Nord-Sud (Abidjan)
Issa T. Yéo, Mamadou Doumbes, Coll. Yma
1 Mars 2008
interview
Le musicologue et leader syndical, Valen Guédé explique la nouvelle réforme du Burida et charge l'union dirigée par Gadji Celi.
-Vous avez été président du conseil d'administration du Burida pendant 6 ans. Que retenez-vous de votre passage à la tête de cette structure ?
Je cois que c'est aux artistes et aux Ivoiriens d'apprécier. Quand nous étions au Burida, beaucoup de personnes ont apprécié le travail que nous avons fait. Je crois que c'était notre devoir. Mais c'est le passé. Aujourd'hui, nous devons parler du présent et de l'avenir.
-Quel était l'état du Burida au moment où vous quittiez les lieux ?
Sur le plan juridique, je dois dire que c'est en 1978 que la Côte d'Ivoire a adopté la première loi relative aux oeuvres de l'esprit. Et en 1981, il y a un décret qui a été pris selon ce que disait l'article 62 de cette même loi qui indiquait qu'il fallait mettre sur pied un organisme professionnel de gestion des droits d'auteurs. Le Burida a été mis sur pied effectivement en 1982. Il avait le statut juridique d'association. Dans la composition du conseil d'administration d'une association, il y a 9 membres parmi lesquels le ministre de la Culture en nommait 5 dont le président du conseil d'administration. Et en même temps, c'est le ministre de la Culture qui prend un arrêté pour nommer le Directeur général du Burida. En 1990, lorsque j'ai été élu secrétaire général du Syndicat national des artistes musiciens, le professeur Alassane Salif N'diaye qui était le ministre de la Recherche scientifique et de la Culture a projeté d'organiser un séminaire sur la reforme du Burida. A la veille de ce séminaire, je lui ai écrit pour lui dire que ce qu'il faisait était une très bonne idée et qu'il faudrait qu'il ajoute deux points à l'ordre du jour, à savoir la composition du conseil d'administration et la nomination du Directeur général. Cela a été accepté. Nous sommes donc allés au séminaire et avons fait des propositions. Au lieu de 9 membres dont 5 nommés par le ministre de la Culture, nous avons décidé que ce soit 15 membres dont 6 élus par l'assemblée générale, et la désignation du Directeur général par le conseil d'administration. Je dois signaler que malgré ces décisions-là, aucun décret n'a été pris, ce qui veut dire que celui de 1981 était toujours en vigueur.
-Qu'est-ce qui retardait la prise du décret ?
Mais vous savez, l'administration est ce qu'elle est. Et puis je crois qu'il y a la prise de conscience des sociétaires eux-mêmes. C'était surtout ça. On a fonctionné de cette façon jusqu'en 1999. Et c'est à partir de cet instant que le professeur Zadi Zaourou a compilé tout ce dont on avait parlé par le passé, en un projet de décret qu'il devait soumettre à la signature du président de la République en Conseil des ministres. Mais il y a eu les événements de fin 1999 et le ministre Zadi Zaourou est parti et tout est tombé à l'eau.
-Le ministre Koné Dramane en arrivant a initié un séminaire également
Oui effectivement, il y a eu ce séminaire mais je crois que ce qu'il y a eu c'est l'introduction des artistes interprètes par le conseil d'administration parce que par le passé, ces derniers ne faisaient pas partie du conseil d'administration.
-Mais comment expliquez-vous le fait que la société d'interprètes n'ait pas vu le jour?
Je crois que ce qu'on a voulu faire en Côte d'Ivoire, c'est mettre ensemble, les auteurs d'oeuvres de l'esprit et les artistes interprètes. Ça dépend aussi des moyens qu'on a pour mettre en place plusieurs sociétés. Mais il faut aussi signaler que dans la loi comme dans le décret, on donne le monopole au Bureau ivoirien du droit d'auteur de récolter les droits des artistes.
-Que reproche-t-on à la nouvelle réforme en cours ?
