Ghada Hamrouche
23 Mars 2008
Plus de deux mille personnes, venues de plusieurs pays européens, ont formé hier une chaîne humaine, la première du genre, face à un tronçon du mur de séparation érigé par le Maroc au Sahara occidental, pour demander le démantèlement de ce «symbole de la colonisation». Initialement intitulée la «colonne des 1 000» par ses organisateurs espagnols, cette initiative de solidarité avec le peuple sahraoui dans sa lutte pour l'autodétermination a dépassé son objectif en termes de participation.
Les manifestants n'ont pu s'en approcher en raison des mines antipersonnel que l'armée marocaine a enfouies par milliers le long de cet ouvrage militaire qui coupe le Sahara occidental et son peuple en deux sur plus de 2 700 km. Membres d'associations de la société civile, ils ont dénoncé sur des banderoles ce «symbole de la colonisation marocaine du Sahara occidental», qu'ils ont comparé au mur de séparation israélien en Cisjordanie. Ils ont également fustigé le rejet par le gouvernement marocain des mesures de confiance, notamment le déminage des terrains infestés, proposées par l'ONU lors du quatrième round des négociations de Manhasset, aux Etats-Unis, avec le Front Polisario, qui s'est achevé le 18 mars. Le nombre des victimes des mines dépasse mille morts et des milliers de blessés depuis le début du conflit du Sahara occidental, le 31 octobre 1975, estime le Front Polisario.
L'une des tâches de la Mission de l'ONU pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso), qui a un site d'observation à Mahbes, est le marquage des mines et des munitions non explosées, qui ont fait trois blessés dans ses rangs dans les années 1990. Les Casques bleus onusiens, déployés au Sahara occidental depuis 1991, estiment à 100 000 km2 la superficie des terrains infectés par les mines, soit près de la moitié du territoire de la dernière colonie en Afrique.
Le Front Polisario a adhéré en 2006 à l'appel de Genève qui est le pendant, pour les parties non étatiques, de la Convention d'Ottawa, laquelle interdit le commerce et l'utilisation des mines antipersonnel.
Il a également détruit des quantités importantes de mines que ses combattants ont récupérées sur le champ de bataille, alors que le Maroc a toujours refusé de signer la Convention d'Ottawa. Des Espagnols donc, mais aussi des Italiens, des Français, des Suisses et des Belges se sont alignés, main dans la main, sur plus d'un kilomètre, à Mahbes, dans le nord du Sahara occidental, à quelque 5 km du mur marocain, qui était visible à l'horizon ouest.
Les manifestants européens ont également plaidé pour un «Sahara libre», appelant à l'organisation dans les plus brefs délais du référendum d'autodétermination promis par l'ONU depuis plus de quinze ans. Ils ont, en outre, dénoncé la «violation par le gouvernement marocain des droits de l'Homme dans les territoires sahraouis occupés, devenus une prison à ciel ouvert». Le mur de séparation marocain au Sahara occidental, que les Sahraouis qualifient de «crime de la honte», a été érigé en six étapes depuis le début des années 1980, pour tenter de stopper les attaques de l'Armée de libération populaire sahraouie (ALPS), bras armé du Front Polisario.
Quelque 160 000 soldats sont déployés le long de ce mur où sont installées 240 batteries d'artillerie lourde derrière plus 20 000 km de barbelés et quelque 6 millions de mines antipersonnel, selon les estimations de l'ALPS.
Plusieurs manifestations ont eu lieu depuis 2004 devant des tronçons du mur marocain, mais la «colonne des 1 000», initiative d'étudiants de l'université Complutense de Madrid, en est la plus importante.
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