Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Mesures contre la vie chère - "Un prix suggéré n'oblige personne"

19 Mars 2008


communiqué de presse

La flambée des prix est la conséquence de l'insuffisance des actions de défense des consommateurs". C'est la principale leçon que tire l'Organisation des consommateurs du Burkina, dans la déclaration ci-après.

Dans l'objectif de contribuer à la réflexion et en attendant de voir les effets des prix suggérés des produits de grande consommation que le gouvernement a proposés, l'Organisation des consommateurs du Burkina (OCB) pense que la prise des mesures suivantes pourrait contribuer à améliorer le climat de la concurrence au profit des consommateurs au Burkina Faso :

- La création d'une structure de veille sur les produits de grande consommation.

- La mise en place d'un mécanisme de réajustement des salaires en fonction du renchérissement des prix des produits de grande consommation. La détermination et le suivi du panier de la ménagère constituent un instrument indispensable dans la politique de réajustement.

- L'instauration d'un système de péréquation pour les produits de grande consommation par la création d'une caisse de péréquation(CP).

- La prise en compte du prix des hydrocarbures dans les nouvelles mesures du gouvernement au profit de consommateurs. En effet, le carburant est le seul facteur dont l'augmentation de prix a des répercussions sur tous les prix des autres produits et services.

- Le rallongement de la liste des produits de grande consommation et dont les prix doivent être revus à la baisse : carburant, ciment, tôles, fers à béton, etc.;

- L'institution des journées continues et le renforcement du parc automobile de transport en commun. A cet effet, iI serait souhaitable d'ouvrir le secteur du transport en commun dans nos villes aux sociétés privées. L'exemple nous vient du Mali où le secteur privé possède des sociétés de transport en commun qui desservent les rues de Bamako avec des minibus adaptés aux dimensions des rues.

- Le renforcement de la bonne gouvernance et la réduction du train de vie de l'Etat afin de maintenir les budgets à des niveaux permettant une exécution moins contraignante pour tous les acteurs (opérateurs économiques, Etat, consommateurs).

- L'instauration et le renforcement du contrôle des prix, des poids et des mesures ainsi que du contrôle permanent et rigoureux de la qualité des produits alimentaires et non alimentaires à l'importation comme sur le marché local.

- La promotion de la consommation des produits locaux compétitifs par le prix et la qualité, en particulier celle du riz dont la culture pourrait se développer dans les plaines déjà aménagées (Sourou, Bagré, Kompienga, Banzon, Nionfila, Douna, Vallée du Kou, etc.).

- La suppression pure et simple de toute forme de monopole d'importation (du riz, du tabac, du sucre, du lait, de l'huile , du beurre, etc.).

- La suppression du monopole d'importation des hydrocarbures par la SONABHY et la libéralisation des importations des hydrocarbures.

- La suppression des abus de position dominante de certaines entreprises.

- La lutte contre les ententes ayant pour effet de restreindre la concurrence.

- La lutte contre les cloisonnements de marchés.

- La lutte contre les pratiques de fraudes et de corruption sous toutes leurs formes.

L'OCB sans subvention

Par ailleurs, l'Organisation des consommateurs du Burkina (OCB) tient à porter à la connaissance du public qu'elle n'a pas été associée à la rencontre d'information que le gouvernement a organisée à l'endroit de la société civile en rapport avec la situation née de la cherté de la vie au Burkina suite aux manifestations contre la vie chère dont le top de départ a été donné à Bobo Dioulasso , à Ouahigouya, à Banfora les 20 et 21 février 2008, et à Ouagadougou le 28 février.

La situation actuelle de flambée des prix montre clairement que les consommateurs sont très peu protégés contre les pratiques déloyales et arbitraires du marché faute d'une politique adéquate de soutien à leurs associations. Au lieu de chercher à diversifier et à renforcer les appuis en direction des associations de consommateurs, et relever le niveau de protection des consommateurs, les autorités ont toujours préféré créer une situation de «monopole» en ne soutenant qu'une seule association au détriment des autres. Comment comprendre que c'est depuis 1997, soit depuis onze (11) ans de cela, que le gouvernement a pris le seul décret (Décret n°97 -115/PRES/PM/MATS du 17 mars 1997) reconnaissant d'utilité publique une seule association de consommateurs dans notre pays conformément à la Loi n° 10/92/ADP du 15 décembre 1992 portant liberté d'association ?

Face aux plaintes, on entend des réponses cyniques faisant allusion à l'insuffisance de la dotation budgétaire même pour une seule association. Pour certains, agréer d'autres associations limiterait les activités de l'association subventionnée, et de conseiller d'aller vers une fusion avec l'association subventionnée. Si la fusion est une bonne chose et était la solution indiquée, pourquoi ne l'applique-t-on pas aux partis politiques et aux organes de presse ?

Paradoxalement, à l'égard des acteurs tels que les partis politiques et les organes de presse, ce genre de traitement n'est pas appliqué. Le financement des partis politiques et des organes de presse ne requiert pas une procédure complexe et n'exige aucune étiquette préalable de reconnaissance d'utilité publique. Si les premiers sont financés systématiquement pendant les campagnes électorales, les seconds le sont chaque année selon des critères très simples. Même s'il est vrai que les partis politiques et les organes de presse ne sont pas des associations et, par conséquent, ne sont pas régis par la même loi, mais tout ne dépend-t-il pas de l'importance que le politique accorde à l'action des associations de consommateurs ? Le financement des partis politiques vise leur renforcement en vue d'une meilleure participation au processus démocratique en cours, et, quant aux organes de presse , leur financement obéit à la philosophie de leur donner davantage de moyens de fonctionnement pour préserver leur indépendance dans la promotion de la démocratie par le droit de critique et de l'information. Tout laisse voir que les autorités sont plus attentionnées pour les questions de gouvernance politique que pour celles de la gouvernance économique. Mais n'est-ce pas dans le système démocratique que le droit du consommateur doit être le plus reconnu et défendu ? Avec plus de 13 millions de consommateurs potentiels que compte le pays, il est tout à fait incompréhensible que l'Etat accorde très peu d'importance à leurs intérêts en confiant leur protection rien qu'à une seule association de consommateurs et en bloquant le bénéfice de la subvention aux autres.

Pourquoi, pendant que le Burkina opte pour le libéralisme économique et la suppression des monopoles quelque part, on continue d'inciter au renforcement d'une structure unique de défense de consommateurs au lieu du modèle fédératif ?

Curieusement, n'est-ce pas en régime démocratique, que le pluralisme démocratique doit être sous-tendu par le pluralisme d'actions et d'opinions ? Dans bien des pays, la lutte pour la défense des intérêts des consommateurs se spécialise davantage par secteur d'activité économique. Ainsi, il existe des associations de consommateurs dans le domaine de l'eau, de l'électricité, du bâtiment et des travaux publics, du commerce général, de l'agriculture, des prestations de service, etc. S'il est vrai qu'en économie libérale, le rôle de l'Etat se limite à veiller à ce que les règles établies soient respectées, que la loi de l'offre et de la demande détermine les prix et que l'économie se régule par le jeu de la concurrence, il faut accepter que d'autres acteurs, en particulier les associations de consommateurs, doivent avoir un rôle capital à jouer dans cette régulation afin de combler le vide provoqué par l'absence de l'Etat. Dans ces conditions, les pouvoirs publics se dessaisissent de leurs obligations pour les voir assumer par les associations de consommateurs qui sont en droit de bénéficier de son soutien.

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