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Afrique du Nord: La poudrière sahélienne
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La Tribune (Algiers)
25 Mars 2008
Publié sur le web le 24 Mars 2008
Hassan Gherab
Depuis le début des années quatre-vingt, la bande du Sahel est le terrain de manoeuvres d'une multitude de forces et puissances qui se la disputent, ou plutôt qui se disputent les richesses que son sous-sol recèle.
Et la misère et le dénuement que, paradoxalement, vivent les habitants de ces régions sahéliennes, sont inhumainement exploités et instrumentalisés pour attiser les foyers de tensions qui contribuent à la déstabilisation, propice pour les visées économiques expansionnistes de certaines capitales occidentales et/ou hégémoniques de pays de la région. Les tentatives de déstabilisation du Sahel n'ont pas connu de répit ni de rémissions, mais plutôt des pics qui, à chaque fois qu'une période d'accalmie et de normalisation se profilait après que des médiations, de l'Algérie principalement, furent arrivées à réunir les belligérants autour d'une table de négociations pour mettre à plat les problèmes et aplanir les différends, sabordaient l'oeuvre de paix et replongeaient la région dans la violence et l'incertitude.
Le sabordage est d'autant plus aisé que ces régions désertiques sont le terreau d'une rébellion touareg sécessionniste latente que la moindre étincelle peut faire exploser, le repaire de contrebandiers qui sont prêts à tirer bénéfice de toute transaction et une base du terrorisme islamiste qui y a même créé des camps d'entraînement de ses troupes et est prêt à toutes les alliances pour affermir son assise. Et tout ce beau monde est bien armé et ne demande qu'à faire bon usage de son armement pour atteindre ses objectifs, sans se rendre toujours compte qu'il ne fait en fait que suivre une voie tracée dans des laboratoires qui visent bien plus qu'un juste partage des richesses, le payement d'une rançon ou la conquête d'un territoire. Il suffirait d'un rien pour faire partir une réaction en chaîne qui finira par l'éclatement d'une paix fragilisée par la misère et la déstabilisation de toute la région.
Un couple de touristes autrichiens est enlevé dans le sud de la Tunisie par des terroristes qui se revendiquent d'Al Qaïda. On apprend par la suite que les deux otages se trouveraient au Mali.
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Pourquoi traverser des milliers de kilomètres de désert pour aller précisément au Mali où les Touareg étaient en ébullition et à deux doigts d'entrer en rébellion ? Justement, plus troublant encore est ce retour de la violence avec la révolte des Touareg dans le nord du Mali qui coïncide avec le début des négociations pour la libération des otages. Les représentants des communautés touareg et arabes des trois régions du nord du Mali ont d'ailleurs condamné ces violences qui ont rompu une trêve de six mois entre les autorités maliennes et les rebelles touareg.
A n'en pas douter, l'explosion de violence dans cette région ne joue aucunement en faveur des négociateurs. Bien au contraire, elle risque de compliquer leur situation, celle des otages et de toute la région. Qui a intérêt à ce que tout explose ? Personne ne peut répondre à cette question, sauf évidemment les intéressés, qui tout aussi évidemment nient même toute implication de près ou de loin dans la situation. En fait, tout le monde veut tirer profit des retombées, mais en se dégageant de toute responsabilité, au risque de devoir en cas d'échec faire les frais d'un retour de flamme où il se brûlerait les ailes, l'effet boomerang en quelque sorte. Le meilleur exemple est sans doute l'attitude de la Libye qui, tout en prenant ses distances avec les terroristes, entend garder un rôle dans l'affaire des otages autrichiens.
Ainsi, réagissant aux propos du leader autrichien d'extrême droite Jörg Haider qui a réaffirmé dimanche dernier que, sur initiative personnelle, le fils du dirigeant libyen Maamar El Kadhafi, Seif Al Islam, le président de la Fondation Kadhafi, dont il est l'ami de longue date, était en contact avec les ravisseurs des deux Autrichiens et qu'il était optimiste quant à une prochaine libération, la Fondation Kadhafi a de suite nié tout «contact direct ou indirect» avec les preneurs d'otages. «La Fondation n'a procédé à aucune intervention ou effort et n'a pas eu de contacts directs ou indirects avec les ravisseurs malgré les demandes adressées à la Fondation et à son président», a-t-elle indiqué dans un communiqué publié à Tripoli. Qui croire ?
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