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Ethiopie: La levée des taxes sur les céréales pourrait soulager les populations urbaines pauvres

24 Mars 2008


Addis-Abeba — Il est peu probable que la décision du gouvernement éthiopien de lever une partie des taxes imposées sur les céréales ait des répercussions immédiates sur la hausse du prix des denrées alimentaires dans les régions rurales, où la plupart des consommateurs sont eux-mêmes producteurs, selon un économiste.

Elle pourrait, en revanche, en l'espace de quelques mois, alléger le fardeau qui pèse sur les populations urbaines pauvres, si le gouvernement s'assure bel et bien de sa mise en application.

« Etant donné que 85 pour cent des Ethiopiens vivent en milieu rural, la réduction de la taxe sur la valeur ajoutée et de la taxe sur le chiffre d'affaires n'aura pas de répercussion sur leur vie », a estimé l'économiste éthiopien, qui n'a pas souhaité être nommé.

« Cette réduction aidera sans doute les populations pauvres des villes ; [mais] le changement ne sera pas si important », a-t-il déclaré à IRIN, depuis Addis-Abeba, la capitale. « Il faudra compter au moins six mois pour voir quelques changements sur le marché des céréales - si tant est que la réglementation soit strictement appliquée et contrôlée. Mais le gouvernement n'a pas les moyens de le faire ».

« S'il est vrai que notre développement économique actuel est encourageant, l'inflation croissante a donné lieu à une situation difficile pour les citadins à faibles revenus », a déclaré Meles Zenawi, Premier ministre, devant l'Assemblée, le 18 mars.

Le gouvernement, a-t-il ajouté, a pris des mesures provisoires, prévoyant notamment l'octroi de subventions directes et indirectes, et a dépensé 372 millions de birrs [38 millions de dollars] ces dernières années pour subventionner le blé, ainsi que 3,52 milliards de birrs [366 millions de dollars] pour subventionner le carburant.

« Les subventions directes comprennent les frais engagés par le gouvernement pour stabiliser le prix des carburants et fournir du blé aux populations à faibles revenus », a indiqué M. Meles.

Depuis mars 2007, en effet, une ration de blé subventionnée de 25 kg est distribuée chaque mois aux citadins à faibles revenus. « La distribution de blé actuelle se poursuivra et de l'huile de cuisson sera également offerte de la même manière jusqu'à ce que le prix des denrées alimentaires se soit stabilisé à un niveau satisfaisant. Nous tenterons également de distribuer des produits tels que du savon, si nécessaire, suivant les circonstances ».

Outre la hausse du prix des denrées sur le marché international, la hausse de l'inflation s'explique aussi par deux facteurs observés à l'échelle nationale : l'augmentation significative de la monnaie en circulation et les défaillances du système de commercialisation.

En décembre 2007, le Réseau des systèmes d'alerte précoce contre la famine (Fews Net) avait averti qu'à Addis-Abeba, et dans plusieurs autres marchés surveillés, dont Bahir Dar, Mekelle et Dire Dawa, les prix élevés des céréales et autres produits compromettraient la sécurité alimentaire de nombreux citadins.

« Les prix élevés des céréales compromettent la sécurité alimentaire de nombreux citadins »

Il était attendu que les facteurs liés au marché, ainsi que les problèmes chroniques et la baisse de production constatés en Ethiopie, compromettraient la sécurité alimentaire de quelque huit millions d'Ethiopiens cette année, dont 2,4 millions, gravement touchés, auraient besoin de recevoir une aide alimentaire et financière.

« Malgré quelques augmentations de revenus, la hausse des prix compromet la sécurité alimentaire des pauvres des régions urbaines et rurales, qui dépendent largement du marché pour se procurer de la nourriture », pouvait-on lire dans le bulletin.

Citant l'exemple du maïs blanc, Fews Net a notamment indiqué que son prix nominal au détail à Addis-Abeba, en 2007, était 36 pour cent plus élevé que la moyenne 2002-2006.

Selon les Nations Unies, 16 pour cent des plus de 70 millions d'habitants que compte l'Ethiopie vivent en milieu urbain, le reste en milieu rural. Quatre-vingt-cinq pour cent de la population est employée dans le secteur agricole.

« Globalement, la hausse du prix des céréales devrait avoir des répercussions négatives graves sur la sécurité alimentaire des populations pauvres des régions urbaines et rurales, qui dépendent du marché pour se procurer de la nourriture, même si l'augmentation du travail salarié devrait leur permettre de faire face, dans une certaine mesure, à la hausse des prix ».

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