L'Autre Quotidien (Cotonou)
Didier Houndédou
26 Mars 2008
interview
A quelques semaines du démarrage des épreuves du Baccalauréat, le Directeur de l'Office du BAC, Alexandre Ladipo, lève en exclusivité, un coin de voile sur la méthodologie du choix des sujets, de la composition de la commission de tri et sur les raisons pour lesquelles, certains professeurs certifiés n'y sont pas associés.
En 2007, l'Office du Baccalauréat a affiché sur son site web les épreuves du Baccalauréat. Comptez-vous poursuivre cette expérience et quel est l'objectif recherché?
C'est depuis la création de ce site, en 2006, que notre Office y affiche, sans complexe, ces épreuves à la disposition du monde entier. Et cela se systématisera. L'objectif recherché est de tirer profit, pour encore progresser, des appréciations critiques des professionnels de l'espace francophone en général et de l'espace UEMOA dans lequel il est envisagé, à moyenne échéance, un baccalauréat commun, dès que les problèmes de l'harmonisation des programmes et des évaluations auront été résolus. La DOB du Bénin prend en effet ses marques dans ce domaine comme dans d'autres pour jouer un rôle non négligeable quant il faudra relever ce défi . Ainsi se trouve confirmé ce que démontrent, année après année, les performances des nouveaux bacheliers béninois à l'extérieur, à savoir que le Baccalauréat béninois n'a rien à envier à aucun autre en Afrique. Au contraire.
Comment se déroule la sélection des professeurs pour le choix des épreuves ?
Il est vrai qu'au Bénin, tout est fait pour que les meilleurs parmi les meilleurs professionnels du moment dans chaque matière soient retenus par les Autorités ès qualité des administrations centrales des ministères ayant en charge ce domaine pour les sous-commissions chargées de la mise au point de ces épreuves, en fonction des programmes en vigueur dans nos Etablissements. Il s'agit toujours, en conformité avec les textes en vigueur, d'universitaires (maîtres de conférences et maîtres assistants) unanimement respectés dans les universités de la sous-région pour leurs prestations et des inspecteurs et conseillers pédagogiques des enseignements secondaires, les plus chevronnés, en passant par les professeurs certifiés qui se sont signalés à l'attention de ces autorités par les résultats remarquables obtenus auparavant et de façon continue, dans l'encadrement des candidats à cet examen. Ils sont toujours proposés par leurs autorités hiérarchiques et leurs associations par discipline sur la base des critères obligatoires de compétence, de bonne moralité, de sens de la discrétion et de l'adéquation entre le contenu de la formation initiale pour le professeur certifié avec le contenu de son enseignement en classe d'examen ainsi que des résultats au baccalauréat des candidats qu'il ont préparés les années précédentes. De plus, aucun professeur certifié n'y a sa place s'il n'a proposé, lui-même, d'épreuves qui permettent de l'évaluer dans son domaine.
Un processus rigoureux
En ce sens les dispositions pour aboutir au choix définitif des sujets d'examen et qui sont strictement codifiées dans pas moins de dix(10) textes fondamentaux sont plus sévères au Bénin qu'en France, même si le processus d'élaboration et de choix béninois est, sur le papier, une copie conforme du processus français actuel; les deux faisant intervenir les trois structures qui exécutent les trois étapes principales de cette phase de l'organisation et qui sont, l'administration centrale du ministère de l'Education nationale pour la répartition de la charge de l'élaboration des sujets entre les académies (représentée au Bénin par la Dob), les corps d'inspecteurs, responsables devant l'administration centrale du ministère de l'Education nationale de la qualité des sujets, pour la contribution à la désignation des concepteurs de sujets, et les recteurs d'académie, pour la mise en place des commissions de choix des sujets d'une part, et d'autre part pour le choix définitif, avant le bon à tirer ( représentés pour le moment par le seul recteur de l'université d' Abomey Calavi). Il faut noter que depuis deux éditions, une appréciation critique des épreuves et des corrigés-type de l'année précédente est systématiquement menée sur l'initiative de l'Office par sa Direction et les Associations par discipline, dont les conclusions sont mises à la disposition des souscommissions d'étude et de tri.
Si l'on comprend bien tous les professeurs certifiés ne sont pas qualifiés pour prendre part à cette commission ?
Comment voulez-vous qu'une autorité responsable prenne le risque de proposer, pour une tâche qui exige des connaissances réellement approfondies en mathématiques, un titulaire d'une maîtrise de sciences économiques devenu professeur certifié de mathématiques comme il en existe un certain nombre en ce moment dans le pays? Pareil pour le titulaire de la maîtrise de chimie ou de biochimie qui devient professeur certifié de physique et chimie ou de Svt; pareil aussi pour le titulaire de la maîtrise d'histoire qui devient professeur certifié d'histoire et de géographie. Sans compter les professeurs certifiés qui refusent d'eux-mêmes d'enseigner dans les classes terminales pour niveau de formation académique initiale notoirement insuffisant.
Dans quel autre domaine la Dob du Bénin prend, comme vous le dites, ses marques pour jouer un rôle de premier plan dans la conception et la mise au point d'un baccalauréat unique des pays de l'Uemoa ?
Dans le domaine de la gestion informatisée de l'organisation de l'examen au sujet de laquelle les responsables de la Commission chargée du département du développement social de l'Uemoa ont admis récemment que l'Office du baccalauréat a pris une avance significative, au point de souhaiter pouvoir étudier à fond l'éventualité de proposer sa généralisation aux autres pays. Il faut dire que le nouveau Système d'information unifié de l'Office du Baccalauréat du Bénin (Siou) conçu et mis au point par la Dob, en partenariat avec le Campus Numérique Francophone de Cotonou et constitué d'une base des données comportant plusieurs tables et d'un logiciel sécurisé permettant d'alimenter et d'interroger cette base est le premier de ce standard, en Afrique francophone, à n'avoir pas été importé. A notre connaissance, ce nouveau système est même le premier logiciel africain dans le domaine à être devenu officiellement, au plan international, un «logiciel libre sous licence Gpl ». Et ce depuis la mi-mars 2008, avant sa validation définitive par nous-mêmes et notre partenaire le Cnfc dans les jours prochains Il faut ajouter enfin que le système Siou a été imaginé par la Dob dans le cadre de la mise en oeuvre de sa politique de décentralisation maîtrisée de l'organisation de cet examen imposée par l'accroissement exponentiel, ces trois dernières années du nombre de candidats au Baccalauréat béninois. Sa mise en ligne, avec les applications web pour une interconnexion Intranet entre un serveur domicilié à l'Office et les huit(08) Centres de correction de l'édition 2007 de cet examen, a été un succès complet.
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