des capacités inutilisées qui lui coûteraient Rs 2,8 milliards sur cinq ans. Les sucriers avaient donc proposé de construire seulement deux centrales de 45 MW, l'une à Savannah et l'autre à Fuel. Mais, là aussi, tout est bloqué en raison de la décision du gouvernement de demander à un arbitre étranger d'évaluer les contrats signés dans le passé entre l'Etat et les producteurs privés. Ce processus bute sur les attributions de l'arbitre.

Si CT Power n'obtient pas le feu vert des autorités et si les sucriers sont victimes des tergiversations de l'Etat, la seule solution viable, à ce stade, semble être la construction d'une centrale par le CEB lui-même. Cela peut se faire relativement vite mais le coût du KWh produit sera alors bien plus élevé que celui auquel le CEB achète de l'électricité aux sucriers.

Il y a quelques mois, au plus fort de la crise entre les sucriers et l'Etat, il était question de renégociation de contrats et de baisse de prix de l'électricité. Aujourd'hui, on se demande si, dans deux ans, le réseau électrique sera adéquatement alimenté ou pas.


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