Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Ces obstacles qui plombent le livre en Afrique

Il est source de savoir, mais sa diffusion fait face à des écueils. Parmi lesquels le pouvoir d'achat, l'analphabétisme, soutiennent certains éditeurs et diffuseurs africains présents au Salon du livre de Paris. Mais aussi il y a la censure insidieuse qui sévit dans certains pays.

Pour une meilleure diffusion du livre en Afrique, il va falloir surmonter certains obstacles. C'est l'avis de Présence africaine et d'Edilac, deux structures de production et de diffusion de livres en Afrique et présentes au Salon du livre de Paris. Pour la chargée de communication de Présence africaine, Marie Kattié, le pouvoir d'achat des populations africaines jouent beaucoup dans la diffusion du livre. Même avec une réduction de 50 % que sa structure d'édition accorde à ses clients, notamment les librairies, il est difficile pour le lecteur ou le potentiel lecteur de réunir la somme nécessaire pour acheter un ouvrage.

La chargée de communication de Présence africaine met aussi le doigt sur les préférences des jeunes africains. Pour elle, la plupart des jeunes préfèrent s'abonner au Cd, Dvd, Iphone, Mp3 ou Mp4 que d'acheter un livre. Elle estime également que la télévision joue un rôle dans la préférence des jeunes qui optent pour le petit écran. En plus de leur faible pouvoir d'achat. C'est pourquoi elle invite les gouvernants 'à réfléchir sur la structure des prix du livre en Afrique afin de faciliter son accès'.

Même son de cloche chez Edilac (Editions, diffusion de livres africains et carabéens). Mais, selon Edilac, les bibliothèques de quartiers pourraient être une alternative de la carence financière des populations. Elles pourraient y emprunter des ouvrages à lire et les rendre après un bout de temps.

L'autre obstacle qui obstrue la diffusion du livre, c'est la langue. Les ouvrages ne sont pas écrits dans les langues locales, mais plutôt en langues étrangères, notamment en français ou en anglais. Si l'on jette un coup d'oeil sur le taux de scolarisation, on constate qu'il est relativement faible, même si Présence Africaine et Edilac considèrent qu'il y a de moins en moins d'analphabètes africains. En d'autres termes, la scolarisation progresse dans beaucoup de pays, élargissant ainsi le nombre de lecteurs potentiels.

Et la politique dans tout cela ? Hésitation de réponse des interlocuteurs, même s'ils reconnaissent que la diffusion du livre peut se heurter aux politiques restrictives des gouvernants. Mais pour eux, là n'est pas l'essentiel. Il est ailleurs. Marie Kattié estime que l'important, c'est la diffusion des idées. Et de prime abord, il ne s'agit pas de savoir si tel ouvrage ou tel autre est contre un régime, mais plutôt mesurer son apport dans la culture de l'humanité. Certes, derrière la production et la diffusion se cachent des exigences de rentabilité financière, puisque les éditeurs et diffuseurs ne sont pas des philanthropes, mais pour eux, cela ne vient qu'en seconde analyse.

Du côté d'Edilac, on estime qu'on ne peut arrêter une idée par des mesures politiques. Faisant sien cet adage, la structure d'édition martèle qu'on peut tuer un homme, mais pas son idée. Cette question politique rappelle les mesures prises en sourdine pour empêcher la diffusion des livres critiques sur le régime du président Wade. Si certains éditeurs ont eu le courage de les éditer, les diffuseurs, donc certains libraires, n'ont pas eu le même courage pour les distribuer, craignant que la foudre politique ne tombe sur eux. Pour contourner cette question politique qui censure des livres, les éditeurs font de plus en plus appel à Internet. Ce qui ne constitue pas une solution absolue au problème, mais plutôt une panacée.

En tous les cas, quel est l'état du livre en Afrique ? Difficile est la réponse. Même les éditeurs africains qui exposent au Salon du Livre de Paris hésitent à répondre. Mais Marie Kattié s'y aventure pour constater que le livre ne se porte pas bien sur le continent. A cause de toutes les raisons avancées en peu plus haut. Et d'autres encore. Avant de lancer, pour nuancer : 'Il avance lentement, mais sûrement.' A Edilac, l'on pense qu'il y a une forte demande, mais qu'elle n'est pas satisfaite. Sans d'autres précisions. Les deux éditeurs que nous avons rencontrés au Salon du livre soulignent cependant, que les auteurs africains produisent des oeuvres de 'haute facture'.

Que font-ils pour entraîner les populations à lire ? A entendre nos interlocuteurs, il n'y a pas de stratégies particulières. A part les Salons du livre organisés en Afrique. Par exemple, Présence africaine est toujours présente au Salon du livre de Dakar, de Bamako comme elle est présente à celui de Paris. Pour 'sa visibilité' même si l'on sait que la maison d'édition de feu Alioune Diop, reprise par son épouse, n'est pas anonyme dans le milieu. D'ailleurs, personne n'a compris son absence pendant dix ans du Salon du livre de Paris. Et l'année dernière, quand elle a repris son stand à la Porte de Versailles, 'les gens nous disaient qu'ils pensaient que nous n'existions plus', souligne Marie Kattié.

Une autre question qui peut être intéressante est relative à la nature des commandes. Chez Présence africaine, les grosses commandes concernent les ouvrages scolaires. Donc, ce sont les Etats à travers les librairies installées dans leurs pays qui commandent le plus souvent. Et le Sénégal, le Mali, la Côte d'Ivoire, en gros les pays francophones, sont les gros clients de Présence Africaine. Contrairement à Edilac où s'approvisionnent les particuliers.


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