KAMAL MOUNTASSIR
14 Mars 2008
Il est incontestable que le football féminin national a franchi un pas en avant pour se frayer une place dans le paysage sportif national.
Quoi que l'on dise, nos joueuses sont là! Elles ont leur compétition aussi marginalisée soit-elle, elles ont leur public, leurs stars et même quelques pros que le coach national ne daigne convoquer. Mais elles ont également leurs souffrances et leur grogne. Le football féminin est mal géré par des hommes, sous-équipé, sous-médiatisé et sans ressources. Mais devant cette indifférence et improvisation fédérale masculine, les équipes féminines du Royaume ont résisté, bataillé et forcé la main aux fédéraux pour avoir un championnat en bonne et due forme.
Notre foot féminin est essentiellement issu des quartiers démunis et des petites et moyennes villes. La plupart des équipes qui ont animé la compétition depuis plus d'une décennie et dont les joueuses forment l'ossature du onze national proviennent de petites cités telles Berrechid, Khénifra, Aïn Harrouda, Fkih Ben Salah, Sidi Kacem, Safi pour ne citer que ces cas. Ces clubs ont été les pionniers dans cette discipline qui a nécessité beaucoup d'efforts et un véritable militantisme pour voir le bout du tunnel.
Les grands clubs du Royaume n'ont jamais donné grand intérêt à cette catégorie qu'ils jugeaient comme un fardeau improductif. Mais le foot féminin connaîtra un vrai tournant lors de la campagne de la candidature du Maroc pour le Mondial 2006 et également en 2010.
Lors de la visite du président de la FIFA, les fédéraux avaient promis d'organiser ce secteur et lancer un championnat et en contrepartie l'instance internationale verserait une subvention consistante pour aider le foot féminin à s'épanouir. Blatter a tenu ses promesses alors que les fédéraux, une fois la campagne close, ne sont pas allés au-delà de leurs velléités. Mais c'était méconnaître l'engouement et la détermination de nos filles qui ont déclenché une véritable révolte contre la fédé menaçant de créer leur propre championnat. Et la compétition voit le jour dans la douleur, l'improvisation et l'anarchie. Toutefois, c'est un gain de cause pour les clubs féminins qui ont milité jusqu'au bout pour remporter une première manche et aller de l'avant. Lorsqu'on arrive à parler de la mise à niveau du football national, on évite toujours de mentionner une discipline qui commence à prendre de l'ampleur à travers le monde. Le sport en général, et le foot en particulier sont un moyen d'émancipation pour les filles et les jeunes femmes. Cette activité peut leur permettre de lutter contre la discrimination et d'optimiser le rôle qu'elles sont censées jouer dans la société. Le sport leur apprend l'autosuffisance, l'autonomie et le sens de l'initiative.
Le lancement d'un championnat est certes un acquis, mais il ne doit en aucun cas être l'arbre qui cachera la forêt. Nos clubs et associations de foot féminin ont besoin de plus d'encadrement, d'infrastructure, de gestionnaires compétents, de médiatisation et pourquoi pas d'un véritable sponsor à l'instar de leurs homologues. Ne sommes-nous pas dans l'ère de l'égalité ou est-ce des slogans qu'on va débiter chaque 8 Mars pour célébrer la Journée de la femme? Certes on fera la fête du foot féminin ce jour-là avec un grand match au Complexe Med V entre le onze national et l'équipe de France. Cependant, le développement de ce secteur interpelle les responsables à tous les niveaux. A commencer par faire du remue-ménage dans une commission centrale où ne siège aucune femme!
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