Fraternité Matin (Abidjan)
D. G.
4 Mars 2008
Abidjan — Véritable gangrène pour les caisses de l'Etat de Côte d'Ivoire. Les factures du gaspillage de l'eau dans les administrations publiques sont énormes. Aujourd'hui, on parle de 3,5 milliards de francs. «Au bas mot», précise-t-on sans vouloir aller dans les détails. Cagnotte largement supérieure à ce qu'il faut pour soulager Bouaké, Diabo, Bottro. Tout ce gaspillage se fait au vu et au su de tout le monde. Personne n'ose dire mot.
En 2006, la note de l'eau perdue par «ces privilégiés de Côte d'Ivoire» s'élevait à six milliards. A cette époque, le camp de gendarmerie d'Agban était parmi les champions avec une consommation théorique supérieure à celle de la ville de Daloa. Cette caserne, à l'époque, ne comptait que trois mille personnes et Daloa 300 mille. Ce qui signifie qu'un habitant du camp (du moins un gendarme mis en astreinte) boit la même quantité d'eau de 100 personnes de la cité des antilopes. De véritables commandos.
Que ce soit à Agban, à la cité policière de Yopougon, dans le CHU ou sur les campus, le gaspillage est facteur d'une seule chose: l'incivisme notoire. L'expression «C'est l'Etat qui paie» est le réflexe, ou le comportement le mieux partagé en ces lieux. Les robinets restent ouverts à longueur de journée. Ou encore l'eau payée par l'Etat est vendue à des tiers. Sans crainte. De toute façon, qui peut faire quoi? Ne s'agit-il pas de zones sensibles? Donc de non droit?
Il est peut-être temps de fixer des quotas à tous ceux qui ne paient pas l'eau de leur poche. Comme on le faisait dans les internats. Ceci soulagerait les contribuables. Qui non seulement paient leur facture, mais ne sont pas approvisionnés correctement, faute d'investissement de l'Etat dont les protégés sont champions de gaspillage.
Y parvenir n'est pas difficile. Il suffit d'une volonté politique. Et d'un Etat fort.
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