5 Mars 2008
Johannesburg — Selon les résultats de la plus grande étude jamais réalisée dans le domaine de la lutte contre la tuberculose, les taux de tuberculose à bacilles multirésistants (MDR-TB) n'ont jamais été aussi élevés dans le monde.
D'après le rapport publié le 26 février par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), près d'un demi-million de nouveaux cas de MDR-TB ont été diagnostiqués en 2006, soit environ cinq pour cent de l'ensemble des nouveaux cas de tuberculose.
Les patients atteints de la MDR-TB ne réagissent pas aux traitements classiques, soit parce qu'ils ont développé des résistances en interrompant trop tôt leur traitement de première intention ou en ne prenant pas leurs médicaments régulièrement, soit parce qu'ils ont été contaminés directement par une personne porteuse de la souche multi-résistante.
La Chine, l'Inde et la Russie sont les plus importants foyers de MDR-TB. En outre, la Chine et l'Inde comptent à elles seules 50 pour cent des cas diagnostiqués à l'échelle mondiale.
« Une riposte frontale s'impose contre le problème de la pharmaco-résistance et, si les pays et la communauté internationale ne font pas preuve de la détermination nécessaire, la bataille sera perdue », a déclaré le docteur Mario Raviglione, directeur du département Halte à la tuberculose de l'OMS.
« Les programmes mondiaux doivent non seulement lutter contre la tuberculose à bacilles résistants et sauver des vies, mais immédiatement devenir plus performants en permettant de diagnostiquer rapidement tous les cas de tuberculose et de les traiter jusqu'à la guérison, ce qui constitue le meilleur moyen d'éviter l'apparition d'une pharmaco-résistance », a-t-il poursuivi.
Le rapport de l'OMS sur la résistance aux antituberculeux dans le monde, le quatrième document du genre publié depuis 1997, est fondé sur les données recueillies de 2002 à 2006 dans 81 pays. Selon le document, près de 35 pour cent des nouveaux cas de tuberculose détectés dans le monde, au cours de cette période, sont des cas de MDR-TB.
Bien que l'étude couvre 33 pays supplémentaires, les auteurs reconnaissent qu'il existe encore d'importants écarts dans le traitement de la maladie selon les pays. Par exemple, seuls six pays d'Afrique -la région où l'incidence de la tuberculose est la plus forte- ont pu fournir des données sur la pharmaco-résistance.
D'autres pays de la région n'ont pas été en mesure de procéder à des enquêtes, car ils manquaient de matériel et de personnel qualifié nécessaires pour identifier la tuberculose à bacilles résistants.
On estime que près de 50 pour cent de la population adulte en Afrique australe est porteuse d'une forme latente de tuberculose. En outre, les personnes séropositives sont deux fois plus exposées aux risques de développer une tuberculose active que le reste de la population. Cependant, les tests tuberculiniques les plus couramment utilisés ne parviennent pas à diagnostiquer la tuberculose chez les patients porteurs du VIH.
Chez la plupart des patients séropositifs dont les résultats des tests tuberculiniques se sont révélés négatifs, la manière la plus fiable de dépister la tuberculose est d'effectuer un test basé sur la culture du bacille, qui consiste à cultiver les échantillons dans un liquide spécial. Toutefois, peu de pays d'Afrique disposent du matériel nécessaire à ce type de test.
D'après les données disponibles, l'OMS estime à 66 700 le nombre de MDR-TB diagnostiquées en Afrique, en 2006. Cependant, l'étude se fonde sur les cas de tuberculose où les frottis d'expectoration se sont révélés positifs.
En outre, les auteurs du rapport ont indiqué que dans les pays affichant un taux de prévalence au VIH élevé, le nombre de cas de résistance médicamenteuse chez les patients atteints de la tuberculose et du VIH et le lien entre le VIH et la tuberculose résistante aux médicaments pouvaient être sous-représentés par l'enquête.
