Nord-Sud (Abidjan)

Cote d'Ivoire: LE RDR, FPI, PDCI et UDPCI - La quasi-totalité des partis politiques ivoiriens affronte des dissidences internes

La quasi-totalité des partis politiques ivoiriens affronte des dissidences internes qui menacent leur équilibre à l'approche des élections. Certains partis sont même au bord de l'implosion.

Résultante d'une mauvaise direction ? Manifestation de débat contradictoire ? Querelles de positionnement internes exacerbées ? Clashs des ambitions démesurées ? A l'intérieur des principaux partis politiques ivoiriens, les militants et les responsables eux-mêmes s'accordent à répondre par l'affirmative à au moins l'une de ces questions face aux turbulences actuelles. Dans certains partis, on désigne le mal par une réponse positive à l'ensemble des questions (ci-haut) et bien plus. Dans les faits, la situation est différente d'un parti à l'autre. Mais le résultat de ces crise internes, caractérisées par des défections et la transhumance politique est le même. La formation politique se retrouve entachée par une crise de cohésion à cause notamment des déclarations fracassantes donnant souvent dans le dénigrement et les injures.

L'Anci du RDR

En voici quelques exemples. Au Rassemblement des républicains (Rdr) du docteur Alassane Dramane Ouattara, plusieurs défections avaient été enregistrées par le passé. De Ben Soumahoro à Abou Cissé en passant par Tousséa Alphonse, il y a eu beaucoup de mouvements. Et les républicains comme tous les militants des autres partis qui connaissent ces mouvements avaient fini par s'accommoder du ballet de ces cadres qui vont et viennent avec ou sans gloire. On leur avait trouvé toutes sortes des surnoms : «essuie-glaces», «politiciens caméléons», «les renégats» etc. Mais, il y a presqu'un an, le Rdr a expérimenté sa première véritable crise interne. Une dissidence rapidement mise en minorité dans les instances de décision du parti s'est muée en un nouveau courant. Le secrétaire national du parti chargé des relations extérieures, Zémongo Fofana, qui fut ministre de l'Enseignement supérieur pour le compte du parti, a décidé de rompre les amarres avec son leader. Prétextant courant juin 2007, «une crise de confiance» qui s'est installée entre la direction du Rdr et lui, il a lâché au cours d'une conférence de presse : «je pars». Quelques semaines à l'avance, Zémogo et ses camarades, dans un combat en sourdine dénonçait la caporalisation de l'avenir politique du Rdr par «un individu»: Alassane Ouattara, le président en personne.

Un signal fort pour la suite. Pour eux, le parti tourne en rond sans stratégie véritable de conquête du pouvoir. Leurs confidences hors micros alimentaient des éditoriaux enflammés qui ont oeuvré à créer un climat d'instabilité et de suspicion généralisé au sein du parti. La presse parlait de début de «saignée» au parti des républicains. « Je prends du recul pour réfléchir sur la meilleure façon de poursuivre le combat avec tous ceux qui nous ont rejoint pour l'aboutissement des objectifs», s'expliquait Zémogo, avant de créer quelques semaines plus tard son parti (Alliance nouvelle pour la Côte d'Ivoire -Anci). Il sera rejoint par Ali Kéita, Jean Jacques Béchio, Georges Coffi et plusieurs autres militants, anonymes ou peu connus. Aujourd'hui, bien que le parti d'Ado ait tenté de recoller les morceaux par une relance de la stratégie de conquête du pouvoir à travers un congrès, le Rdr n'est pas à l'abri d'une surprise émanant de sa «dissidence».

"Vision Nouvelle" du PDCI-RDA

Le cas du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci) n'est pas très différent de celui du Rdr. Henri Konan Bédié avait lui aussi essuyé plusieurs cas d'indiscipline interne. Avant les élections de 2000, le parti avait assisté à la fuite de plusieurs militants qui ont rejoint le parti au pouvoir. Certains cadres avaient même poussé la défiance jusqu'à se porter candidats aux élections de 2000 contre l'avis de leur président écarté lui-même de la compétition par la Cour suprême. Ses actes de rébellion sont très souvent minimisés par le parti jusqu'à l'éclatement d'une véritable dissidence que l'on a pourtant vue venir.

