JEANNOT NE NZAU DIOP
1 Mars 2008
Kinshasa — La chanteuse Elisabeth Tshala Muana Muidikay veut célébrer avec faste ses 30 ans de carrière. Une fête qu'elle souhaite partager avec ses nombreux fans à travers une prestation scénique de haute facture. Ce sera surtout une occasion pour les mélomanes de déguster près de 25 albums produits par celle qu'on surnomme «la reine de Mutuashi» ou plus affectueusement «Mamu nationale». Tshala a débuté comme danseuse dans quelques orchestres de Kinshasa. Elle s'est imposée après comme l'une des meilleures voix féminines de la musique congolaise moderne.
Née le 13 mars 1958 dans la ville d'Elisabethville, l'actuelle Lubumbashi, de l'union d'un militaire, Muidikay Amadeus, tué au début de l'année 1964, dans les maquis mulelistes pro Lumumba, où régnait Gbenye et Soumialot, à Watsha et d'Alphonsine Bambiwa. Dès le bas-âge, la petite Elise chantait à l'église du camp militaire Kibembe à Elisabethville. En 1967, deux ans et demi après le décès de son père, elle s'installe avec sa mère à Kananga. Au début des années 70, elle quitte Kananga pour Kinshasa. Elle habite chez son oncle, le grand chef Kalamba dans la zone de Kinshasa. Amoureuse de la chanson, elle intègre le Groupe «Tsheke Tsheke Love», en qualité de chorégraphe. C'était en 1976. Une année plus tard, elle intègre le groupe «Les Redoutables» d'Abeti Masikini. En 1978, elle émigre en Côte d'Ivoire. Après un bref passage dans Minzoto Wella Wella de Père Buffalo.
TREMPLIN EN AFRIQUE DE L'OUEST
C'est en Afrique de l'Ouest que débute sa grande et fructueuse aventure musicale. Elle commence par la République Centrafricaine, le Nigeria, le Togo pour aboutir en Côte d'Ivoire. C'était vers la même période que le hit de Sam Mangwana «Georgette Eckins» faisait tabac à Abidjan, tremplin de la musique africaine, avec le succès des musiciens zaïrois Sam Mangwana, Dizzy Mandjeku, Pablo Tumbajika, Souzy Kaseya, Diblo Dibala, etc., endiablés les boîtes de nuit de l'Afrique occidentale. Son premier 45 tours enregistré à Paris à la fin 1981, lui portera bonheur, malgré sa mauvaise qualité. Mais avec son genre musical, le «Mutuashi», genre et rythme du grand Kasaï, elle est adoptée par tous. Elle fera le tour des Etats de l'Afrique de l'Ouest, avec son manager Ram Ouedraogo. En 1982, elle reprend l'enregistrement de son hit «Amina». Deux ans après, elle s'installe à Paris. Elle opte pour le Show-Biz. A partir de là, elle sortira 19 albums et fera le tour du monde. Presque partout où elle est passée, elle a obtenu médailles, trophées. Elle vient d'être proclamée «meilleur artiste de l'Afrique centrale», diplômes d'honneur, disque d'or (avec Amina et Koumba). Elle a même été faite chevalier de l'Ordre national du léopard par feu président Mobutu.
LA CONSECRATION
Au début des 1990, elle est intronisée «ambassadrice de l'art et de la culture kasaïenne», par les chefs coutumiers du Grand Kasaï. Ceci, en compensation de sa ténacité qui a fait connaître la danse et la chanson au rythme mutuashi, facettes de la culture du Kasaï, à travers le monde. Plusieurs de ses oeuvres propagent le message de l'unité, de la paix.
Elle a, en outre, joué dans un film intitulé Falato, en 1987, au Mali. En 1997, dès la prise du pouvoir par l'Alliance des forces démocratiques pour la liberté, AFDL, elle regagne définitivement le pays. Elle s'engage dans la politique active, en encadrant les femmes. Se battant pour la défense, la protection de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Elle crée le grand mouvement associatif féminin, dénommée «Regroupement des femmes congolaises», le Refeco, mouvement qu'elle préside jusqu'à ce jour.
DE LA MUSIQUE A LA POLITIQUE
En 1999, elle devient députée nationale au sein de l'Assemblée constituante et législative - Parlement de transition, ACL-PT, en sigle. Elle rompt momentanément avec la musique active. Trois ans plus tard, elle resurgit avec l'album «Dinanga», qui signifie «Amour». C'est son vingtième album. Elle est encadrée par un manager plein d'ambition, il s'agit de Claude Mashala. Tshala renoue avec la scène musicale, et monte le groupe Dynastie mutuashi. Ce titre récolte un succès réel, sur toute l'étendue de la RD Congo et au-delà des frontières nationales.
Depuis un certain temps, «La Reine de Mutuashi» avait repris les productions scéniques chez T Plus et au Free Box avec la Dynastie Mutuashi. Elle avait été au Fespam 2003, elle a été plébiscitée «meilleure artiste féminine au Bénin en 2005», elle est invitée plusieurs fois à Brazzaville et à Pointe-Noire, notamment, du 14 au 17 février 2004, avec une série de Play-Back du Congo-Brazzaville, à Pointe Noire par la T.P.T., une Télévision privée, et cela s'est transformée en un Grand spectacle surtout qu'elle était accompagnée par 4 danseuses.
LE RETOUR FRACASSANT AVEC «MALU»
Grâce à l'album Dinanga, l'artiste Tshala Muana est plébiscitée par l'Association des journalistes chroniqueurs de musique du Congo, l'ACMCO, la palme d'or de «meilleure vedette féminine» de la RD Congo, en 2002. «Malu», qui veut dire problème, son vingt-et-unième album, lui redonne son succès d'antan à travers toute l'Afrique, l'Europe et l'Amérique du Nord et lui permet d'obtenir le prix de «Meilleur artiste féminin» au Kora 2003. L'album «Malu» a été vendu à plus de 500.000 exemplaires. En 2006, elle réalise un double album titré «Mamu Nationale», qui signifie «La Maman nationale».
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