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Projecteur « Adieu Paris » : Un come back Africa !
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L'Observateur Paalga (Ouagadougou)
26 Mars 2008
Publié sur le web le 27 Mars 2008
Barry Alceny Saidou
Après Germes de Folie, Abidine Diori nous revient avec « Adieu Paris », une comédie musicale avec Noel Minoungou, Lucien Yerbanga, Jean Pierre Guiguimdé, Aziz Ouédraogo et Safoura Kaboré.
C'est un cocktail de chants, de danses sur les percussions d'un orhestre de tambours. C'est un spectacle hilarant, revigorant, qui pose des questions d'une brûlante actualité. Comme celle de notre identité dans une Afrique qui oscille entre la dilution dans les valeurs occidentales et le repli identitaire. Mais sans jamais se départir d'une touche de légèreté.
Le pich d'« Adieu Paris » tient en quelques mots : c'est le retour en Afrique d'une divinité, Yombo (à ne pas confondre avec la déesse Mamio) qui avait été volée par Gustave Louvre (qui n'est pas le fondateur du Musée du Louvre !) et exilée en Europe. Un groupe d'émigrés décide de ramener Yombo en Afrique.
Ainsi entreprennent-ils un voyage à rebours. A l'opposé des Africains qui s'élancent vers l'Europe dans des barques de fortune sur les flots déchaînés, ces cinq émigrés décident de retraverser l'Atlantique pour revenir en Afrique. C'est à partir des interrogations et des tergiversations de ces quatre Africains que se déploie un écheveau de questionnements : l'impossibilité du panafricanisme dans une Afrique balkanisée par des frontières factices, notre rapport ambigu avec la France de Sarkozy, l'arrogance de l'Amérique des néo-cons, le modus vivendi du christianisme et des cultures nègres, etc.
Mais tout cela n'est pas affirmé, mais simplement suggéré de manière anecdotique et sur un mode burlesque. De là l'intérêt du théâtre d'Abidine Diori, car le texte n'a pas la prétention d'asséner des vérités, ce n'est même pas un texte, mais des fragments épars de discours sur lesquels s'érige un spectacle vivant de danse et de musique. Et les acteurs élaborent des tableaux vivants à décrypter par le spectateur, des chorégraphies de corps filiformes qui dansent, discutent et se dissolvent pour renaître autres à chaque tableau tels des personnages d'Alberto Giacometti.
Abidine offre la pelote, mais c'est au spectateur d'en tricoter le sens. Ainsi en est-il du passage où le personnage de Yankee, joué par Noel Minoungou, baragouinant un patois truffé d'anglicismes et distribuant des dollars aux chameliers pour avoir du pétrole nous fait de Tiéfora à la mainmise des USA sur le pétrole arabe. Son théâtre est un mât de Cocagne bien fourni, chaque spectateur cueillant le lot qui est à portée de sa main. Il ne perçoit pas le spectateur comme un gosse valétudinaire à qui on mâcherait la nourriture, mais comme un adulte à qui on donne un spectacle à faire.
Par ailleurs, ce qui séduit dans la mise en scène d' « Adieu Paris », c'est aussi l'économie des moyens scéniques, qui offre une grande latitude aux comédiens. Il suffit par exemple que le foulard qui ceint la taille de Safoura Kaboré passe autour de sa tête pour transformer la danseuse gracile du moment précédent en une vieille dame à la lippe tremblante et mâchouillant du tabac. Dans ce spectacle, Safoura donne la mesure de son talent, passant d'un personnage à l'autre avec un grande aisance dans la métamorphose : le temps d'un battement de cil, la Lolita aguicheuse devient une vieille dame flapie ou une petite fillette apeurée qui se dérobe sous la ruade d'un chanteur pédophile.
Tous les acteurs s'investissent pleinement dans ce spectacle. Aussi, Noel Minougou se montre une véritable bête de scène qui dégage une énergie tout animale. Ses déhanchements lascifs à la Mick Jagger, sa danse féline avec des jeux de jambes de rock star ont enflammé la salle et transformé son tour de chant en véritable show. Le tandem avec Safoura fonctionne merveilleusement. Tous les acteurs se livrent à une véritable débauche d'énergie et leurs corps, vibrant sous les grondements des tambours, s'inscrivent avec éclat sur la scène et des traces de lumière flottent dans leur sillage.
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La mise en scène aussi séduit par l'efficacité du décor. Des tambours posés en cercle figurent le navire et offrent aux acteurs percussionnistes une grande liberté de mouvement. Le décor est campé une fois pour toutes par Sada Dao. Même le changement de lieux scéniques et le va-et-vient entre passé, présent et futur s'opèrent sans heurt. Un acteur s'assied sur un tambour, les pieds hors de la barque et nous voilà dans un autre temps et un autre lieu.
Le spectacle se clôt sur le navire appareillant, les émigrant ayant jeté par-dessus bord leurs habits d'emprunt et leurs contradictions, apaisés et entonnant le chant de la fraternité retrouvée. Et bien décidés à réinstaller Yombo dans nos coeurs d'Africains acculturés. En en expulsant les dieux imposés par les colons d'Orient et d'Occident. En somme pour Abidine Diori, l'Afrique doit choisir Yombo à la place des dieux de Judée ou d'Arafat. N'est-ce pas tomber de Charybde en Scylla ? L'authenticité de Mobutu ayant échaudé plus d'un Africain, pourquoi choisir entre deux malheurs ? N'est-il pas temps de célébrer Mammon pour offrir un mieux-être ici et maintenant aux Africains ?
« Adieu Paris », c'est un cocktail musical qui convoque l'art tambourinaire Gulmacema de Diapaga et la musique ragamuffin, saupoudrée d'un zeste de dialogues bien balancées. Les spectateurs ont droit à une bonne heure de danse, de chants, de percussions et de rire, beaucoup de rires ! Cette comédie musicale d'Abidine Diori est un antidote à la morosité ambiante. Et la confirmation que la magie du spectacle peut naître si, à l'austérité des moyens, on allie beaucoup de talent.
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