Surtout avec la création d'un «comité directeur» d'une organisation appelée « Jeunesse du RDA», conduite par un certain Gueye Jean-Pierre avec pour secrétaire général un certain Kouamé Koffi Raymond, membre du grand conseil du Pdci. Quelques mois auparavant, Ouattara Gnonzié, membre du bureau politique du Pdci faisait une déclaration fracassante contre le président et la direction du parti avant de rejoindre le Rpp (Rassemblement pour la paix) de Laurent Dona Fologo dont il devient le secrétaire général. Ces actes isolés aboutiront le 15 février à la mise à jour véritable de la dissidence par la création de "Pdci Vision- Nouvelle". Un nouveau courant présenté par Narcisse Ehoussou, un « proche de Bombet», membre du bureau politique du parti. «PDCI Vision- Nouvelle» va très vite afficher ses intentions qui sont officiellement de «réveiller les militants du parti et d'examiner les problèmes qui ont conduit à la perte du pouvoir d'Etat». Selon ce courant, Bédié refuse d'assumer sa responsabilité dans la perte du pouvoir en cédant la tête du parti à quelqu'un d'autre. D'où le départ «massif» des cadres du parti dont notamment Mel Théodore, Akoto Yao, Auguste Miremont, Alassane Salif N'Diaye etc.

"Racine" du FPI

Aujourd'hui, le Pdci, a lui aussi beaucoup à craindre de sa dissidence qui, selon les dernières informations, est effectivement chapeautée par Emile Constant Bombet. Une déstabilisation donc en perspective.

Au Fpi également, les dissidences, on en connaît. Le schéma est semblable. Quelques cadres ont défié l'autorité du président du parti, Affi N'Guessan et du chef de l'Etat (ex-président du parti). Gaza Gazo, maire de Lakota, abandonnera le parti pour annoncer qu'il se porte candidat à l'élection présidentielle. Des cadres comme Ouraga Obou, Ahoua Don Mello sont soupçonnés de rouler pour l'opposition. Au-delà des Dakoury Tabley, Bamba Soualio, le couple Guéi (Valère), Fatoumata Coulibaly, plusieurs militants quittent le navire Fpi. Aujourd'hui, des cadres défient ouvertement les directives du parti au niveau départemental et communal. Mais la «dissidence» du Fpi se manifestera surtout par la création du «Mouvement Racine» de Serge Agnéro, un cadre qui estime que le parti s'est éloigné de sa base. « Depuis le déclenchement de cette guerre, j'ai eu à parcourir 177 sites pour animer 177 meetings. A chacune de mes sorties, les gens me disaient ceci : Agnéro, vous êtes le seul qui vient vers nous, vos amis nous dépassent avec leurs grosses voitures sans s'occuper de nous», a-t-il dénoncé. Selon lui, le Fpi souffre d'une «déviation idéologique» avec l'ère de «la recherche de la gloire personnelle ». Sa sortie lui vaudra d'être traité «d'indiscipliné» par Affi N'Guessan.

Sa réplique : « C'est au nom de la discipline du parti que j'ai fait 177 meetings à travers le pays en pleine crise, au moment où des responsables du parti dormaient sur leurs lauriers». Il dénonce le népotisme et la course à l'enrichissement. Agnero qui avait reçu le soutien de plusieurs autres cadres du parti, certes peu connus, entend à travers sa déclaration démontrer que le Fpi a abandonné ses objectifs de base.

Les 2 versions de l'UDPCI

Il y a enfin l'Udpci. L'une des plus prononcées et des plus violentes crises de dissidence. Le parti est au bord de l'implosion, miné qu'il est par deux courants, d'abord animés par Albert Mabri Toikeusse et Paul Akoto Yao, puis aujourd'hui par Noutoua Youdé et Danièle Boni Claverie, d'une part et Siki Blon Blaise et Alassane Salif N'Diaye de l'autre. Les cadres du parti son aujourd'hui à couteaux tirés. Certains ont fini par choisir de rejoindre le parti au pouvoir. Bref, une crise où même la justice perd son latin et peine à distinguer la légalité de la rébellion. Mabri Toikeusse qui siège au gouvernement continue à représenter officiellement la formation guéiste surtout au près des partis alliés du Rhdp, mais la dissidence résiste à coups de tournées dans le bastion de l'Ouest.


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