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Zimbabwe: La société civile craint des fraudes et des violences aux élections


Inter Press Service (Johannesburg)
 

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Inter Press Service (Johannesburg)

13 Mars 2008
Publié sur le web le 13 Mars 2008

David Cronin
Bruxelles

Plusieurs représentants de la société civile zimbabwéenne, réunis mardi à Bruxelles, ont appelé l'Union européenne (UE) et l'ONU, à entreprendre des actions énergiques afin de garantir des élections présidentielles et législatives démocratiques au Zimbabwe, prévues à la fin de ce mois.

Lors d'une conférence de presse à Bruxelles, plusieurs représentants de la société civile et des opposants au régime de Robert Mugabe, qui dirige le pays depuis 1980, et à son parti l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), ont fait état de harcèlements et d'intimidations à grande échelle à l'approche du scrutin présidentiel et législatif du 29 mars.

John Stewart, vice-président du Forum des organisations non gouvernementales de défense des droits humains au Zimbabwe, a appelé l'UE à agir en vertu d'un article de l'Accord de Cotonou qui impose le respect de principes universels comme les droits humains et le respect des principes de droit. Cet Accord de Cotonou, signé en 2000 au Bénin, règle les relations entre l'UE et les 79 pays de la zone Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP).

Selon Stewart, le niveau de violences approuvées par l'Etat est tel au Zimbabwe que les responsables militaires européens ne peuvent l'ignorer et que la situation dans le pays mériterait d'être discutée au Conseil de sécurité de l'ONU, car il s'agit d'une question de paix et de sécurité.

Lundi, les chefs de la diplomatie de l'UE ont appelé le président Mugabe à faire en sorte que les élections législatives et présidentielles soient libres et régulières, tout en ajoutant que cela leur paraissait difficile dans le contexte économique et politique actuel. Quant au gouvernement zimbabwéen, il a décidé de ne pas inviter d'observateurs européens lors du scrutin.

Les relations entre l'UE et le Zimbabwe se sont détériorées ces dernières années à cause des violations systématiques des droits de l'Homme par le président Mugabe. En 2002, l'UE a imposé des sanctions au président et à ses proches collaborateurs en gelant leurs avoirs et en leur interdisant de voyager en Europe.

Pour Stewart, si la prise de position des ministres des Affaires étrangères européens était certes nécessaire, "il est cependant futile de réclamer la tenue d'élections régulières, alors que tout indique que ce ne sera pas le cas".

"Les observateurs qui veulent suivre le déroulement du scrutin doivent obtenir une autorisation spéciale du gouvernement. Une seule organisation a été autorisée à suivre le scrutin, mais si d'autres autorisations ne sont pas délivrées, près de 11.000 bureaux de vote seront sans surveillance", a indiqué Wilbert Mandine, un ancien magistrat qui travaille à présent pour la branche zimbabwéenne de l'organisation MISA (Media Institute for Southern Africa).

"Et malgré l'existence d'une loi qui précise que les médias doivent couvrir les élections de manière juste et impartiale, la couverture télévisuelle est largement en faveur du parti au pouvoir", ajoute-t-il.

Les représentants de la société civile estiment que malgré la crise économique, une opposition croissante au sein de la population et des divisions internes dans le parti du président, Mugabe est déterminé à assurer sa réélection, en cherchant à faire taire toute opposition et les médias.

"On nous avait promis le paradis en 1980, mais nous avons aujourd'hui le choix entre une balle dans la tête ou mourir de faim", a déclaré Takavafina Zhou, président du syndicat des enseignants (Progressive Teachers Union of Zimbabwe). Le mois dernier, il a été arrêté et torturé pour avoir participé à une manifestation intitulée "Sauvons notre éducation", organisée à Harare, la capitale.

"Le régime fait usage de tortures systématiques à l'égard des enseignants depuis huit ans", a-t-il expliqué. En conséquence, le nombre d'enseignants a chuté de 150.000 à 70.000. "L'année dernière seulement, nous avions perdu 25.000 enseignants, et 8.000 cette année", a-t-il dit. "Quant à ceux qui restent, ils sont à 100 pour cent mentalement résignés, même s'ils sont encore physiquement présents dans les classes".

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"Ces derniers mois, les manifestations d'étudiants ont été brutalement réprimées par le régime, a ajouté Maureen Kademaunga, membre du 'National Students Union'. "Toutes les universités du pays ont fermé leurs portes et ne rouvriront qu'après le scrutin", a-t-elle ajouté.

Autrefois surnommé le "grenier à grain" de l'Afrique, le Zimbabwe fait face à une crise économique sans précédent, avec un taux de chômage qui touche près de 80 pour cent de la population et une inflation inouïe qui atteint 100.000 pour cent.

Selon Dewa Mavhinga, un défenseur des droits de l'Homme au Zimbabwe, l'aide alimentaire, dont dépendent à présent plus de quatre millions de Zimbabwéens sur une population de 12 millions d'habitants, est utilisée aujourd'hui comme une arme politique. "Dans les zones rurales, le ZANU-PF a pris en charge la distribution de l'aide alimentaire et est accusé de refuser de l'aide à ceux qui ne partagent pas ses vues politiques", a-t-il indiqué.



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