Avec un programme qui oeuvre à la sécurité alimentaire des populations par la promotion de la place du riz local dans le système national, le PINORD, implanté au coeur de la communauté rurale de Ross Béthio, s'est assigné comme principale mission de relever le défi de la souveraineté alimentaire.
« Après plusieurs années d'intense travail, nous avons rencontré le président de la République avec qui nous avons discuté en lui soumettant notre mémorandum et sur la base duquel, il a voulu initier ce programme d'autosuffisance en riz avec des objectifs très ambitieux », a indiqué Djibril Diao, président du comité de pilotage du PINORD.
Ce programme qui est accompagné sur le plan financier par l'ONG Britannique OXFAM GB et qui a pour but de renforcer la production du riz, regroupe 6 organisations de producteurs que sont l'Amicale socio-économique sportive et culturelle des agriculteurs du Walo (ASESCAW), la Fédération des périmètres autogérés (FPA), l'Association pour le développement de Namarel et villages environnants (ADENA), la Fédération des associations du Fouta pour le développement (FAFD), la Fédération du Lao (FDL) et aussi l'Union des jeunes agriculteurs de Koyli Wirndé (UJAK). Son rayon d'action prend en compte particulièrement la Basse et la Moyenne vallée. Aujourd'hui, ce rayon d'action est entrain de gagner la Haute Vallée qu'est Bakel où un atelier d'échange et d'information sur la filière riz a été récemment organisé.
Trois orientations pour produire plus de riz et vendre moins cher
En terme d'axe stratégique d'intervention, le PINORD privilégie trois orientations stratégiques que sont l'amélioration de l'accès du riz local aux marchés, le renforcement des capacités des organisations de producteurs, pour une prise en charge effective des problèmes de la filière riz et aussi le développement de l'entrepreneuriat féminin au sein de la filière riz.
Le Pinord travaille sur un programme qui en est à son plan triennal. La première année d'exécution a été bouclée le 30 septembre dernier et la seconde a démarré depuis le 1er octobre. « Nous venons de boucler notre programme de première année et nous avons récemment organisé un atelier portant sur la question du riz. Cet atelier nous a permis de faire le tour de toutes les questions stratégiques qui tournent autour de la filière et en essayant de nous analyser, faire des propositions qui feront notre plan d'action pour le futur », a-t-il souligné, ajoutant que « ce plan d'action va être partagé avec les autorités de la République, les autres acteurs et les différents partenaires au développement pour qu'il y ait une intervention bien harmonisée, calculée, appropriée au niveau de la filière et particulièrement au niveau de l'approvisionnement, de la production et aussi de la commercialisation. »
Le programme qui est une émanation des organisations paysannes s'est engagé dans deux grands défis. D'abord, la possibilité de rendre le riz disponible en quantité et en qualité. Pour y parvenir, la structure a mis le focus sur l'accompagnement des micro-entreprises qui font de la production, de la transformation et de la commercialisation en mettant à leur disposition des fonds qui leur permettent de réaménager leurs terres, d'acheter des intrants et aussi de pouvoir transformer et commercialiser le produit.
Le second défi est une production de qualité, c'est-à-dire la possibilité de pouvoir mettre sur le marché un riz de qualité supérieure ou égale à celui qui en ce moment est vendu sur le marché et en provenance de l'Asie du Sud Est. « Pour produire un riz de qualité, il faut un itinéraire technique qui permette de réaliser un riz de qualité et qui va depuis les semences certifiées jusqu'à la mise en sac et la commercialisation. Dans ce processus, il y a la transformation et cette transformation est faite grâce aux rizeries qui sont présentes au niveau des zones de production.
