Le Pays (Ouagadougou)

Burkina Faso: Mesures contre la vie chère - "Un prix suggéré n'oblige personne"

19 Mars 2008


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L'OCB avait averti...

En effet, même la plus petite enquête sur un marché nécessite des frais importants, de surcroît inférieurs aux frais d'enquête d'envergure nationale, et que dire des enquêtes sur le contrôle de la qualité des produits.

Aujourd'hui nous semblons être surpris de la réaction des uns et des autres à propos de la flambée des prix, mais l'on pouvait s'y attendre.

Il n'est pas superflu de parapher cette pensée d'un psychanalyste qui dit : « Quand la menace sévit sur l'individu et atteint son paroxysme, il en est de même pour son agressivité.» Les consommateurs ont donné l'alerte sur la cherté de la vie depuis fort longtemps, et les syndicats ont emboîté le pas.

En son temps, I'OCB avait attiré l'attention des pouvoirs publics sur l'érosion du pouvoir d'achat des consommateurs à travers les augmentations successives du prix du carburant qui avaient commencé pratiquement depuis les années 2001. Notre association avait fait des propositions concrètes aux autorités, allant de la libéralisation des importations des hydrocarbures, à l'examen de la structure des prix par la suppression ou la réduction de certains éléments tels la TVA, les marges des acteurs ; nous avons proposé la diversification des sources d'approvisionnement en hydrocarbures, et même nous sommes allés jusqu'à proposer que les Etats membres de la CEDEAO se concertent pour créer une centrale nucléaire

régionale. Les autorités avaient été informées que le Mali est plus enclavé que le Burkina mais parvient à vendre son essence moins cher sur le marché.

Les consommateurs ont remarqué qu'à chacune des augmentations de prix du carburant, presque tous les prix des produits subissaient des flambées de prix sur les marchés. Aujourd'hui, outre le carburant, le virus de la flambée des prix a contaminé presque tous les produits : condiments, céréales, huile, savon, lait en poudre, lait concentré, ciment, viande, pain, beurre , condiments, fers à béton, tôle, etc.

Le gouvernement, par arrêté n°2008-046/MEF/SG-DGD/DGI du 3 mars 2008 portant suspension de la perception du droit de douane sur des produits de grande consommation, a arrêté les taxes cumulées de 2,5% pour le riz importé, à l'exception du riz parfumé, le sel, le lait, et 20,95 % pour les préparations à base de lait, etc

Les prix «suggérés» tels que communiqués par le gouvernement le 9 mars 2008 consacrent, certes, une baisse théorique des prix rendue possible grâce à la perception partielle des droits de douane(DDD) et de la TVA sur certains produits. Mais ces mesures seront-elles suffisantes pour garantir les règles du marché et les consommateurs? Déjà, certains commerçants se rebellent contre la mesure du gouvernement en refusant de vendre au prix suggéré par le communiqué. Un prix suggéré n'oblige personne, par contre un prix plafond fixé par arrêté ministériel détermine légalement des limites.

Des décisions précipitées

Pour l'OCB, iI ne s'agit pas de renoncer temporairement à des droits de douane ou à la TVA. Il s'agit de trouver des solutions durables contre la flambée des prix et l'érosion du pouvoir d'achat dont sont victimes les consommateurs. Les différentes qualités de riz que nous consommons ne proviennent pas seulement d'Inde, de Chine et du Vietnam, ils sont aussi importés d'ailleurs (Pakistan, Japon, etc.), et quels seront les prix des produits similaires dont l'origine n'est pas la même que celle indiquée dans le communiqué ? Quelle est la structure des prix des produits importés?

Autrement dit, quels sont les différents éléments qui composent le prix des produits de grande consommation?

De ces décisions prises précipitamment, l'OCB craint que des produits disparaissent du marché, créant des pénuries préjudiciables aux consommateurs.

Par ailleurs, les consommateurs constatent que beaucoup d'autres produits massivement consommés ne sont pas concernés par la baisse des prix. Il s'agit du carburant, du lait concentré sucré Bonnet rouge, Bonnet bleu 1 kg la boîte, du lait concentré sucré Nestlé de 1 kg la boîte, du ciment, des tôles, le fer à béton, le petit mil, le sorgho, le maïs, le niébé, etc.

Que dire du prix du ciment dont le sac est passé de 4 250 FCFA à 5 500 FCFA pour le CPJ 45 ? Le ciment du Togo étant intouchable. Avant la dévaluation, ce sac de ciment était à 2 000 FCFA, aujourd'hui, ce prix tend vers le triple. Les tôles, quant à elles, subissent une augmentation de prix avec pour prime une diminution de son épaisseur et de sa résistance, de sa qualité au détriment de la sécurité des consommateurs. Le fer à béton est fabriqué et vendu à des diamètres non conformes.

Pendant que tous les acteurs s'efforcent à trouver des solutions à la flambée des prix, certains esprits malveillants trouvent le moyen de continuer à augmenter les prix: le beurre St Avé consommé par la majorité des Burkinabè a enregistré une augmentation de prix pendant la crise, et de 250 F CFA la plaquette , le prix de la plaquette est passé à 375 F CFA, soit 125 F CFA d'augmentation. Ils sont nombreux les Burkinabè qui prennent leur petit déjeuner avec du café au lait et du pain enrobé de beurre St Avé. La boule de savon d'importation de Côte d'Ivoire Fanico (Marseille soap) vendue il y a deux mois de cela à 300 F CFA est vendue actuellement à 500 F CFA.

En ce qui concerne l'augmentation du prix de l'huile de coton, nous disons qu'il était temps que le gouvernement intervienne dans ce secteur, car le prix de la graine de coton avait atteint un niveau incompréhensible: si le prix de la tonne de graine de coton était entre 20 000 et 30 000 F CFA en 2006-2007, il est passé à 80 000 F CFA en HT et à 90 000 CFA en TTC la tonne en 2007/2008, soit une augmentation de 200%. Par ailleurs, sur cette filière l'Etat percevait une double TVA (une taxe TVA sur la vente des graines de coton et une autre TVA sur les ventes de l'huile de coton). Il n'est donc pas étonnant que le prix du litre d'huile de coton subisse une augmentation. Le prix de la tonne de tourteaux de coton vendue l'an passé entre 40 000 et 60 000 F CFA est passé à 110 000 FCFA à l'heure actuelle, soit une augmentation de 175 %, et on risque d'assister à la vente de la tonne de tourteaux de coton à un prix avoisinant 150 000 FCFA d'ici le mois de mai/juin 2008 . Quel est l'éleveur qui pourra se le procurer et quelle sera la conséquence de cette situation sur nos ressources animales ?Et pourtant ni l'augmentation du prix des semences ni celle des intrants ne justifie l'augmentation du prix de la graine de coton.

Une véritable spoliation des consommateurs

En son temps, les syndicalistes ont donné le ton à la lutte contre la vie chère et ont proposé dans leur cahier de doléances adressé au gouvernement la revendication relative à l'augmentation des salaires de 25% afin que les consommateurs salariés puissent supporter la flambée des prix. Leur réaction traduit les plaintes et les souhaits de tous les consommateurs, car, si on ne peut pas intervenir sur les prix à cause de la libéralisation de l'économie, qu'il soit permis le réajustement des salaires pour tenir compte des flambées de prix. Dans le cas contraire, l'une des principales règles des économies libérales qui veut que l'offre suive la demande sera rompue. La gouvernance économique a plus besoin d'être ajustée ou révisée pour répondre aux attentes de la population et aux objectifs de développement. Autrement notre politique économique aurait échoué.

Le Président

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