Le Phare (Kinshasa)

12 Mars 2008

Congo-Kinshasa: Tuberculose, une menace permanente pour la RDC

Les Congolais des villes comme des campagnes se livrent à un jeu dangereux : c'est celui de la banalisation de la tuberculose. Les sujets atteints, dépistés ou non, sous traitement ou encore non pris en charge, affichent des comportements comparables à ceux d'individus normaux.

La discipline dans la prise des médicaments comme dans la vie en société fait défaut. En conséquence, des cas de résistance ou de rechute se multiplient. Le Phare jette un regard critique sur la gestion de la tuberculose dans la société congolaise et propose des pistes de sortie de la catastrophe socio-sanitaire en chantier.

Essaimage des structures de prise en charge

S'il y a un point d'honneur à reconnaître à notre pays et à ses partenaires extérieurs, c'est celui de la prise en charge des cas déclarés de la tuberculose. Dans les villes, les centres de santé sont essaimés dans les quartiers du centre comme de la périphérie. Dans les milieux ruraux, chaque zone de santé est dotée d'un ou plusieurs sites d'encadrement des tuberculeux. Hormis des frais modiques de consultation en vue du dépistage, l'administration des médicaments est gratuite ou presque.

Des campagnes d'alerte à la tuberculose, assises sur des dépliants géants, des conférences-débats en français comme en langues nationales, des documentaires, des diapositives, sont menées aux quatre coins du pays. Même si les distances géographiques gênent considérablement le travail des équipes sanitaires de vulgarisation, de dépistage et de traitement de la tuberculose en milieux ruraux, l'essentiel est fait pour stopper la progression de la maladie.

Le jeu de cache-cache des malades

Bien qu'elle ne pas plus pour une maladie de la honte, la tuberculose est souvent tenue secrète chez les Congolaises et les Congolais qui en souffrent. Ils ne veulent pas que leur entourage se méfie de leur toux, même si celle-ci présente une fréquence, une virulence et une tonalité suspectes. Dans les moyens de transport en commun, les débits de boissons, les milieux de travail, les installations sportives et récréatives, tuberculeux et tuberculeuses cachent systématiquement leur état.

Ils sont prêts à boire et à manger dans des ustensiles destinés à la communauté alors que leur état les oblige à utiliser des verres, des assiettes, des marmites à stériliser avant comme après chaque usage.

Généralement, il s'écoule un laps de temps avant qu'un tuberculeux placé sous cure pendant six mois au moins cesse d'être contagieux. Hélas, à cause de leur jeu de cache-cache, des milliers de malades de la tuberculose répandent le mal dans leur entourage sociétal. Ainsi, la RDC voit la tuberculose reprendre du poil de la bête alors que le solide dispositif de prévention et de prophylaxie devrait plutôt infléchir la courbe vers la baisse.

L'indiscipline dans le suivi du traitement

Il se remarque souvent dans le chef des Congolaises et Congolais sous traitement, la manie de ne pas observer correctement le schéma de prise des médicaments. Le délai réglementaire de six mois de traitement ambulatoire est rarement respecté.

On rencontre des tuberculeux qui prennent régulièrement des boissons alcoolisées, s'illustrent dans le vagabondage sexuel, s'alimentent en désordre ou sautent les repas. Ils ne s'imposent aucune restriction alimentaire ni discipline de vie. Au finish, un tel relâchement se traduit soit par des rechutes, soit par des phénomènes de résistance aux antibiotiques et autres médicaments. En conséquence, au lieu de se rétrécir, le cercle des malades ne fait que s'agrandir.

Adieu sanatorium

Dans le passé, notamment à l'époque coloniale et même sous la Deuxième République, les tuberculeux étaient soignés dans des sites éloignés des agglomérations urbaines ou simplement des lieux d'habitation. Très célèbres, les sanatoriums étaient souvent érigés sur les cimes des collines, au milieu d'une végétation luxuriante dominée par les arbres.

A Kinshasa, c'est le Sanatorium de Makala, sur les hauteurs de Selembao, qui était le lieu de campement des tuberculeux. Et, à la simple vue du site, tout le monde était d'accord que c'était l'idéal pour des malades à isoler du commun des mortels et ayant un grand besoin d'oxygène frais.

Il est dommage que cette formation hospitalière spécialisée dans le combat contre une maladie spécifique soit transformée aujourd'hui en hôpital général. La cartographie sanitaire de la RDC présente aujourd'hui un tableau dépourvu de sanatorium. S'il y a un voeu à émettre dans le cadre de la lutte contre la tuberculose, c'est la rétrocession du Sanatorium de Makala aux tuberculeux d'abord et ensuite la dotation d'au moins chaque chef-lieu de province en sanatorium. Car au vu de la progression de la maladie dans notre pays, celui-ci est en passe de devenir une « zone rouge » sur le continent.

Peut-être devrait-on relancer le programme de mise en quarantaine des malades de la tuberculose qui ne seraient autorisés à revivre en société qu'une fos leur nocivité médicalement attestée.

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