Port Louis — Des danseurs du ballet Bolchoï donneront deux représentations chez nous à la mi-mars. En attendant les Russes, les locaux s'échauffent
Au Grand-Baie Gym, petits et grands, ayant déjà plusieurs années de danse dans les jambes, attendent avec impatience pour voir la prestation du ballet Bolchoï prévue à la mi-mars.
Quinze jours à patienter. En tapant des pieds. Enfin «taper», quand on est une ballerine, c'est une façon de parler. Tout ne doit être que grâce et légèreté. Même quand on a mal aux pieds. Même quand le grand écart peine à atteindre les dimensions maximales.
Alors, on continue. On recommence. Une, deux. Assembler, plier, échapper. «On soigne les petits pliés.» Valérie Guiton, professeur de danse, a de la discipline dans la voix.
Le couloir silencieux vibre tout à coup. La porte du studio de danse du Grand-Baie Gym s'ouvre devant nous. Du Rossini plein volume. Dessus dansent des petits rats. Qui à huit, neuf ans, ont deux à trois ans de danse dans les jambes. «La danse, cela donne un but», explique la prof. Cela donne une direction. Un emploi du temps. Vous fait vous dépêcher après l'école. Vous éloigne de la télévision. Et de l'ordinateur.
Un tour à la barre. Une tape sur un postérieur. «Selena, rentre moi tout ça. Tiens-toi droit.» Coordonner à la fois son port de tête et le placement de ses pieds. Penser en même temps à sourire et à ramener ses doigts sur la barre. Surtout ne pas céder à l'envie de relever cette mèche rebelle qui tombe sur le front. Sous aucun prétexte. Oublier que ses bas sont troués, que son tutu est un peu élimé. Et danser.
«Ce sera l'occasion pour les petites de voir les pas qu'elles sont en train d'apprendre», affirme Valérie Guiton. «c'est là où les meilleures places sont»
Relâche. Le cours s'arrête. Enfin la question fatidique : «Qui ira voir le spectacle ?» Comprenez l'une des deux représentations du ballet Bolchoï prévues chez nous à la mi-mars. Tous les petits doigts se lèvent. «Moi, moi, moi.» Suzanne, Gabrielle, Sixtine, Nora, Fleur A en croire ces petites, il n'y a pas une qui ne sera pas au centre de conférence Swami Vivekananda pour assister à cette production de l'agence Immedia. Ce qui les a attirées : l'affiche.
«C'est à quelle heure ?» demande tout à coup l'une des élèves, un peu inquiète. «A huit heures du matin.»
«Mais non, c'est le soir», siffle une autre. Dialogues d'enfants. Mais l'intérêt est là. A huit ans, on sait déjà que «le carré d'or, c'est là où les meilleures places sont.» A huit ans, on sait déjà que c'est un spectacle qu'il ne faut pas rater «parce qu'ils ne vont jamais revenir».
Jamais ? Peut-être pas. Mais d'un cours à l'autre, la déception est immense. Autant les «petites» sont excitées, autant les «grandes» sont dépitées. Anna Guého et Clara Thierry sont de celles qui s'envoleront pour la Réunion pour participer à un concours régional de danse où elles ont remporté des prix l'année dernière. Un voyage programmé pile aux dates du spectacle du ballet Bolchoï. Dès que le mot est lâché, les visages se ferment. Les regrets seront éternels. «Je ne serai pas là», lâche laconiquement Clara.
Cela, c'était du côté des élèves. Et du côté des profs de danse ? Ravita Sallick, enseignante de «tous les styles», avec un accent sur la danse indienne classique, est catégorique : «Pour être franche, je crois que mes filles ne sont pas au courant pour le ballet Bolchoï», dit-elle. «Ce n'est pas forcément à la portée des enfants.» Les places les moins chères sont à Rs 300. Hésitation de Ravita Sallick : « Pour les grandes personnes, c'est OK, pour les filles non. Elles sont encore à l'école. Si elles en parlent à leur parent, la réaction sera : Ki ete sa ? Au moins, ce sera un pas. Amener les parents à se demander c'est quoi le Bolchoï. Les gens ne sont pas exposés à ce type de danse. Les parents ne font aucune différence entre les divers styles.»
Et elle-même ? Là, c'est une autre paire de manche. Quoi, rater cela ? Inimaginable pour la danseuse et chorégraphe. «Vous voulez rire. Mais c'est comme une loterie ce spectacle. La chance de toute une vie. Peu importe le prix du billet, j'irai.»

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