La Tribune (Algiers)

Sahara Occidental: Scolarisation des enfants, l'autre visage du drame sahraoui

Chafaa Bouaiche

18 Mars 2008


Les enfants sont tributaires des aides internationales. Dahbet Moulaynine, une charmante institutrice s'adonne à deux tâches. Elle tient à son devoir d'assurer son cours et s'occupe de son bébé

Les «ruelles» du camp des réfugiés sahraouis du «27 février», situé à quelques kilomètres de la ville de Tindouf, sont désertes en cette journée du mois de mars. La chaleur est forte dans ce désert d'une platitude impressionnante. Les routes ne sont pas goudronnées. La piste est exécrable. Les nuages de poussière naissent sous les roues des rares véhicules qui passent. Dans ce camp, pourtant électrifié, lieu de résidence du président de la RASD, Mohamed Abdelaziz, les Sahraouis s'ennuient à mourir. Il n'y a pas un seul arbre.

L'espace est triste et gris. Une tristesse qui témoigne du parcours de vie éprouvant d'un peuple qui attend son indépendance depuis 33 ans. L'attente n'a que trop duré. Dans les camps sahraouis, ce sont les enfants qui souffrent le plus. Dans ce désert, il n'y a aucun espace de loisirs. Les enfants n'ont que l'école comme unique «refuge». Par ailleurs, dans les camps sahraouis, l'école est obligatoire.

Il est 16h. Nous nous sommes rendus à l'unique école du camp. L'établissement, construit en argile, porte le nom du chahid Allel and Allah. Le lieu est très calme. Pourtant, il est fréquenté par 550 élèves. Ils viennent de différents camps «à cause de l'électricité», nous explique-t-on.

Le portail de l'entrée principale est grand ouvert. Pas la trace d'un gardien. Au milieu de la cour ensablée, on ne voit que la hampe du drapeau sahraoui. «Les élèves saluent le drapeau et chantent l'hymne national sahraoui avant de rejoindre les salles», nous explique Aghla Djilha Mohamed Fadel, directrice de l'école. A notre arrivée dans la classe, tous les écoliers se lèvent et nous saluent en choeur: «Buenas tardes, se-or ! ».

La directrice les informe que les visiteurs sont des Algériens. Les élèves nous saluent, alors, en langue arabe. «Les élèves vous ont salués en espagnol, parce qu'ils sont habitués à des visites des Espagnols.» La configuration exigue « des lieux a forcé la direction à créer des sections de 45 élèves. En l'absence de mobilier, les élèves s'assoient par table de trois. Le manque de moyens est flagrant. Les enfants sont tributaires des aides internationales. Dahbet Moulaynine, une charmante institutrice s'adonne à deux tâches. Elle tient à son devoir d'assurer son cours et s'occupe de son bébé.

«Comme vous voyez, je suis obligée de ramener mon bébé à l'école, parce que nous n'avons pas de crèche», nous déclare Dahbet. Avec un niveau de 2e année secondaire, Dahbet a suivi une formation à l'ITE de Béchar. «Le niveau d'instruction n'est pas important. Nous avons un déficit en matière d'enseignants», souligne Dahbet qui travaille 7 heures par jour et durant toute la semaine. «Les élèves n'ont pas les moyens nécessaires pour étudier correctement. Ils sont dépourvus d'articles scolaires les plus basiques. C'est cela qui explique le niveau faible des élèves», affirme l'institutrice sahraouie.

Dans cette école, les élèves sont encadrés par 18 enseignants et un enseignant de langue française. L'effectif est trop faible. «D'ailleurs, en cas d'absence, pour une raison ou une autre, l'enseignant ne trouve pas de remplaçant», déplore la directrice de l'école. Par ailleurs, la distance qui sépare les élèves de l'école, conjuguée à l'absence totale de moyens de transport, constitue un handicap majeur pour les écoliers. Ils parcourent plusieurs kilomètres à pied.

Ces enfants sont motivés par la seule détermination à vaincre l'ignorance en dépit du manque d'articles scolaires, de livres, de blouses, de chaussures, de vêtements, de cartables, de tables, de chaises et d'armoires. Notons, également, l'inexistence de bibliothèque, de moyens de réviser ou de suivre des cours de soutien, d'aires de jeux et de divertissement ; les élèves ne désespèrent pas. Ce n'est pas le cas de nombreux élèves qui quittent l'école en cours de route. Ils sont dans l'incapacité de résister à cette situation de misère. Il n'y a même pas de cantine.

Les enseignants sont livrés à eux-mêmes. Ils travaillent dur pour un salaire mensuel de 3 000 dinars. «Nous percevons 10 000 DA chaque trimestre», nous confie un enseignant. «Notre salaire est symbolique, notre pays n'est pas indépendant», rétorque son collègue.

Pour un membre du Front Polisario, la question des salaires est secondaire. Enseigner relevait d'un acte de volontariat. Tout le monde prêtait service. Depuis le cessez-le-feu et les années d'attente, le service est devenu payant. Le dirigeant sahraoui reconnaît que la RASD n'a pas les moyens de donner des salaires significatifs.

Le programme scolaire est identique au programme algérien à la différence près que les Sahraouis étudient l'espagnol comme deuxième langue. Une seule classe étudie la langue française. Le programme est financé par une fondation parisienne. «Ce sont les parents qui décident si leurs enfants suivront des cours de français», précise un enseignant.

Le 13 janvier 2008, le ministre de l'Education nationale sahraoui a adressé une note à tous les responsables des écoles. Il y est écrit : «Dans le cadre du travail pour l'amélioration du niveau de l'enseignement en application des décisions du 12e congrès du Front Polisario, après une visite du ministre de l'Education dans les établissements scolaires en compagnie de plusieurs directeurs centraux, le chant de l'hymne national avant l'entrée des classes est obligatoire.» Le ministre a demandé aux enseignants de réserver 5 minutes tous les matins à l'évocation des événements historiques, tels le 28 janvier, le 27 février, le 8 mars, le 1er mai, et les fêtes religieuses

Absence de soutien international

Bachir Mustapha Seyed est chargé de l'organisation interne du Front Polisario. Très ouvert, homme de dialogue, très instruit et homme d'une grande culture, Bachir Seyed est le diplomate qui a rencontré le roi Hassan II en 1989. Il a mené les négociations qui ont abouti au cessez-le-feu de 1991.

Plus tard, il a occupé le poste de ministre de l'Education nationale de la RASD. C'est en cette qualité qu'il a abordé avec nous le problème de la scolarisation des enfants sahraouis. L'ancien ministre évoque le problème d'infrastructures, l'éclairage, la ventilation et la qualité de la construction des écoles qui préoccupe les dirigeants sahraouis. Elles sont construites en argile, toit en zinc ou en bois ; elles sont provisoires et ne sont pas solides.

Dans les camps de réfugiés sahraouis, l'enseignement est gratuit et obligatoire dans le cycle primaire. Les Sahraouis poursuivent les études dans les lycées et les universités en Algérie, à Cuba, en Libye et en Espagne.

A l'arrivée des socialistes au pouvoir en Espagne, nous explique l'ancien ministre, le gouvernement octroyait un nombre très important de bourses aux étudiants sahraouis. Actuellement, le nombre de bourses a considérablement diminué. Ce sont plutôt les familles, les groupes d'amitié et des associations qui invitent et abritent pour scolarisation les Sahraouis. De très nombreux enfants poursuivent des cours en Andalousie, en Catalogne, au Pays basque et dans les îles Canaries.

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