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Bénin: Les zémidjans roulent contre le sida
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25 Mars 2008
Publié sur le web le 25 Mars 2008
Lorsqu'il passe dans la rue au guidon de son taxi-moto, qu'il soit vêtu de son blouson jaune de travail orné d'un message de sensibilisation sur le sida ou pas, Lemale Agbohessou se fait appeler par ceux qui le connaissent « Monsieur sida », un surnom qui sonne à ses oreilles comme une reconnaissance.
Conducteur de l'un de ces taxi-motos à deux roues aussi appelés « zémidjans », qui sillonnent les rues de Cotonou, la capitale économique du Bénin, M. Agbohessou est aussi connu de ses collègues et connaissances comme conseiller pour AC-SIDA, l'Association des conducteurs de taxi-motos pour la lutte contre le sida, et son surnom de « Monsieur sida » l'encourage à continuer.
« Je suis fier quand je passe, ça me donne du tonus... car je saisis le message derrière cette appellation », a t-il dit à IRIN/PlusNews.
Pour M. Agbohessou, cette réaction est la preuve que le message passe. Avec son organisation née en 2005 et le concours de Racines, une ONG de sensibilisation et de suivi des malades du VIH/SIDA, il a déjà mené beaucoup d'activités de terrain.
« On s'est fixé des objectifs : réduire le fossé d'ignorance au sein de la corporation et partir des zémidjans pour atteindre l'ensemble de la société », a-t-il expliqué.
Les conducteurs de zémidjans se retrouvent quotidiennement au Port autonome de Cotonou, leur « quartier général », pour deviser sur toutes sortes de sujets, notamment le sida. Au milieu des motos garées sur le parking du port, un conseiller organise la discussion. Ceux qui n'arrivent pas à le voir sont juchés sur leur engin pour ne rien rater de la séance.
Ce matin-là, il a été question du dépistage. Vêtus de leur uniforme jaune, plus de la moitié des conducteurs arboraient dans le dos le message « Faire son test de dépistage, c'est aussi lutter contre le sida ».
« En 2005 à travers la ville de Cotonou, nous avons touché près de 2 000 zémidjans et 300 ont fait effectivement le dépistage, dont 52 séropositifs et deux cas de décès », a noté M. Agbohessou.
De septembre 2006 à septembre 2007, les actions ont touché au moins 6 000 zémidjans soit environ le dixième des zémidjans à Cotonou. Au cours de cette même période, les dépistages ont permis de recenser 281 cas de séropositivité dans le milieu.
« On retrouve en notre sein des personnes qui [ont] des rapports sexuels non protégés. Lorsque le zémidjan transporte une cliente, il [peut] lui faire des propositions et lorsque celle-ci accepte, sans s'assurer au préalable de son état sérologique, le zémidjan peut passer à l'acte sans aucune précaution», a souligné Samson Ahouidji, secrétaire général de AC-SIDA.
Conducteurs et clients
Les campagnes, bien que ciblant les conducteurs, s'adressent aussi aux clients, a expliqué M. Agbohessou, pour qui les zémidjans « font d'une pierre, deux coups ». « On forme le zémidjan afin qu'il porte le message à celui qu'il transporte. C'est une chaîne, s'il connaît le mal, il en parle à son client, comme cela il fait de la sensibilisation », a t-il fait remarquer.
« Un conducteur transporte au moins 40 personnes par jour, s'il est informé, voyez l'impact ! », a souligné Bonaventure Ahitchémè, secrétaire général du Syndicat national pour la promotion des conducteurs de taxi-motos zémidjans.
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Tout comme Jean, un client, qui a reconnu l'intérêt qu'il avait eu à suivre au cours de ses trajets les enseignements de ces zémidjans, Jeanne, la trentaine, vendeuse sur un parking de zémidjans à Abomey Calavi, à 20 km de Cotonou, a dit avoir souvent assisté aux séances de sensibilisation organisées pour les vendeuses, la proximité entre ces dernières et les conducteurs pouvant constituer un facteur de risque.
Pour atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés, les zémidjans déploient des trésors d'imagination.
« On fait des [vidéos] montrées lors de nos séances grand public, on monte nous-mêmes des [sketchs] dans lesquels on joue, nous ... organisons des séminaires de formation, que nous appelons des kiosques d'information », a expliqué l'un des responsables d'AC-SIDA. « On enseigne aux zémidjans les modes de transmission du VIH, [mais] on ne s'arrête pas qu'au sida car on [inclut] les IST [infections sexuellement transmissibles] en général. Après cela, [les zémidjans] s'occupent de [faire passer l'information] auprès de la population ».
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