Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Controverse autour des élections locales

1 Mars 2008


Kinshasa — Les rumeurs les plus folles circulent autour des élections locales. Prévues pour le premier trimestre de cette année, les préalables pour l'organisation de ces élections ne sont pas encore réunis.

Entre-temps, au sein des états-majors des partis politiques, l'on s'adonne à des calculs politiques. Comme si les élections locales faisaient peur. Parce qu'elles présagent de la configuration du prochain paysage politique, au terme des élections de 2011. Les élections locales auront-elles lieu, oui ou non ?

Dans un communiqué remis à la presse, au sujet des élections annulées dans la circonscription électorale de Befale, dans la province de l'Equateur, le Bureau de la Commission électorale indépendante, CEI, a établi un calendrier électoral qui va du 5 mars, pour l'inscription des candidatures, au 15 juillet 2008, jour retenu pour la publication des résultats définitifs par la Cour suprême de justice. A la lecture de ce calendrier, l'on s'interroge aussitôt sur la possibilité d'organiser les élections locales avant le mois de juin 2008. Cela paraît impossible.

Toujours au sein de la CEI, l'on n'est pas du tout précis sur l'organisation de ces élections locales (urbaines, municipales et locales). Pour preuve, il n'existe pas de calendrier en vue. Certes, dans les milieux proches de la CEI, l'on reconnaît que les préparatifs se poursuivent sur tous les plans. Mais l'on attend à ce que les promesses sur les fonds soient confirmées pour être sûr de passer aux élections.

En plus, il est question de renouveler le matériel, de revoir la logistique. « Vu l'ampleur du scrutin et son importance, il est possible que la Commission électorale indépendante puisse faire appel à de nouveaux agents en vue d'épauler les anciens », a indiqué Désiré Molekela, expert en communication à la CEI.

Or, en ce qui concerne le matériel, il est important de relever qu'une bonne partie de ce matériel a été envoyé au Togo. Selon un cadre de la CEI, des démarches ont été entreprises afin d'obtenir le retour de ces matériels qui serviront pour la poursuite du processus électoral en RDC. Mais dans quel état se trouve ce matériel quand on sait que lors des élections togolaises, selon des images projetées par des médias périphériques, une partie de la logistique a été emportée en vue de fausser les résultats définitifs des élections.

LE DISCOURS ELECTORALISTE

Là où les choses pourraient se compliquer, c'est que plusieurs Congolais ne disposent même plus de leurs cartes d'électeurs. Quelles sont les dispositions qui ont été prises pour permettre à ceux qui se sont enrôlés de s'acquitter de leur devoir citoyen ? Même si les dispositions étaient prises, on ne trouve pas de solution à cette question pour que les élections aient lieu en juin, alors que nous sommes déjà au mois de mars.

Mais dans les coulisses des états-majors des partis politiques, les élections locales font réellement peur. La raison est simple. L'on est déjà à l'an II de cette législature, quasiment à mi-chemin de la fin du mandat électoral qui court.

D'une façon ou d'une autre, il faut déjà préparer les prochaines élections de 2011 qui s'annoncent comme « une élection sanction ». Et la preuve sera donnée lors de ces imminentes élections locales.

On comprend le pourquoi de ce remue-ménage, des partis qui font des appels du pied à d'autres. Car, les élections locales sont celles de la « base », celles qui permettront de prouver réellement que l'on dispose d'une « assise populaire ».

Pour ce faire, il faut disposer en plus d'un discours électoraliste qui convainc, qui séduit. Cet aspect du problème est pris au sérieux dans quasiment tous les états généraux des partis politiques et transmis aux instances supérieures des plates-formes.

Apparemment, il n'y a que deux plates-formes : l'Alliance de la majorité présidentielle, AMP, et l'Union pour la Nation, UN. Les élections locales qui posent de réels problèmes à ces deux plates-formes, condamnées à disposer d'un discours politique consistant après deux ans d'exercice du pouvoir.

Evidemment, l'AMP devra présenter un « bilan » à base de tout ce qui a été fait pendant ces deux ans, de faire des projections sur l'avenir. Or, le bilan de l'AMP devra s'appuyer sur les faits accomplis par le Gouvernement tant sur le plan politique, économique, sécuritaire et social. Quelles que soient les raisons que l'AMP aura à avancer, elle sera jugée sur l'évolution du processus démocratique, la liberté d'expression, la santé des finances publiques, la stabilité de la monnaie, la sécurité des biens et des personnes, bref, l'exécution des cinq chantiers. L'AMP est-elle prête à envoyer ses candidats dans les zones urbaines, les localités pour vanter ses premiers pas ?

De son côté, l'UN sera soumise au même exercice. L'Opposition devra d'abord prouver par des faits si effectivement, elle a joué le contre-pouvoir ? A-t-elle conservé sa cohésion ? Ira-t-elle en ordre dispersé ? La tendance qui se dégage actuellement, c'est qu'il sera difficile pour l'Opposition de battre campagne sous la bannière de l'Union pour la Nation qui n'a plus fait parler d'elle depuis la mise en place des institutions nationales. Il n'est pas exclu que lors des élections locales, chaque parti recouvre sa propre identité pour s'imposer. Le discours électoraliste s'annonce donc pluriel dans ce camp.

Aussi, nous revient-il que les deux plates-formes ne sont pas prêtes à affronter les élections locales. Elles se préparent à exercer des pressions pour qu'elles soient repoussées à plus tard. Le temps de s'organiser et de disposer d'un « discours électoraliste ». Pire, l'on s'imagine même des scénarii anti-constitutionnels en suggérant des nominations au niveau local comme à l'époque de la transition, sous le prétexte de manque de moyens logistiques et financiers. Des subtilités qui ne visent qu'à contourner l'urne.

MOYENS FINANCIERS

En ce qui concerne les moyens financiers, les avis sont partagés. D'une part, l'on affirme que les partenaires extérieurs qui avaient pourtant promis de financer tout le processus électoral ne se sont plus prononcés. Face à des turpitudes de la classe politique pendant ces deux ans, les partenaires extérieurs hésitent à mettre la main dans la poche.

D'autre part, à parcourir le budget 2008, le gouvernement n'en fait pas une priorité et aucune rubrique ne mentionne clairement l'organisation des élections locales. Il est prévu cependant un montant global de 120 millions de dollars à gérer par le Projet d'Appui au cycle électoral, PACE.

Cette structure prendra pour le compte de la Communauté internationale les dépenses liées aux élections jusqu'en 2011. Mais dans les milieux proches de la CEI, les caisses sonnent vides. Seul le gouvernement néerlandais a versé un acompte d'un million de dollars.

De tout ce qui précède, il s'affirme qu'il est difficile que les élections locales soient organisées avant le 31 décembre 2008. Surtout que la CEI devra céder sa place à la Commission électorale nationale indépendante, CENI. Certes, la loi portant organisation de cette structure a été inscrite en priorité à l'Assemblée nationale pour la prochaine session parlementaire qui s'ouvre ce 15 mars 2008.

Quand on sait l'abondance des matière retenues, la peur que suscite les élections locales au sein des plates-formes et partis politiques, il n'est pas exclu que l'on n'y accorde pas le bénéfice de l'urgence à ce projet de loi portant création de la CENI. C'est tout dire.

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