Jane L. O'neill
29 Février 2008
Port Louis — Risques de maladies cardiovasculaires, de cancer du sein et du col de l'utérus Les méfaits de la pilule sont notoires, surtout chez les femmes déjà à risques. D'où l'importance d'un suivi médical régulier.
Efficace pour se protéger contre une grossesse non-désirée, la pilule doit pourtant être prise sous surveillance médicale rigoureuse. D'autant que les risques, entre autres, de maladies cardiovasculaires, et d'autres problèmes vasculaires, sont bien réels. Le gynécologue Shiam Sungkur et le cardiologue Cassam Hingun font le point sur la question.
Ainsi, le Dr Shiam Sungkur, estime que «les femmes, peu conscientes, ne réalisent pas l'importance d'une évaluation médicale régulière avec la prise de la pilule. Les études ont bien validé les risques, surtout pour les pilules à base d'estrogène. Il est clair que les doses ont diminué, mais les risques sont bien là.»
Ainsi, le cardiologue Cassam Hingun rappelle que la femme qui utilise la pilule comme moyen de contraception, présente deux fois plus de risques de faire un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.
Ces complications trouvent leur origine dans l'estrogène, qui favorise de manière importante, la coagulation sanguine. Thrombose veineuse, maladies coronariennes, ou accidents cérébraux peuvent en résulter
«Il n'y a pas que les femmes prédisposées à des maladies cardiovasculaires qui sont les plus exposées. Toutes les femmes le sont. Mais celles qui fument, qui sont diabétiques, ou encore hypertendues, et qui en prennent, ont évidemment plus de risques d'être exposées aux complications cardiovasculaires. Celles qui souffrent de migraines doivent également se méfier», précise le cardiologue.
Pour une femme ne présentant aucun facteur de risque particulier, une prise de sang est nécessaire dans les trois à six mois suivant le début de la prise de la pilule. Cela permettra de rechercher une hyperlipidémie ou un diabète débutant qui augmenterait le risque cardiovasculaire.
Les examens concernent le dosage du cholestérol, des triglycérides et du sucre dans le sang (glycémie) à jeun. Si les résultats sont normaux, il suffit de les renouveler chaque cinq ans. Une anomalie lipidique ou glycémique nécessitera un bilan plus approfondi, qui devrait éventuellement conduire à l'adoption d'une pilule progestative ou un autre mode de contraception.
Ainsi le gynécologue recommande à celles qui ont de l'hypertension ou des maladies cardiovasculaires, de choisir une autre méthode de contraception, ou de se rabattre sur la pilule à base de progestérone. La pilule à base d'estrogène est donc contre-indiquée chez les personnes ayant des antécédents familiaux d'accidents cardiaques ou vasculaires ou de diabète.
En cas de facteur de risque de diabète (antécédents familiaux, etc.), un bilan doit être réalisé avant la contraception. L'examen de la glycémie à jeun doit être répété après trois à six mois. S'il n'y a aucune anomalie, le bilan est renouvelé chaque cinq ans.
Diaboliser la pilule
Certaines femmes diabétiques peuvent prendre la pilule, à condition qu'elles aient moins de 25 ans, qu'elles n'aient pas de complications ou d'autres facteurs de risques et que leur diabète soit bien contrôlé. Pour ces femmes, le bilan lipidique doit être répété après trois mois, puis entre six et douze mois.
Le Dr Shiam Sungkur soutient à cet effet : «Pour les diabétiques, les cas varient et c'est toujours l'évaluation médicale continue qui demeure le rempart contre les différents problèmes. Pas question de diaboliser la pilule mais il faut faire attention et accorder beaucoup d'importance à l'examen des seins, (une corrélation a été établie entre le cancer du sein et la prise sur une longue durée de la pilule), et du col de l'utérus, entre autres.»
Pourquoi, de ce fait, favoriser l'estro-progestative à la lumière de toutes ces complications ? Pour le gynécologue, «la combinaison estrogène-progestérone, s'est avérée très efficace contrairement à la pilule composée essentiellement de la progestérone. Le failure rate est significativement bas quand il s'agit de la combinaison de l'estrogène et de la progestérone.»
Toutefois, selon Shiam Sungkur, il a été constaté que la Mauricienne peut prendre la pilule plus longuement sans s'exposer autant à ses effets secondaires, contrairement à l'Eropéenne. Mais comme aucune étude ne soutient cette thèse, autant faire attention aux complications résultant d'une prise régulière de la pilule.
Petite consolation : la protection hormonale pour les femmes des maladies cardiovasculaires. «Il est vrai qu'avant la ménopause, la prévalence des maladies cardiaques est moindre chez la femme. Mais cette prévalence rejoint celle des hommes une fois qu'elles sont préménopausées», explique Cassam Hingun.
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