Nour-Eddine SALLOUK
4 Mars 2008
Des nappes d'huiles nocives, des déchets de produits chimiques, des résidus de produits pétroliers qui polluent les eaux des plages, des fumées nauséabondes dégagées de jour comme de nuit par les cheminées des usines de ciments et des unités industrielles de transformation des poissons, des déchets rejetés dans la mer, des nuisances sonores dues aux activités des unités industrielles. C'est la situation catastrophique à Anza qui abrite une population estimée à 43.000 habitants. Mieux, la seule station d'assainissement liquide de la localité est hors d'usage.
En conséquence de cette intense activité économique et en l'absence d'infrastructures d'assainissement, les habitants et les ressources environnementales sont les premières concernées par les retombées négatives sur la santé.
Des eaux polluées, une faune et une flore menacées, un environnement sous pression, des maladies respiratoires, des allergies et bien d'autres. Tels sont les maux qui suscitent indignation et contestation de la part d'un tissu associatif d'intérêt environnemental à Anza. Les plaintes adressées aux autorités compétentes par des associations environnementales d'Anza soulignent la nécessité d'intervenir d'urgence pour mettre un terme à cette pollution due aux rejets des unités industrielles.
Les actions des mouvements associatifs tendent à responsabiliser les parties impliquées en vue de prendre les mesures indispensables pour préserver l'environnement et assurer aux habitants des conditions de vie décentes. A noter que le taux de pollution à Anza a atteint le chiffre de 45% en comparaison avec les autres zones industrielles du grand Agadir (quartier industriel, Tassila et Ait Melloul).
En raison de la cessation d'activité de la station d'assainissement liquide d'Anza, les rejets des eaux usées des habitations et des unités industrielles sont directement déversées dans les eaux de l'Atlantique.Conséquences immédiates: les produits de mer sont contaminés et impropres à la consommation, la pêche y est condamnée et les activités de loisir (natation, sport de glisse, football), sont suspendues.
Hors d'usage pour colmatage du réseau (notamment à cause des rejets en huiles des Huileries du Souss), la station d'assainissement liquide d'Anza est obsolète. Ainsi la mer reçoit-elle chaque jour plus de 6100 litres de rejets (1100 l/jour du centre d'Anza ; 2000 l/jour du quartier industriel). Selon un technicien de la Régie Autonome Multi-Services à Agadir RAMSA, le curage de ladite station serait très coûteux. Toutefois un projet de mise en place de 3 sites de traitement liquide est en cours d'étude pour résoudre le problème d'assainissement liquide à Anza sans polluer les eaux atlantiques.
Devant l'extension que connaît le centre d'Anza avec la multiplication des bidonvilles et l'installation des unités industrielles, les autorités compétentes se devaient d'accompagner ce développement par la mise en place d'un réseau d'assainissement liquide d'envergure avec des canaux plus larges de traitement. Selon un ex-membre communal, le réseau d'assainissement d'Anza est inefficace et ne suit pas le développement du centre. Créé à l'origine pour traiter les rejets de 1000 foyers, le réseau d'assainissement liquide est devenu inapproprié après le tremblement de terre de 1960 et l'apparition des tentes pour abriter les sinistrés d'Anza ; lesquelles tentes deviendront des bidonvilles (593 baraques recensées en 1983, équipées en réseau électrique et dotées de fontaines et de toilettes publiques sans égout). Les habitants des bidonvilles ont bénéficié d'un programme de recasement dans les lotissements Al Wahda et Al Hassania à Anza. Dans les années 80, d'autres lotissements ont été construits et curieusement les bidonvilles n'ont pas disparu (plus de 4000 baraques selon le dernier recensement). Malgré cette explosion démographique, le réseau d'assainissement liquide d'Anza n'a pas évolué pour augmenter le débit de traitement des eaux usées d'Askray, près du terrain de sport. En plus, le grand boom industriel qu'a connu le centre ces 15 dernières années avec l'installation de grandes unités industrielles a entraîné une augmentation des rejets des eaux usées, des huiles industrielles et des produits chimiques qui entrent dans l'industrie de transformation des produits de mer.
Les analyses des prélèvements trimestriels concernant les compartiments de l'eau, des organismes marins et des sédiments, ont certifié la présence dans les eaux usées déversées directement dans la mer à Anza et en forte concentration, de métaux lourds (plomb : de 6 à 10 microgrammes (les normes internationales sont de 5 micro) ; le plomb est responsable d'empoisonnement grave pouvant causer le cancer), cadmium :3 micro (normes internationales 1 micro) ; le cadmium influence le système digestif). Les rapports font état aussi de présence dans l'air de poussières nocives en raison des émanations sous forme de fumées dégagées par les usines industrielles d'Anza. Ce constat a fait de la plage d'Anza une zone insalubre recevant des rejets urbains et industriels se traduisant par une interdiction de la baignade et de tout ramassage ou pêche de coquillage.
En plus et en raison des vents et courants marins Nord/Sud, la partie des eaux contiguë à la marina d'Agadir présente aussi une qualité des eaux impropres à la baignade. Curieusement le Bulletin d'information du ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Eau et de l'Environnement de juillet 2007 dans son rapport « Hygiène des plages 2007 » relatif à la qualité des eaux de baignade pour la saison 2007, élaboré conjointement par le MATEE et le ministère de l'Equipement et du Transport sur la base d'analyses scientifiques, ne reflète pas la réalité en escamotant le caractère catastrophique de la pollution notamment du milieu marin d'Anza.
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