Seuls sept pays ont été en mesure de fournir des données sur la pharmaco-résistance qui prenaient en compte le statut séropositif des patients. En Lettonie et en Ukraine, les deux uniques pays où le nombre de cas de co-infections était suffisamment important pour étudier le lien entre les deux épidémies, les patients atteints de la tuberculose et du VIH étaient deux fois plus susceptibles de contracter une MDR-TB que les patients séronégatifs.
Pour la première fois, l'enquête a également pris en compte des données relatives à la tuberculose ultra résistante (XDR-TB), une souche qui résiste à la fois au traitement de première et de deuxième intention.
...Une riposte frontale s'impose contre le problème de la pharmaco-résistance et, si les pays et la communauté internationale ne font pas preuve de la détermination nécessaire, la bataille sera perdue ...
En effet, 45 pays ont répertorié au moins un cas de XDR-TB, et l'ampleur réelle du problème reste inconnue car de nombreux pays ne disposent toujours pas de l'équipement nécessaire au dépistage de la résistance aux médicaments antituberculeux de deuxième intention.
En référence à la flambée mortelle de XDR-TB qui s'est déclarée en 2006, dans la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud, et qui a principalement touché les malades séropositifs, le rapport de l'OMS a indiqué : « cette flambée n'a pu être détectée que grâce aux importantes infrastructures laboratoires disponibles dans le pays.»
« Il est probable que des flambées de pharmaco-résistance semblables, entraînant des taux de mortalité élevés, se sont déclenchées dans d'autres pays, sans avoir été détectées faute d'une capacité laboratoire suffisante », peut-on lire dans le rapport.
Bien que l'Afrique du Sud ne figure pas parmi les pays ayant fourni des données dans le cadre de l'enquête de l'OMS, selon les récentes statistiques, près de six pour cent des 17 615 cas de MDR-TB diagnostiqués au cours des quatre dernières années étaient en réalité des XDR-TB ; et 14 pour cent des cas de pharmaco-résistance dans la province du KwaZulu-Natal étaient des cas de XDR-TB.
L'Afrique du Sud est l'un des deux seuls pays du continent à disposer de l'équipement nécessaire au diagnostic de la XDR-TB. Selon le docteur Paul Nunn, coordonnateur de l'OMS chargé des questions de la co-infection TB-VIH et de la pharmaco-résistance, les autres pays d'Afrique ont encore « beaucoup de chemin à parcourir » avant d'obtenir la même capacité laboratoire que l'Afrique du Sud.
« En Afrique, un certain nombre de pays ne disposent pas d'un seul laboratoire capable d'effectuer des tests basés sur la culture du bacille afin de détecter une pharmaco-résistance », a-t-il regretté.
Le docteur Paul Nunn a rappelé que l'Afrique affichait un taux relativement bas de MDR-TB, car certains des médicaments antituberculeux de première intention prescrits en Europe et dans d'autres régions du monde n'étaient disponibles que depuis récemment en Afrique. Ainsi, les souches pharmaco-résistantes ont eu moins de temps de se développer en Afrique.
A l'heure actuelle, l'OMS travaille à la révision du volet MDR de son Plan mondial Halte à la tuberculose, afin de définir la manière d'atteindre l'objectif d'accès universel au diagnostic et au traitement pour tous les patients atteints de MDR-TB d'ici 2015.
En outre, le plan vise à réduire de moitié la prévalence et la mortalité tuberculeuses par rapport à 1990, et il prévoit également que des ressources supplémentaires doivent être consacrées à la recherche pour trouver de nouveaux produits diagnostiques et de nouveaux médicaments efficaces contre les souches résistantes ainsi qu'un vaccin efficace contre la maladie.
Selon l'OMS, en 2008, le déficit de financement de la lutte contre la tuberculose atteint les 2,5 milliards de dollars -500 millions de dollars étant nécessaires à la lutte contre la MDR-TB et la XDR-TB.
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