Notre Voie (Abidjan)

Comores: Intervention militaire de l'UA aux Comores - Le début de la guerre contre les putschistes en Afrique ?

Serge Armand Didi

27 Mars 2008


analyse

Le régime du colonel Mohamed Bacar, l'homme qui présidait aux destinées de l'île d'Anjouan, l'une des trois îles de l'Union des Comores, a été renversé hier par l'armée nationale de développement (AND) appuyée par 1000 militaires tanzaniens et soudanais mandatés par l'Union africaine (UA).

"Le vice-président (de l'Union des Comores) Ikililou Dhoinine représentera l'autorité politique à Anjouan d'ici à la mise en place d'un gouvernement de transition sur l'Île. Le gouvernement de trznsition sera mis en place d'ici à la fin de la semaine", a déclaré hier, selon l'AFP, le porte-parole du gouvernement comorien, Abdourahim Said Bakar. Une déclaration qui illustre bien que Anjouan s'apprête à changer de régime.

En deux jours, l'U.A et l'armée régulière comorienne ont mis fin à une crise qui durait depuis près d'un an et dont l'issue qui paraissait incertaine a fini par inquiéter les habitants des Comores, un archipel situé entre le Mozambique et Madagascar.

La crise est née à la suite de la réélection du colonel Bacar en juin 2007 au poste de président de cette île.

De l'avis des responsables de l'Union des Comores et de l'UA, la campagne électorale qui a précédé l'élection s'est déroulée dans un climat de terreur qui a favorisé le maintien au pouvoir de ce militaire qui a fait un putsch en 2001 avant d'être élu le 31 mars 2002.

Les trois îles de l'Union des Comores (Anjouan, Mohéli et Grande Comore) sont autonomes avec des institutions propres. Chacune des trois îles a un président qui est également chef du gouvernement. Mais elles dépendent pour certaines questions du président de l'Union. Les prérogatives du président de l'Union sont notamment la politique extérieure et la défense.

UA : prompt et efficace

La promptitude de l'Union africaine (UA) à résoudre la crise d'Anjouan et l'efficacité dont elle a fait montre est à saluer. Elle a pu réunir 1000 militaires et réduire les velléités et le risque d'embrassement de cet archipel coutumier des coups d'Etat.

L'UA annonce là les couleurs et semble montrer son intention de faire barrage aux coups d'Etat et aux rébellions en Afrique. Déjà son initiative d'envoyer le 12 juin 2007 une force africaine de 7000 hommes au Darfour (Soudan) avait surpris plus d'un.

En réalité, l'UA tient là un engagement qu'elle a pris de son plein gré après sa naissance en 2002.

Elle a, en effet, mis sur pied un Conseil de paix et de sécurité en mars 2004 à Addis Abeba (Ethiopie), soit deux ans après sa création.

Il était prévu que ce comité bénéficie d'un effectif de 15 000 hommes basés dans leurs pays respectifs mais mobilisable à tout moment. Les chefs d'Etat et de gouvernement africains se sont donné, par ailleurs, jusqu'à 2010 pour mettre en place cette force africaine et son état-major.

En outre, l'UA a adopté en janvier 2005 un pacte de non-agression et de défense commune. En clair, elle a fait promettre à ses membres d'être pacifiques dans leurs rapports, et solidaires en cas d'agression.

OUA : c'était la léthargie

Les choses n'ont pas été toujours ainsi. l'Organi-sation de l'unité africaine (OUA) qui a donné naissance à l'UA n'a pas été performante, soutiennent beaucoup d'observateurs.

Sa commission de médiation, de conciliation et d'arbitrage n'a jamais, indique certaines sources, vu le jour. En juin1993, elle a mis en place le mécanisme pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits. Cette structure aura, selon des analystes, des résultats en déca des espérances.

L'OUA du temps de son existence semblait être minée par des conflits d'intérêts et préférait volontiers laisser l'initiative aux organisations sous-régionales. C'est ce qui explique l'initiative prise par la Communauté des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) au Libéria le 24 août 1990 qui y a fait débarquer l'ECOMOG, une troupe dont l'essentiel de l'effectif a été fournit par le Nigeria. L'ECOMOG a pu ramener la paix au Liberia qui était déchiré par une guerre civile (1990-1999).

Cette force a été également engagée en 1977 en Sierra Leone, en proie à une autre guerre civile (1991-2001).

UA : et demain ?

Il est nécessaire d'interpeller l'UA sur ses autres engagements sur le continent africain. Les autres pays en conflit du continent noir attendent une action vigoureuse de cette organisation continentale.

En Afrique de l'ouest, le Mali et le Niger qui sont confrontés à la rébellion Touareg attendent sûrement qu'une solution soit trouvée par la voie de la négociation ou par le recours à la force (qui n'est pas toujours envisageable). La liste est longue qui montre que l'Afrique est en pleine convulsion.

Nous avons des conflits au Tchad, en Ouganda, en République démocratique du Congo (RDC), en Somalie, en Erythrée-Ethiopie .

Espérons que le cas de Anjouan (île des Comores) serve d'exemple. Il faut tout de même éviter les abus.

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