C'est pourquoi, il y a dix jours, nous avons parcouru l'ensemble des rizeries de la zone pour voir celles qui étaient aux normes pour pouvoir transformer le riz paddy en riz blanc de qualité, dépouillé de toute saleté et qui accroche le consommateur sénégalais », a souligné Ibrahima Ly, le coordonnateur du programme, avant d'ajouter que « parmi ces rizeries, quelques unes étaient aux normes techniques, capables de suivre un processus qui permette la transformation du riz de qualité. »
Un élargissement des financements aux privées
Ces dernières années, le riz de la Vallée se porte bien et pour cette saison, un rendement de 8 à 10 tonnes à l'hectare est escompté. Mais la production du riz dans la Vallée ne concerne pas seulement les paysans et producteurs membres du Pinord. Il y a également des privés qui ne sont affiliés à aucune autre organisation et qui font du riz. Le Programme envisage ainsi de prendre en compte ces agriculteurs qui sont engagés dans la même dynamique de production du riz de qualité pour que la bataille de la sécurité alimentaire se fasse avec l'ensemble des organisateurs de producteurs. Mais, pour gagner le pari de l'autosuffisance en riz, la voie de salut pour le programme, avec ses moyens limités, reste de diversifier les partenaires pour toucher le plus grand nombre de producteurs possible au niveau de la Vallée.
Meuniers et riziers à l'école de la transformation du riz et l'utilisation des équipements
Le Programme compte mettre le focus sur la production d'un riz de qualité via les micro-entreprises rurales, car il n'y a pas d'autres solutions pour améliorer la quantité et la qualité du riz. « Il faut impérativement passer par ceux qui produisent. Nous avons décidé de mettre l'accent sur les gens qui produisent, transforment et commercialisent et aussi sur un programme de renforcement de capacité pour les aider à vaincre les difficultés qui relèvent de l'ordre de la gestion, de l'organisation et du management », a indiqué le coordonnateur.
C'est ainsi que dans son un volet de renforcement de capacités, une session de formation a été organisée pour les meuniers et gestionnaires des rizeries qui font partie du maillon important dans le processus de production de riz de qualité, pour améliorer leur capacité et leur compétence dans le processus d'usinage qui permet d'avoir un riz de qualité. Une formation qui a porté globalement sur l'usinage du riz, en mettant l'accent sur les principes, les normes, les méthodes et leurs articulations.
La phase théorique était axée sur la conduite générale de l'usinage et corollaires et aussi sur le mode de gestion type d'une rizerie, tandis que la phase pratique s'est basée sur le déroulement normal d'une séquence d'usinage, avec insistance à tous les stades du processus, jusqu'au produit fini.
Une multitude de contraintes qui freinent le développement de la filière
Malgré le potentiel énorme dont dispose le pays, avec plus de 200.000 hectares aménageables, la main d'oeuvre, les personnes ressources et le soleil disponible toute l'année et aussi le facteur hydrique, la filière riz est confrontée à plusieurs contraintes liées d'abord à l'absence de concertation entre les différents acteurs qui interviennent au niveau de la filière et au péril aviaire, car les oiseaux empêchent les paysans de dormir. Au niveau du financement de la commercialisation, les banques se montrent toujours frileuses. A cela s'ajoutent le vieillissement des aménagements, la cherté de l'aménagement et des biens d'équipement et l'indisponibilité des intrants car l'engrais subventionné est arrivé à un moment où les paysans n'en avaient plus besoin.
Il y a aussi des aspects qui relèvent du plaidoyer pour une meilleure prise en compte de la filière par l'Etat. Pour Ibrahima Ly, « ce plaidoyer ne peut pas être géré seulement par le programme. Il faut donc que tous les paysans et producteurs de riz au Sénégal se sentent concerné par la problématique de la filière. S'il y a une importante quantité de production de riz, on pourra demander à l'Etat d'arrêter l'importation, le temps que la production locale soit écoulée. »
Avec l'appui des autorités et des différents acteurs, le Pinord compte travailler pour lever ces contraintes et permettre aux Sénégalais de produire le riz qu'ils consomment.

Comments Post a comment