Kinshasa — 3. 000 milliards de dollars, c'est le coût de la guerre en Irak, selon Joseph Stiglitz. Le prix Nobel le trouve scandaleux au regard du grand fossé de développement qui se creuse entre les pays riches et pauvres de la planète alors que ce montant pouvait être affecté à des projets ou programmes de développement en faveur de plus pauvres. Avec ces révélations, c'est tout le principe de l'initiative PPTE qui est remis en cause.
Il est temps que l'Afrique, en particulier, et les pays sous-développés, en général, explorent d'autres voies de sortie pour sortir du sous développement. Ce n'est pas en tout cas de l'Occident que viendra la solution aux multiples fléaux, nés du sous-développement, pour lesquels le continent noir reste encore prisonnier. Sans être exhaustif, la pauvreté charrie un nombre impressionnant des catastrophes qui vont de la malnutrition jusqu'à l'analphabétisation.
Au nom de la solidarité internationale, l'Afrique pense - et, elle en garde encore plein espoir - trouver dans l'aide au développement une belle manière de s'affranchir du sous-développement. Mais, le fait sur terrain témoigne de la lenteur, bien plus du refus quasi certain de l'Occident à aider réellement l'Afrique à s'épanouir. Car, chaque fois qu'on promet quelque chose en faveur de l'Afrique, l'on aménage en même temps de garde-fous, parfois incompréhensibles, pour expliquer le retard dans la concrétisation des promesses d'apports. Bi ou multilatéraux, les fonds, maintes fois promis à l'Afrique, traînent encore dans le pipe-line des procédures. Pendant ce temps, le fossé de l'Afrique s'agrandit à une vitesse exponentielle.
La preuve de la mauvaise foi de l'Occident à venir en aide transparaît des moyens financiers mis en oeuvre par les Etats-Unis pour ses opérations en Irak. Combien coûte la guerre en Irak? Cher, très cher, souligne le quotidien français Le Monde, s'inspirant d'une étude menée par deux grands économistes américains. Et pas seulement à l'économie américaine.
Joseph Stiglitz, le Prix Nobel d'économie, et Linda Bilmes, professeur à Harvard, spécialiste des questions budgétaires, estiment qu'elle a déjà coûté 3.000 milliards de dollars aux Etats-Unis, dans un livre intitulé : « The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (éditions W. W. Norton, sortie le 3 mars) ». Une commission du Congrès devrait se pencher sur la question, jeudi 28 février, et auditionner Joseph Stiglitz, qui devrait répéter ce qu'il écrit dans ce livre : Bush s'est fourvoyé sur les bénéfices et les coûts de la guerre en Irak.
Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam, et représente le double du coût de la guerre de Corée. Les Etats-Unis dépensent pour la guerre 16 milliards de dollars par mois, soit l'équivalent du budget annuel de l'ONU. Joseph Stiglitz et Linda Bilmes indiquent que les 3.000 milliards de dollars auraient pu financer la construction de 8 millions de logements, 15 millions de professeurs, les soins de 530 millions d'enfants, des bourses d'études pour 43 millions d'étudiants, offrir une couverture sociale pour cinquante ans aux Américains. Le Prix Nobel remarque que les Etats-Unis ne versent que 5 milliards de dollars pour l'aide au développement en Afrique, et craignent d'être dépassés par la Chine. Cinq milliards de dollars, ce sont dix jours de combat de l'armée américaine.
TOUTE L'ECONOMIE MONDIALE EN PAIE LE PRIX
Les auteurs s'attaquent surtout au mythe qu'une guerre est toujours bonne pour l'économie. L'un des buts de la guerre était de sécuriser les approvisionnements pétroliers, relèvent-ils. En cinq ans, le baril est passé de 25 dollars à 100 dollars, note le Prix Nobel d'économie. « Les gens ne s'attendaient pas à ce que l'économie remplace la guerre comme thème dans les élections », explique Joseph Stiglitz dans le Guardian. L'un des enseignements du livre est de montrer que la guerre et la situation économique des Etats-Unis ne sont pas deux sujets distincts, mais un seul et même sujet. Surtout, les coûts de cette guerre dépassent la seule économie américaine pour toucher le système mondial.