Je pense que quand on prend un décret ou une loi, il y a toujours des difficultés. Et elles viennent du fait qu'il y a des personnes qui ne comprennent pas le bien fondé du décret ou de la loi. A ce niveau-là, dans les pays développés, il y a eu des débats sur des lois ou des décrets. Mais à mon humble avis, le décret qui vient d'être pris est le meilleur des décrets jusque-là. Parce que les revendications que nous avons faites en 1990, qui n'ont pas été prises en compte sous la forme d'un instrument juridique s'y trouvent
-L'Unartci dit qu'elle n'a pas été associée de fond en comble dans l'élaboration de cet avant-projet
Je voudrais relever quelque chose. Gadji Céli dans une de ses interviews a dit que le mémorandum qui a été déposé a été écrit par Valen Guédé. Il faut également ajouter le nom de Guédéba Martin. C'est nous qui avons écrit ce mémorandum. Gadji Céli a écrit une lettre pour nous recommander au ministère de la Culture pour faire partie de la commission bipartite. Au niveau de l'Unartci, il y avait 6 personnes. Moi-même, Guédéba Martin, Yéo Kozoloa, Noël Dourey, Augustin Kassy et un autre. Le ministre a aussi désigné 6 personnes, son directeur de cabinet, ses conseillers et même Dagri Lucie, Adépo Yapo pour discuter. Et nous avons discuté pendant 6 mois à partir du mémorandum que nous avons déposé. Et dans ce mémorandum on a traité toutes les questions qui concernent l'art et la culture et bien entendu on a terminé par le Burida. A ce niveau, le ministre nous a donné la parole et moi-même j'ai fait l'historique des droits d'auteurs au niveau de la Côte d'Ivoire. Nous avons dit qu'il faut que le Directeur général du Burida soit nommé par le conseil d'administration. Et Guédéba Martin a ajouté qu'il faut un appel à candidatures. C'est-à-dire que le conseil d'administration désigne un cabinet de spécialistes qui lance un appel à candidatures.
-On vous reproche également d'avoir mal utilisé l'argent de la tournée de l'Unartci à Abengourou
Je voudrais vous dire que personne ne peut m'acheter parce que personne ne peut me vendre. Ici en Côte d'Ivoire, on me connaît, on connaît ma moralité. Je ne suis pas celui qui va dans les bureaux pour monter de faux dossiers et escroquer les gens au nom des artistes. Je ne l'ai jamais fait. Maintenant ceux qui disent que les gens sont achetés n'ont pas d'arguments intellectuels contradictoires, qui ne peuvent pas rentrer dans une dialectique pour apporter des contradictions aux gens. Je les connais. Tout ce qu'ils savent faire c'est de dire que tel ou tel est vendu parce qu'il fait ça. Et quand on les amène à la table de discussion, ils s'énervent et sortent. Maintenant vous avez parlé d'Abengourou. J'ai lu ça et je voudrais répondre clairement et nettement. Lorsque nous avons entrepris «les Sillons de la paix», j'étais au ministère de l'Economie et des Finances lorsque Charles Diby, ministre de l'Economie et des Finances a dit qu'il nous donnait 350 millions. Il nous a dit d'écrire vite la lettre parce qu'il voyageait.
C'est moi qui ai écrit la lettre au siège de l'Unartci. J'ai les copies sur moi et je sais sur quel compte bancaire l'argent est parti. Mais malgré cela quand on est arrivé à l'étape de Bouaké, c'est le ministre Soro Guillaume qui a tout pris en charge. Et en plus de cela il a donné 5 millions de francs Cfa. On est arrivé à Korhogo et là le premier jour, c'est Yéo Kozoloa qu'on a envoyé et qui a payé au nom de l'Unartci. Mais le deuxième jour, c'est Fofié Kouakou qui a tout payé et qui a donné 2, 5 millions en plus de 150 pintades et des vêtements. A Man, on a fait une seule nuit qui a été payée par l'Unartci. Et le lendemain, Siki Blon Blaise nous a invités et on a mangé. Arrivés à Séguéla, c'est Koné Zakaria qui a tout pris en charge et il a donné 1,5 million. Concernant l'étape d'Abengourou Gadji Céli a demandé qu'on trouve des parrains. Il m'a demandé d'approcher Kouao Noumoutié, qui est un homme d'affaires que je connais pour lui demander d'être notre parrain et pour qu'il nous donne de l'argent. C'est en ce moment que je lui ai demandé où sont passés les 350 millions.
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