Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: L'envolée des matières premières portée par la spéculation mondiale

Faustin Kuediasala

8 Mars 2008


Kinshasa — Des métaux jusqu'aux produits agricoles, le marché mondial des matières premières se portent. Bien plus, il est d'une forme sans pareil alors que la pression sur la demande va grandissante. Et, c'est encore vers la Chine que se tourne le regard pour expliquer la forte embellie des cours. Le Figaro trouve la cause de cette tendance haussière dans la spéculation qui balaie désormais le marché mondial des matières premières.

La semaine dernière, le riz, denrée de base de l'alimentation en Asie, a atteint 500 Usd la tonne pour la première fois depuis vingt ans, selon la FAO.

Heureux sont les buveurs de café. Ils sont encore parmi les rares consommateurs à avoir, jusqu'à présent, échappé à la valse des étiquettes. Et pour cause : la Chine et l'Inde préfèrent le thé.

Malheureux sont en revanche les amateurs de riz car le prix du sachet s'est envolé. Explication: la Chine et l'Inde sont les deux plus grands consommateurs mondiaux de riz. Et leur fringale tire les prix mondiaux. La semaine dernière, cette denrée de base de l'alimentation en Asie a atteint 500 Usd la tonne, pour la première fois depuis vingt ans, selon la FAO (Organisation pour la l'alimentation des Nations unies). Cela en dépit du fait que la récolte du premier exportateur mondial, la Thaïlande, bat tous ses records. Mais même avec une production historique, elle ne parvient pas à saturer une demande galopante en Asie.

Cette boulimie asiatique vaut pour les métaux. La Chine a besoin d'en importer massivement pour les transformer, par exemple, en automobiles. Entraînant dans la foulée la consommation d'énergie. Au premier rang, celle de pétrole.

UN RECYCLAGE MONDIAL MASSIF

Une telle dynamique peut durer longtemps. Sauf si la récession qui pointe aux États-Unis grippe l'ensemble de la mécanique. Or c'est bien ce qui commence à poindre à l'horizon. En témoigne la chute du fret maritime. Le Baltic Dry Index, qui mesure la demande mondiale de navires pour transporter des marchandises, s'est littéralement effondré depuis l'automne. Mais, curieusement, le prix des matières premières continue de flamber. Un paradoxe qui serait le symptôme, selon les économistes, d'un phénomène de «bulle» spéculative. Laquelle s'expliquerait par la masse de liquidités qui inonde les pays à excédents commerciaux face à une pénurie d'actifs financiers rentables.

A plus de 100 Usd le baril de pétrole, les pays producteurs engrangent quelque 2.100 milliards de Usd par an de recettes d'exportation. Or ils n'en consomment qu'une infime partie. S'ajoutent à ces pétrodollars les excédents commerciaux de la Chine, qui ont atteint le niveau record de 262 milliards de Usd l'année dernière.

L'ampleur du recyclage d'un tel volume d'épargne est un véritable casse-tête pour les financiers. Le développement des fonds souverains ne peut que partiellement répondre au problème. D'où le développement des investissements dans les matières premières sous leur forme «papier». Depuis l'éclatement de la bulle immobilière, les contrats à terme sur les matières premières sont ainsi devenus la cible favorite des fonds d'investissement. A commencer par l'Or, dont l'once a atteint hier un nouveau plus haut historique à 990,53 Usd. Et du pétrole, qui continuera d'augmenter tant que les marchés ne seront pas convaincus que la production peut à moyen terme, répondre à la demande.

Même le café, épargné jusqu'ici, semble être gagné par la fièvre spéculative. Son prix a fait un bond de 22% depuis le début de l'année sur le New York Board of Trade. Face à la demande des hedge funds, le volume des contrats négociés a bondi de 50% l'année dernière. Pourtant, la consommation mondiale n'augmentera cette année que de 1,6% selon l'International Coffee Organisation.

LE CHARBON S'ENVOLE

Preuve que l'ébullition est bien totale sur le marché mondial des matières premières, cotant 25 Usd la tonne en 2003, le charbon flirte avec les 130 Usd aujourd'hui. Soit une multiplication par cinq de son cours ! Pourtant, jusqu'à très récemment, le charbon était passé de mode. Trop salissant, extrêmement nocif pour l'environnement et participant très activement au réchauffement climatique...

