Stéphane Tchakam
11 Mars 2008
La céréale, défiscalisée par le chef de l'Etat, souffre toujours d'une difficile conjoncture internationale.
Un importateur de riz disait, il y a quelques jours encore, que « le gouvernement ne peut pas comprendre que nous n'importions pas de riz. Nous devons en importer à tous les prix même si cela est franchement difficile. Le contexte international n'étant pas très favorable ». Produit d'importation par excellence, le riz consommé au Cameroun vient de loin. D'Asie notamment. L'inde et le Pakistan sont en effet les gros fournisseurs habituels. Mais voilà, les deux pays ont depuis quelques mois instauré ce qu'on appelle là-bas le « ban », l'interdiction pure et simple des exportations de riz. Au Pakistan, l'instabilité politique consécutive à l'assassinat de Benazir Bhuto y est pour quelque chose, alors qu'en Inde, de nombreuses inondations ont compromis les récoltes.
Du coup, les pays demandeurs sont obligés de se tourner vers d'autres pays producteurs dont la Thaïlande au premier rang, le Vietnam, les Philippines ou même le Paraguay. Inutile de penser à la Chine populaire. Voilà quatre ans qu'elle n'exporte plus de riz et en achète elle-même. La Thaïlande en particulier, qui produit des riz bas de gamme consommés chez nous, se retrouve sous pression puisqu'elle n'avait pas prévu pareille situation. La demande qui frappe à sa porte est plus forte que ce qu'elle offre et, forcément, les prix augmentent. Ainsi, entre janvier 2007 et février 2008, en un an donc, la tonne de riz est passée de 200 dollars à 475 dollars. De 87 000 francs Cfa à 206 000 francs Cfa environ, aujourd'hui. Une situation d'autant plus difficile que le marché est aux mains de tenders et de traders. Ils constituent une longue chaîne qui, à chaque fois, rallonge les coûts et les marges.
Comme si ça ne suffisait pas, le fret, le transport du riz par bateau, ne cesse, lui aussi, de voir ses coûts augmenter. Les coûts de fret augmentent évidemment à cause de la hausse des cours du pétrole. A titre d'illustration, le transport de la tonne de riz d'Asie vers la capitale économique du Cameroun, Douala, coûte 130 dollars aujourd'hui (56 000 francs Cfa) contre 74 dollars (32 000 francs Cfa) il y a un an encore. Souvent, lorsque la conjoncture internationale du riz est difficile, les importateurs anticipent et font des commandes longtemps à l'avance pour échapper aux fluctuations. Cela n'a pas été possible et ils sont obligés d'acheter du riz et de le revendre aux conditions du marché actuel. Les disponibilités en céréales manquent cruellement. « Le Monde » du 29 février 2008 en est même à soutenir qu'une « nouvelle crise alimentaire menace de faire exploser l'Afrique de l'Ouest ». Pour le quotidien français, « la hausse constante des prix des céréales d'importation pèse lourdement sur les budgets familiaux ». Dans certaines régions du monde, le riz est en effet la céréale la plus consommée, celle qui ne demande quasiment aucune transformation préalable
Sur le plan national, les populations se réjouissent à présent qu'une décision du président de la République ait défiscalisé le riz en même temps que d'autres produits. A un niveau moindre, l'on a observé que le ministère du Commerce, en collaboration avec certains opérateurs économiques importateurs de riz, organise une ou deux fois par mois, des ventes directes au consommateur. Citoyenneté et sacrifice. L'Etat, lui-même, avec la défiscalisation, va renoncer à bien de ses recettes pour satisfaire à l'urgence. Les opérateurs économiques l'ont sans doute compris. Ce qui ne devrait pas les empêcher de penser à des produits de substitution dans la mesure où la conjoncture internationale du riz, en particulier, de devrait pas s'améliorer avant quelques mois.
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