PIERRE EMANGONGO ET BIENVENU IPAN MOKUBA
5 Mars 2008
Kinshasa — Disparu depuis près d'un mois, l'opposant tchadien Ngarlejy Yorongar arrive, sauf imprévu, ce mercredi en France pour suivre des soins médicaux.
Entre-temps, le gouvernement tchadien a mis sur pied une Commission d'enquête internationale sur l'attaque rebelle et le sort des disparus. L'ONG HRW a formulé des critiques acerbes contre cette commission qu'elle qualifie de non crédible.
L'opposant tchadien Ngarlejy Yorongar, qui vient d'arriver à Yaoundé après avoir été porté disparu pendant près d'un mois, quitte ce mercredi le Cameroun à destination de Paris, a déclaré, selon l'AFP, une source proche du député fédéraliste. Le Premier ministre français François Fillon avait auparavant affirmé que «l'asile politique serait accordé» à cet opposant irréductible au président Idriss Deby Itno. Rokoulmian Yorongar, de son côté, affirme que son père Ngarlejy Yorongar n'a cependant pas encore présenté de demande d'asile politique à la France. Des témoignages concordants, font état de l'arrestation de Ngarlejy Yorongar, le 3 février par les services de sécurité tchadiens, à la fin d'une attaque rebelle sur N'Djamena repoussée in extremis avec l'aide de la France. L'opposant dit avoir réussi à fuir au Cameroun après 18 jours de détention. Les rares témoignages livrés ces derniers jours par l'opposant demeurent assez confus sur les conditions de sa détention et de sa fuite. «Il s'exprimera plus longuement quand il sera en France», a ajouté la même source.
COMMISSION D'ENQUETE
Lundi soir, Ngarlejy Yorongar avait affirmé, dans un bref entretien téléphonique, que sa santé n'était «pas bonne» et qu'il comptait quitter le Cameroun mercredi au plus tard vers un pays tiers pour faire un «bilan médical». Deux autres responsables de l'opposition avaient été arrêtés dans des circonstances similaires le 3 février. Il s'agit de l'ex-président Lol Mahamat Choua, détenu par les autorités qui l'ont libéré le 28 février, et du porte-parole de la principale coalition de l'opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh, dont on est toujours sans nouvelles. Dans un communiqué reçu à Libreville, l'organisation Human Rights Watch (HRW) basée à New York appelle N'Djamena à «rendre rapidement des comptes au sujet de la disparition» d'Ibni Oumar Mahamat Saleh, «arrêté par les forces de sécurité tchadiennes il y a un mois». «Le gouvernement a placé Ibni en détention et le gouvernement doit donc le faire réapparaître», estime l'organisation de défense des droits de l'Homme, qui redoute que l'opposant soit «victime d'une disparition forcée».
Le gouvernement tchadien a créé lundi, comme promis au président français Nicolas Sarkozy, une commission d'enquête internationale sur l'attaque rebelle et le sort des disparus. Selon HRW, cette commission «n'est pas assez indépendante et crédible car elle est dirigée par le président de l'Assemblée nationale (Nassour Ouaïdou), un allié proche du président Deby». «Le président Deby a jeté de la poudre aux yeux du président Sarkozy», déplore l'ONG.
Qu'à cela ne tienne, cette affaire des disparus a fortement terni l'image du président Déby qui devra à tout prix rétablir la vérité faute de quoi le Tchad pourra à nouveau exploser.
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