L'envolée des cours du brut fait mal ! 90 Usd en ce moment, jusqu'à 100 Usd récemment... Après tout, pourquoi payer cher une énergie qu'on peut obtenir à moindre prix ? Car pour l'instant les énergies propres ou renouvelables (vent, eau, solaire, géothermie...) ne sont pas encore disponibles - notamment dans les pays comme la Chine, le Brésil ou l'Inde. Les infrastructures nucléaires sont loin d'être développées. Face à l'envolée de la demande, ne reste donc, immédiatement disponible, que le brut et le charbon.

Et plus le prix du brut grimpera, plus la demande aura tendance à se reporter sur le charbon. Or la tendance des cours du pétrole est clairement haussière ! L'effet de substitution n'a donc pas fini de faire parler de lui...

Au coeur de la problématique : la Chine, toujours elle !

La Chine affiche des taux de croissance à deux chiffres année après année. A nous faire pâlir d'envie...

Seulement voilà : plus l'activité tourne et se développe, plus il faut y injecter des matières premières et de l'énergie. Sans énergie ni matière : pas d'industrie, pas de développement, pas de croissance. Or la Chine fonctionne au charbon : plus de 80% de son électricité émane du charbon !

Côté offre, la Chine a extrait 2,38 milliards de tonnes de charbon de ses sous-sols en 2006. C'est le double de ce que produisent les Américains. Tous les trois jours, la Chine ouvre une centrale à charbon flambant neuve ! Et d'ici à 2011, elle aura accru sa production annuelle de 800 millions de tonnes. Jusqu'à très récemment, elle exportait mais, depuis juillet 2007, la voici devenue importatrice nette pour la première fois de son histoire. Voilà pourquoi les prix du charbon en Asie ont grimpé de 30% en 2007.

La demande intérieure chinoise pour l'énergie est en forte hausse (+15%) et la demande de charbon devrait croître de 5% l'an dans les années à venir.

LA PRESSION EST GLOBALE

Quelques chiffres clé : 40% de l'électricité mondiale est issue du charbon. Aux Etats-Unis, plus de la moitié de l'électricité vient du charbon. En Chine et en Australie, c'est 80% de l'électricité qui en émane. En Afrique du Sud et en Pologne, plus de 90%. L'on comprend très vite pourquoi les USA, la Chine et l'Australie refusent de signer le protocole de Kyoto !

Les consommations américaine, russe et chinoise ne cessent de croître. Sur les dix dernières années, la consommation de charbon a grimpé de 61% en Asie !

La bonne nouvelle, c'est que nous avons pour 130 années de réserves de charbon dans nos sous-sols, au rythme actuel de consommation annuelle. La mauvaise, c'est que nous aurons probablement asphyxié notre planète avant même d'avoir pu consommer ce stock ! Des recherches intenses ont pour objet de capter le CO2 émis par les centrales au charbon et de le séquestrer, voire l'injecter dans des gisements de pétrole pour accroître leur production. Mais il faudrait aller plus vite...

TROIS GOUTTES FONT DEBORDER LE VASE

Première goutte : la pire tempête de neige enregistrée en Chine depuis 50 ans a fait violemment reculer la production de charbon ces derniers jours. Le déficit d'offre devrait certes être ponctuel, mais il renforce la pression sur les prix.

Deuxième goutte : l'Afrique du Sud - gros exportateur de charbon - est dans le noir ! Les coupures d'électricité et le rationnement empêchent les minières de travailler. Anglo American a fermé ses mines de charbon. Et pour le coup, le problème devrait durer quelques années. Le déficit d'offre qui en résulte pourrait donc être une tendance de fond.

Troisième goutte : l'Australie, après avoir été confrontée à des sécheresses que, de mémoire d'homme, on n'avait jamais connues, la voici confrontée à un déluge de pluies, avec son cortège d'inondations (la terre étant sèche, elle n'absorbe pas l'eau !). Ainsi, le premier exportateur de charbon, BHP Billiton Mitsubishi Alliance, a revu à la baisse ses objectifs de production de charbon pour l'année en cours. Ses mines sont inondées ! Même chose pour Xstrata qui a fermé deux de ses mines.

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