Libération (Casablanca)

Maroc: Désert culturel à Khénifra

KAMAL MOUNTASSIR

10 Mars 2008


L'écrivain marocain Tahar Ben Jelloun nous excusera certainement de lui avoir emprunté l'expression de "désert culturel" qui traduit atrocement le vide culturel qui règne dans la province de Khénifra. Là, les espaces ou les événements à caractère culturels font défaut et l'action culturel se trouve reléguée aux calendes grecques ou réduites à des parodies folkloriques occasionnelles.

L'émancipation de ce secteur reste le dernier souci des responsables à tous les niveaux. La preuve est que le département géré actuellement par l'artiste Touria Jabrane ne s'est jamais donné de la peine d'ouvrir une délégation dans une région où le patrimoine culturel est pourtant des plus riches du Royaume.

A Khénifra, quand on aime la vie, on ne peut pas aller au cinéma! Pour la simple raison qu'il n'existe pas de salles obscures dans une ville dont la population majoritairement jeune dépasse les cent mille habitants ! La coutume de fréquenter une salle de cinéma n'existe pas chez bon nombre de jeunes Khénifris. C'est grave, car le cinéma est une lucarne ouverte sur le monde, un espace de rencontre ou d'échange et surtout un moyen de formation et d'éducation pour le public juvénile et adulte. La jeunesse à Khénifra est privée également de l'art scénique. Les trois coups, le lever ou le tomber de rideau, l'éclairage, la rampe, l'ambiance qui accompagne une pièce de théâtre, .les Khénifris n'en connaissent pas! Les quelques troupes qui s'aventurent de temps à autre à donner des représentations rencontrent énormément de difficultés logistiques, notamment trouver une salle adéquate pour donner leur spectacle à tel point qu'aucune troupe nationale ne se hasarde à programmer la ville dans sa tournée.

Dans cette atmosphère de vide culturel, on ne peut donc parler de centres culturels nationaux ou étrangers. La seule bibliothèque publique reste celle du conseil municipal, elle offre aux étudiants un espace de lecture et surtout de documentation pour les élèves qui, en dépit des opportunités du net, continuent à faire des recherches livresques.

Si l'on aborde le registre de la musique qui est un moyen de distraction et d'expression, la jeunesse connaît la plupart de ses stars via le petit écran et ne jouit aucunement de l'organisation de concerts ou de festival propre à la ville. Quant à apprendre la musique dans un conservatoire et faire montre de dons dans ce domaine, cela relève d'une vraie fiction.

Face à cette absence de culture qui est un droit, les jeunes se rabattent sur la maison des jeunes OOum Errabia où les associations souffrent le martyr devant les formalités administratives des responsables, l'anarchie et le clientélisme qui se sont distillés dans ce secteur depuis belle lurette. Les associations locales, toutes couleurs confondues tentent, tant bien que mal, de faire sortir la ville de cette léthargie et ce désert culturel dangereux. Il n'en reste pas moins vrai qu'elles manquent de moyens, d'encadrement et de soutien.

L'immunisation des jeunes et des enfants contre l'extrémisme, la criminalité, l'obscurantisme et l'apprentissage des valeurs civiques (tolérance, droit à la différence, liberté..) se concrétisent à travers l'action culturelle et sportive. En marginalisant ces secteurs dans cette ville, on met les générations futures devant un péril certain. L'adage dit : L'oisiveté est mère de tous les vices".

Tél:022.61.94.04 / 022.62.32.32 / Fax: 022.62.09.72

En perspective des élections municipales de 2009

Rester à gauche ou revenir à droite

Lutte contre la mafia du cèdre à Khénifra

Mondiaux en salle d'athlétisme à Valence

Gloria Gaynor participe au festival Jazzablanca

Présentation des résultats annuels 2007 du 3ème assureur de la place

Faut-il boycotter le salon du livre de Paris?

Be the first to Write a Comment!

Copyright © 2008 Libération. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Maroc

Ask Obama a Question