Parce que les Etats-Unis n'ont pas d'épargne, l'administration Bush doit emprunter à l'étranger, à la Chine, par exemple, observe les auteurs. « Le déficit de l'Amérique est tel qu'elle ne peut sauver ses propres banques ». Des établissements comme Citigroup ou Merrill Lynch, qui étaient l'orgueil de Wall Street, ont été contraints d'aller quémander des fonds auprès de fonds asiatiques ou moyen-orientaux pour ne pas sombrer. Au risque de perdre leur indépendance et de passer sous pavillon koweïtien ou singapourien.
INITIATIVE PPTE : UNE POUDRE AUX YEUX
Tout le monde - les pays du G8, en premier, rejoints après par des institutions de Bretton Woods - ne jure que par la mise en oeuvre effective du processus devant conduire à l'effacement de la dette des pays très endettés au travers de l'initiative d'effacement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Il s'agit, pour les riches de ce monde, d'atteindre l'allégement de la dette en rendant la dette soutenable. Mais, que des conditions pour parvenir au point d'achèvement PPTE, passage obligé pour prétendre à une diminution sensible de la dette.
C'est depuis juillet 2003, après avoir atteint le point de décision, c'est-à-dire son admission à l'initiative PPTE, que la RDC court, sans se lasser, vers le point d'achèvement. Mais, il lui faut renouer avec le FMI autour d'un accord formel au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance. Au terme de cette initiative, le pays espère réaliser des économies de dette, du fait de non remboursement, de l'ordre de 10 milliards Usd. Une enveloppe qui n'égale le budget d'un mois de guerre en Irak. Paradoxe ! Pourtant, c'est cela le monde capitaliste, plus libéral que ce qu'aurait imaginé David Ricardo, le père du libéralisme.
L'on dira que les Etats-Unis ont la latitude de dépenser leur argent comme bon leur semble. Mais, c'est aberrant de se réaliser que les 3.000 milliards Usd de dépenses de guerre en Irak pouvaient bien aider à ramener certains équilibres au niveau mondial, en aidant notamment certaines nations faibles du tiers-monde à financer des projets de développement.
Car, tenez. Pour son programme du gouvernement, étalé sur cinq ans, soit jusqu'en 2011, la RDC est à la recherche d'environ 14 milliards Usd. C'est avec cette enveloppe que le gouvernement pense financer les projets retenus dans les cinq chantiers du chef de l'Etat. Jusqu'aujourd'hui, rien ne présage de la bonne exécution de ce programme, dont le coût global ne représente qu'à peine un mois de combat en Irak. Pauvre RDC !
Il est donc clair que l'Afrique, comme d'autres pays du tiers-monde, doivent explorer d'autres pistes de solution pour leur développement. Plus les jours passent, plus l'on se rend à l'évidence que les solutions aux problèmes du tiers-monde ne viendront pas forcément de l'Occident.
Les pays riches ont leur agenda, bien différent de celui du tiers-monde. Leur objectif premier, c'est consolider leur avance par rapport au reste du monde, en cherchant par tous les moyens à protéger leurs intérêts et raffermir les bases de croissance de leur économie.
Que les Etats-Unis dépensent des milliards de dollars en Irak, cela tient d'un calcul économique bien mené, guidé par le seul intérêt de l'Amérique. Et, non du tiers-monde. Peu importe tout ce qu'il peut avoir comme problème.
Ainsi, au-delà de l'initiative PPTE, il est plus que temps pour l'Afrique en général et la RDC, de récréer son modèle de développement, affranchi des idéaux libéraux d'un Occident égoïste et enclin à ses intérêts.

Comments Post a comment