JEANNOT NE NZAU DIOP
12 Mars 2008
Kinshasa — Du 5 au 29 mars, le photographe lushois Sammy Baloji expose sur les photos de la ville de Likasi.
Selon ce natif de Lubumbashi, «l'ethnographie, l'architecture et l'urbanisme sont les différents thèmes exploités par sa photographie. La lecture du passé congolais au présent n'est qu'une forme d'analyse de l'identité congolaise actuelle après tous les régimes politiques que cette société a connus. L'identité pourrait se connoter par l'occupation de l'espace, l'exploitation de son environnement, les manifestes ou les traces d'une civilisation avant de parler de la mondialisation».
Le pressentiment du photographe lui consent de cerner les zones grises des souvenirs, en recentrant l'architecture comme symbole et lieu effectif du pouvoir. Ses oeuvres fait l'éventaire d'une Afrique aléatoire, balançant sans cesse entre vestiges et modernité car, comme dit Baloji : «il suffit de lire le passé à la lumière du présent».
Les oeuvres photographiques de Baloji sont une activité de terrain et de localisation de traces et signes laissés par la colonisation belge. A titre d'exemples : des bâtiments administratifs et commerciaux de la période coloniale. L'architecture est ainsi révélée comme site d'une archéologie moderne, témoin d'un passé très proche, et pourtant déjà évacué de nos mémoires, soit par recyclage, soit par abandon pur et simple.
La longue prise des vues de la ville de Likasi met en scène le passé architectural colonial de la ville en même temps que sa vie quotidienne présente. Qui fait dire à l'auteur «On n'oublie parce qu'il faut vivre». Les friches industrielles de l'ancienne Union Minière du Haut-Katanga, UMHK, en faisant remonter de leur sol des archives inavouables, deviennent un mémorial in situ de l'exploitation des corps qui succéda à l'esclavage. Pour dire selon l'auteur «On oublie parce que l'on est mort».
Licencié en Lettres et Sciences Humaines, Sammy Baloji est né à Lubumbashi en 1978, où il vit, et travaille. Il est un partisan de la bande dessinée et de la vidéo. Après avoir abordé les thématiques de l'expression corporelle, notamment la danse des bras, et de l'ethnographie dans «Bunkeya, survivance d'une royauté», il s'intéresse depuis trois ans à l'architecture comme trace, réalisant des reportages sur l'héritage culturel, industriel et architectural de sa région, le Katanga dans «Vues de Likasi, Gecamines». En collaboration avec le chorégraphe Faustin Linyekula, Sammy Baloji a aussi réalisé le film «Mémoire», et il a aussi participé à la création de la pièce «Dinozord», présentée au dernier festival d'Avignon.
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